Pourquoi Face au mur? Pourquoi ce blog?

Bonjour.

j’ai modifié la page expliquant le pourquoi de l’existence de ce blog, l’intention qui me pousse à le faire exister.

C’est le fruit de cette réflexion, constamment alimentée par ce que j’entends, perçois, lis, que je vous confie donc aujourd’hui, puisque je pense que ça fait au final l’objet d’un article dans la continuité des articles précédents.

 

Sur le net, de nombreux espaces existent maintenant où l’on peut échanger sur le bouddhisme, le zen, et autres pratiques de connaissance de soi.

Pratiquant zazen, la méditation du zen, depuis bientôt vingt ans, j’ai observé un malaise, croissant, au sein de ce milieu de pratique que je connais plus spécifiquement.

Il me semble aussi que l’expression de ce malaise, est souvent en soi un problème pour les personnes qui en souffrent.

Soit qu’elles n’arrivent pas à clarifier suffisamment leur ressenti pour parvenir à mettre des mots dessus.

Cela peut entraîner différentes conséquences : soit la personne considère qu’elle ne peut pas pratiquer, que cela n’est pas pour elle, et elle abandonne purement et simplement.

Soit elle pratique au sein d’un groupe, d’une structure, de façon régulière ou pas. Dans le meilleur des cas, elle trouvera une aide qui lui permettra de pratiquer avec sa souffrance, gràce à une écoute sensible.

Soit, dans le pire, elle se heurtera à des difficultés et malentendus, car sa souffrance sera trop difficile à entendre pour les autres, et fera peur. Au moins pire, le maintien dans la souffrance et le statu quo sera la conséquence, avec des situations conflictuelles récurrentes, et, dira-t-on, un transfert de la souffrance du cadre personnel au cadre de pratique, mais sans transformation intérieure.

Au pire du pire, ce sera l’exclusion, le rejet, sous des formes plus ou moins ouvertement exprimées, par toutes ou une seule personne.

Je ne parle pas ici du cas où la souffrance structurelle d’une personne consiste en vouloir prendre le pouvoir et la place, et monopoliser tout l’espace et le temps pour elle-seule : dans ce genre de cas, la mise à distance est légitime voire souhaitable.

Je parle ici de cas où il y a de toute évidence un problème avec la compassion, la bienveillance, l’écoute, au sein des lieux de pratiques censés protéger ces valeurs.

Ceci étant un constat personnel, mais aussi des récits que j’ai reçus et reçois encore où des personnes sont victimes d’agissements et d’attitudes de l’ordre de l’abus, la violence, le plus souvent sous des formes subtiles, mais néanmoins où le respect de la personne et de ce qu’elle est, est compromis, au sein d’une pratique où l’on pourrait s’attendre au contraire à ce que ces valeurs soient respectées. Agissements qui finissent par discréditer la pratique du zen et le bouddhisme.

Mon constat étant aussi, qu’oser la parole au sujet de ce genre de vécus, soulève de puissantes réactions, teintées de déni, voire de rejet, parfois marquées par encore une violence, ceci ne rendant pas les choses faciles : la personne qui souffre, se trouve alors très seule. Et bien souvent, l’on vient pratiquer pour résoudre des souffrances, si l’on repart avec une charge en plus, cela est-il aidant? Je ne crois pas, et je pense qu’on pourrait faire autrement.

Ma question de fond est : le bouddhisme ne souffre-t-il pas du préjugé positif qui lui est apposé, de religion ou pratique non-violente par essence? Et ce fait ne favorise-t-il pas les comportements d’emprise sur les personnalités vulnérables qui cherchent dans ce milieu, un peu d’amour et d’accueil?

Ce préjugé positif de non violence, ne crée-t-il pas toutes les conditions d’un déni majeur? Et ce déni, n’est-il pas le ferment le plus fertile pour la prolifération de cette violence?

Voilà mes questions de fond, elle sont valables au-delà du seul bouddhisme, mais c’est ce milieu dont je suis le plus témoin de façon proche.

