Bouddhisme et violence : sortir du déni

Pourquoi Face au mur, oui, pourquoi ?

C’est parce qu’au départ, un cri.

Quand on naît, pour pouvoir respirer, on crie. Alors voilà, un cri pour libérer ses poumons, pour pouvoir les remplir d’air nouveau.

Dans le zen, on nous apprend d’être des gens biens, qui se comportement bien, qui soient attentifs à son environnement.

Je me suis mis à traîner sur la netosphère, blogs et forums bouddhistes, quand je me suis retrouvé seul. Raconter tout cela n’a pas d’intérêt, sauf à éclairer mon cheminement jusqu’à ce moment où je vous écris maintenant, sur ce clavier.

Quand je dis seul, c’est à dire qu’avant, avec ma compagne, nous pratiquions dans un groupe de pratique, comme beaucoup d’autre comme nous, comme vous peut-être.

 

Jusqu’au jour où nous avons vécu l’exclusion de ce groupe.

Bien sûr, chaque partie aura toujours raison dans sa façon de présenter la situation, et au final, savoir qui a raison ou tort n’est pas important. Par contre, je suis tombé de très haut concernant l’éthique dans le bouddhisme, et ce fût pour moi le début d’un nouveau regard sur la présence de la violence au sein du bouddhisme.

Je la vois aussi se manifester dans des discussions de forums, d’une façon que je trouve parfois vraiment douloureuse quand ce sont des discours prononcés au nom du bouddhisme et de sa défense avec ostracisme et intolérance.

Bien sûr, on peut toujours dire que je suis trop sensible, ou quoi que ce soit : j’assume le fait de trouver insupportable d’utiliser une pratique que je pense puissante, porteuse de bienfaits, pour en faire un outil au service de son ego, et au passage éliminer tous les obstacles, humains ou pas, qui se mettent en travers de cela.

Peut-être je suis trop puriste, mais si on ne cesse de parler d’intégrité de la pratique et de sa transmission, de conserver la pureté de cela, cela ne doit pas être que des mots, mais une réalité. Une réalisation.

Sinon, cela veut dire qu’on dit des choses, très belles, et qu’à côté on en fait de très laides. C’est à dire qu’on perpétue son dualisme et qu’on l’aggrave.

Après, on peut plaider au réalisme de l’existence humaine, dire que l’ombre de l’humain fait partie de lui. Mais peut-on cautionner, même passivement, qu’on laisse l’ombre, la violence, prendre le pas sur l’esprit de la pratique, si on prétend préserver sa pureté et sa transmission authentique ?

Bien sûr, tout groupe humain suppose son lot de frictions d’egos. Mais si nous pratiquons authentiquement, cela ne signifie-t-il pas qu’on souhaite dépasser ce genre de fonctionnement et proposer d’autres réponses ?

Je n’accepte pas de me dire avoir été naïf parce que je n’accepte pas que les choses soient ainsi.

Oui, elles ont été ainsi, mais je suppose que cela aurait pu se régler autrement. Mais je dois accepter que tout le monde ne le souhaite pas.

Nous nous sommes entendus dire que nous n’étions pas bienvenus dans le groupe que nous fréquentions. Nous avons entendus dire textuellement : « ici c’est une propriété privée, et j’y accueille qui je veux ». Pas mal pour un moine zen qui est censé avoir abandonné les attachements à la demeure.

Mais bon, quand le référent du groupe est lui-même propriétaire des locaux de son lieu de pratique, cela fausse les rapports. Et la propriété privée a pris le dessus sur le dharma. Est-ce bien éthique ?

Oui, cela est violent.

Quand le facteur m’a amené le courrier en recommandé avec accusé de réception, que j’ai signé pour avoir le droit de lire ces deux mots : « exclusion définitive », oui, ça fait mal.

Quand sur ce même courrier est invoquée une concertation avec les instances dirigeantes, alors que personne ne nous a écoutés puisque nous n’avons été conviés à aucune concertation, oui, ça fait mal.

Déjà, nous avions pu voir, quelques jours avant, le jour de notre exclusion verbale, un de nos voisins proches, nous tourner le dos physiquement. Nous avons appris par la suite que tout le groupe avait été préparé à notre exclusion. Ça se sentait, ça se voyait, à leur façon de n’avoir rien dit, de nous regarder…ils étaient prèts à voir en nous des éléments à exclure.

Nous avons peu après, fait appel à celui qui fut notre maître alors. Il nous donna un mail qui avait été envoyé à un de ses collègues, le grand référent du groupe en question. Il nous décrivait sous notre jour le pire, avec moults mensonges calomnieux, pour finir par la phrase suivante : « …je ne me vois pas les accueillir plus longtemps……j’attends de tes nouvelles pour savoir la marche à suivre. »

Ce référent, je lui ai écrit. Il ne m’a jamais répondu. Ça aussi c’est violent, l’indifférence.

J’ai aussi, puisqu’une méta-association regroupe l’association en question, ainsi que bien d’autres, écrit à son siège. Je ne demandais même pas réparation, mais décrivait la situation pour dire que nous pratiquions isolément et pourquoi, et demandais d’être référencés comme correspondants. Je n’ai jamais eu de réponse….hormis le rappel de cotisation plusieurs années de suite. Ça c’est violent, quand ne nous répond pas…sauf quand on veut nous demander de l’argent.

Toujours est-il que si on ne nous a pas répondu, en amont de notre exclusion, toute possibilité d’assumer le conflit en pouvant s’expliquer a été esquivée par le responsable. Ce qui est contraire au droit associatif qui stipule un droit de réponse en amont de toute décision d’exclusion. Ce qui veut dire savoir les motifs de celle-ci.

Le seul motif qu’on ait eu d’énoncé, est, le dernier jour où nous sommes venus, que nous n’avions pas été « corrects »…ce qui est fort vague et imprécis. Puis, sur le courrier quelques jours plus tard, il était stipulé que nous étions virés en raison de notre « comportement ». Là aussi on voit qu’il n’y a guère souci de justification et d’explication….autrement dit, pas de souci d’assumer une relation.

Autrement dit, tout cela est très violent. Arbitraire. Autoritaire…et refuse toute confrontation et tout dialogue, pour penser à notre place, parler à notre place.

J’ai eu d’autres témoignages allant dans le sens de ce genre de comportements d’intrigues, avec pour enjeu le pouvoir de la gestion d’un centre.

Chez nous, l’enjeu était clair : nous avions suffisamment d’expérience pour voir que parfois le responsable était fort attaché dans un lien très propriétaire à sa fonction. Le dojo étant chez lui, cela biaise forcément les rapports. Et forcément notre regard pouvait déranger, car nous n’étions pas dans une gourouisation de sa personne.

Pour nous c’était d’égal à égal, tout comme nous ne considérons pas ceux qui portent un titre de maître comme des gens au-dessus de nous : nous respectons leur expérience, mais nous n’alimentons pas une relation verticale : notre dimension dans la relation, c’est l’horizontalité.

J’ai pu voir, notamment dans certaines réactions publiées dans certains forums quand je racontais notre histoire, que certains qui ne me connaissaient pas, cautionnaient d’avance une décision dont il ne connaissaient pas les tenants et aboutissants en détail. Autrement dit, considéraient que toute autorité bouddhique, avait raison a priori.

Si cette histoire m’a fait perdre le peu d’idéalisation que je pouvais avoir-parce que je n’ai pas trop fondé ma pratique sur des rèves, mais sur du vécu-, je peux constater la force de conditionnements que peuvent avoir des préjugés positifs allant dans le sens d’une non-violence absolue du bouddhisme. Et allant vers une soumission aveugle à l’autorité sans questionner le sens de ses décisions. Je pense que s’il faut une structure et ne pas la bousculer à tout bout de champ, se soumettre aveuglément et sans limite à une autorité, est potentiellement dangereux : tous les totalitarismes sont faits de ces empèchements de penser, et il me semble que le message du Bouddha était d’aller vers le discernement et la conscience.

Pour ma part, je pense que ces clichés sur le bouddhisme, contribuent à créer une violence très profonde et perverse. Tout d’abord, en créant une répression de l’expression des affects, de la colère…et donc son refoulement, rendant l’agressivité de plus en plus inconsciente et non maitrisée. Il y a aussi le fait qu’un responsable, est censé montrer un contrôle de lui-même. Donc il tentera de masquer tout agacement, tout trouble émotionnel, et à force de se contrôler à outrance, l’on aboutit à un masque sur ses vrais ressentis….qui nous rattrapent un jour et ressortent encore plus fort, comme un ressort qui se détend après avoir été comprimé longtemps.

Le bouddhisme étant censé véhiculer une image de paix profonde, beaucoup de gens, en plus, trouvent une justification à des attitudes qui sont violentes simplement : c’est pour notre bien, pour nous éveiller, c’est un moyen habile, c’est un enseignement profond, tellement qu’on ne comprend pas. Que ce soit un moyen habile, soit, mais en ce cas, dès le départ un mode d’éducation de ce genre est consenti explicitement par les deux parties, d’égal à égal. Autrefois, dans les monastères chan, ont se mettait des baffes, ok. Mais les disciples savaient que l’on faisait ainsi…et les maîtres se prenaient aussi des baffes par les disciples, et n’avaient pas peur de s’exposer à cela…et dans les faits, les deux étaient d’accord pour se mettre sur ce mode de relation.

Donc faut se réveiller : avant que d’ éduquer la méthode forte, on peut épuiser avant d’autres moyens, le dialogue en étant un privilégié.

Face au mur, combien de fois ai-je été confronté à ma profonde colère ? Faut pas se raconter d’histoire : nous sommes cet être qui peut avoir la rage, et vouloir détruire tout ce qui bouge….mais nous pouvons aussi être éveillé, être un Bouddha.

Nous pouvons être un Bouddha parce que nous prenons conscience de notre énergie, notre agressivité, et ne faisons pas semblant d’être un être angélique qui serait au-delà de tout affect, inaltérable, toujours impassible.

Nous pouvons être conscients que nous sommes simplement humains, imparfaits, et que notre perfection réside dans notre capacité d’être conscients, tels que nous sommes.

Et quand on veut se faire croire qu’on est autre chose que ce qu’on est, qu’on tente de jouer au Bouddha sans d’abord assumer ce qu’on est déjà simplement, quand on veut trop se contrôler, on finit par se nier soi-même, on se divise….et là on finit par vouloir contrôler ceux qui ne sont pas comme nous, les plier dans le moule dans lequel on se met…et là ce qui pourrait être une pratique de paix, devient un carcan, une répression, une violence.

Et là, on ne transmet pas le dharma de paix et de bonheur, on transmet la frustration, la haine de soi, et la violence.

Et ce serait bien qu’on prenne garde à ne pas alimenter cela.

C’est parce que je trouve que l’on perd bien trop de vue cette chose si simple, la paix et l’amitié, dans certaines communautés de pratique, que j’ai envie d’en parler afin qu’on n’oublie pas que cela devrait rester notre valeur centrale.

Le dharma n’est pas là pour exclure, servir à avoir raison plus qu’un autre. Ce n’est pas un concours universitaire.

Le dharma est là pour qu’on s’en serve pour sauver cette planète et ses habitants de leurs souffrances. En commençant par celles que nous nous infligeons nous-mêmes.

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Face au mur.

Bonjour.

Ce blog est la suite d’un blog précédent que j’avais tenu, sous le même nom, ici :http://faceaumur.over-blog.com/

Pourquoi un blog? Après l’avoir cloturé, j’ai ressenti l’envie toujours , de m’exprimer au sujet de thèmes qui me touchent. Je l’avais cloturé car je sentais que j’écrivais en étant trop sensible à l’effet que ça allait produire chez le lecteur, car je me sentais trop « calculer » en fonction du regard posé sur moi. Eh bien, je ferai avec! Sinon je n’écrirai plus rien!

Les thèmes qui me sont chers, sont simplement larges comme la vie peut l’être.

C’est aussi une forme d’isolement, qui m’a poussé sur le net, et du coup j’ai envie d’utiliser ce média, car j’y ai fait des connaissances fertiles, et je souhaite que ça continue.

J’ai pratiqué ainsi que ma compagne, pendant plus de dix ans, au sein de groupes de méditation zen. C’est cette pratique qui nous a réuni, et qui est quelque chose d’assez important dans ma vie pour être un thème récurrent de ce blog. D’où son nom. Face au mur, comme ce qu’on pratique, en s’asseyant en silence, face à un mur. Face à rien de spécial. Face à soi-même.

Ce blog est aussi le lieu où je me permettrai de réfléchir tout haut à ce qui me pose question.

Après tout, j’ai assez entendu que je pense trop, que je me prends trop la tête, que je suis trop compliqué : là au moins, je pourrai y aller à coeur joie, et ceux que me lire emmerde, ont toute la liberté de ne pas rester : comme ça tout le monde est content, notre sacro-sainte liberté individuelle signe des démocraties en bonne santé (et aussi la cause de leurs pires maladies!) sera respectée, cool!

Car, il faut le dire, j’ai fait tout le cursus que d’autres ont fait, pratiquer souvent, aller en sesshin, se faire ordonner et donc prendre les préceptes, re-se faire ordonner et re-préceptes, partir de chez moi pour suivre un maître, en bref, le truc classique.

Puis sentir quelque malaise au sein du milieu, des questionnements sourds non résolus, la sensation de souffrances ne pouvant trouver leur point de résolution….pour après quelques pérégrination, et années, on va le dire sans le cacher, se faire virer d’un groupe avec perte et fracas, et ce sans grande expression de compassion bouddhiste ni de justice humaine : « vous êtes ici chez moi propriété privée, et j’accueille qui je veux ».

Donc la chute de haut, la désillusion, aussi l’abandon de tous les responsables plus haut placés : bref, constater que la politique est plus importante que la pratique.

Etant donc dans une zone assez reculée de la France, rurale, nous avons été confrontés à l’isolement…et le sommes toujours.

C’est cela qui m’a mené sur certains forums sur le net. J’ai pu constater une certaine activité de certaines personnes solitaires, mais néanmoins investies dans une pratique, bouddhiste ou autre, méditative ou sous d’autres formes, mais avec un réel souci d’assumer leur vie spirituelle.

J’ai pu constater aussi, que beaucoup de controverses divisantes et clivantes avaient lieu au nom du bouddhisme, et c’est cela qui me questionne et me chagrine le plus.

Il est clair pour moi qu’en un monde en pleine mutation, il y a un choc entre tradition et modernité.

Et que mon expérience, est que le retour à la tradition tel que je l’ai vu se faire depuis plus de dix ans, dans le monde du zen, est loin de produire des résultats heureux.

Et que le seul résultat d’avoir fini viré d’un groupe, a été, au lieu de tout rejeter, de me mettre à penser ce que je n’avais jamais pu penser : remettre en cause le cadre, le fonctionnement. C’est quand on sort d’un milieu qu’on peut en voir les contours. C’est donc ce qui m’est arrivé : ma pensée a eu besoin de formuler du sens.

Or je pense que souvent, dans le monde du zen, on ne s’autorise pas à penser, au nom d’une prétendue pureté de l’esprit.

Je constate aussi dans la fréquentation des forums bouddhistes, et dans les questions et échanges que je puisse avoir avec certaines personnes, qu’il y a beaucoup de malentendus non dissipés, dans la façon d’enseigner la pratique, et aussi beaucoup de dépendances entretenues, selon moi contraires à l’intention de liberté que Shakyamuni et bien d’autres après lui ont voulu transmettre.

Je pense aussi que le bouddhisme est prisonnier d’un système patriarcal, où la dimension verticale prend parfois trop le pas sur la dimension horizontale, en tous cas en Occident…d’ailleurs, j’ai le sentiment qu’en Occident, en particulier en France, on a une faculté à cloisonner mentalement les choses et à créer des esprits de chapelle, et mécomprendre ce qui vient d’Orient en l’absorbant dans notre culture et système de pensée, sans prendre conscience des conditionnements mentaux qui teintent notre interprétation de la tradition et de pratiques venues d’Asie. Et qu’il est temps de se poser la question de ce qu’on veut vivre comme pratique chez nous, en France, en Europe, en Occident.

Et il me semble que tant que ces questions ne sont pas posées, ni pensées, et exclues du champ de la conscience au nom de la préservation du calme et du vrai bouddhisme, l’on s’expose à des attitudes d’exclusion, de violences ouvertes et surtout larvées (ce qui existe très fort dans bien des groupes de méditation), et en tout cas à ne pas trouver d’issue à ce qui cherche la lumière.

Après, au jour d’aujourd’hui, je ne me sens pas intéressé par le fait de revendiquer et de défendre une identité « bouddhiste » : si l’on en arrive à cela, c’est qu’on n’est pas en sécurité vraiment quand à ce qu’on incarne, et qu’on cherche encore une sorte de validation extérieure. Le bouddhisme, le zen que j’ai appris, n’avaient pas à se cacher derrière leur nom : il s’agissait juste de pratiquer, de s’asseoir en silence, de s’observer…tout le reste découlait de l’expérience, les mots pour en parler, comme « zen » ou « bouddhisme », n’étant que des accessoires relatifs de communication, pas une fin en soi.

Après, les mots sont là, ils ont leur rôle à jouer : pour moi, ils doivent être instruments de lien et de guérison, pas de division ni de querelle. On peut interroger les formes, leurs sens, on peut même jouer de façon très compliquée avec les mots….mais rappelons-nous que c’est simplement un jeu, et que nous devons garder le respect d’autrui et l’ouverture présents en nous.

Je ne me donne aucun objectif : j’assume le côté subjectif de ce blog, je l’ai ouvert, et j’en fais ce que je veux!…si j’ai envie de dire des conneries ou de parler de trucs nases, c’est mon droit!…mais s’octroyer ce droit, ça permet aussi de se détendre…et parfois quand on est détendu, on est plus sérieux et profond…..mais ne nous prenons pas au sérieux : la planète a besoin de nous, mais avec le sourire.

Mais ce blog sera aussi le fruit de vos réfléxions, de ce que vous y mettrez. C’est un lieu de relation.

Les amérindiens disent « mitakuye oyasin », à toutes mes relations….pour eux, nous sommes tous une grande famille. Ca a toujours été un peu la vision de la sangha que j’ai eue….aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, nous sommes tous co-citoyens de ce monde : nous tous sommes une grande famille sur cette Terre, et c’est dans cet esprit que j’ouvre ce blog.