Pour moi, il est évident que la violence ne peut se résoudre, comme toute souffrance, si on la nie. Reconnaître la souffrance, c’est, si l’on aime causer bouddhiste, la première des quatre nobles vérités. Nier la souffrance, nier la violence, c’est donc nier la possibilité d’accèder à la possibilité d’en être libre. Et je sens qu’il y a un réel problème avec cela aujourd’hui.

Donc j’ouvre cet espace pour une parole libre, non limitée au seul bouddhisme ou au seul zen et à leurs dérives, mais clairement ouvert à la possibilité de s’exprimer à ce sujet, de se dire, de poser des questions, chercher des réponses, se mettre en lien avec les autres, ceci dans un esprit de non- jugement et de respect mutuel.

Car il me semble fortement, que souvent sur l’espace transitionnel qu’est internet, beaucoup expriment ce qu’ils ne peuvent, ou ne veulent, ou les deux, dans des milieux de pratique, sans risquer de rencontrer des réactions de rejet telles que j’ai pu décrire plus haut. Ou en tout cas une absence d’écoute.

Il n’y a rien à protèger : la pratique, si c’est se dépouiller de soi-même, on n’a rien besoin de préserver, rien ne peut nous être pris. Donc il n’y a pas besoin d’agresser qui que ce soit. Ou d’éduquer à ce qu’est abandonner son ego à grands renforts de cris et coups de bâton, sous prétexte que ce sont des moyens habiles, pour justifier ce qui n’est rien que de la violence et l’incapacité de gèrer ses émotions.

J’ai constaté un intérêt croissant pour ce blog au vu des visites qui y sont faites. Merci pour cela. Ce n’est pas une fin en soi, mais sentez-vous libres d’intervenir, ou d’envoyer un message, c’est fait pour servir. Il n’y a pas d’histoire absurde, inintéressante, il y a les vécus de chacun, qui sont bienvenus tels qu’ils sont.

Ici on ne cherche pas de coupable. On cherche à comprendre, à s’éveiller un peu plus. On ne cherche pas non plus à nier les choses telles qu’elles sont, à se voiler la face.

Bien sûr, ne nions pas que sur le net, sur un support texte, on est dans la réflexion, parfois très analytique. Ok, on fait avec ça : on cautionne trop souvent la violence en empèchant de penser sur les choses, de prendre de la distance. C’est à mon avis une déviance trop fréquente que, au nom d’entrer dans des états de non-pensée, on cultive de la stupeur et de l’empèchement de penser. Ici ce n’est pas un lieu de pratique, mais qui sert à pouvoir réfléchir, échanger au sujet de la pratique, afin de l’aider. On peut dire que cela peut aussi être une pratique, finalement.

Mais que cette réflexion serve le Coeur, serve la Conscience, que cette réflexion soit mise au service non pas de penser pour penser, mais pour faire avancer les choses vers plus d’ouverture, pour aider ce monde.

Merci donc d’être ici.

Ce blog est un lieu d’accueil et de partage, puissiez-vous l’investir et le faire vivre comme tel, la porte est ouverte.

 

Fraternellement, et en toute amitié.

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4 réflexions sur “Pourquoi Face au mur? Pourquoi ce blog?

  1. Bonsoir, Laurent.
    Merci d’avoir ouvert ce blog !
    Il ne serait peut-être pas inutile d’ouvrir un forum aussi. J’entends: dans le même esprit.

  2. Bonjour.
    J’entends l’idée, chose qui m’a déjà traversé l’esprit.
    Mais c’est une autre gestion, un autre suivi, et c’est chronophage.
    Pour l’instant je n’en suis pas là, je ne souhaite pas me faire phagocyter par le net, mais on verra. Si j’ai de l’aide, pourquoi pas?

    Merci du merci.

  3. Ce que j’ai à dire sera court, bref, en une seule et dernière fois..
    Si ça peut faire avancer, changer les choses…
    Je ne connaissais le bouddhisme que par les livres et j’avais envie d’approfondir avec les gens, l’humain… le partage… l’amitié… Etant de plus isolée, sans sangha de proximité, dojo ou centre. En cinq ans j’ai parcouru le net et converser sur forum. Mais déception…
    Pendant longtemps, trop longtemps, dans la communication sur forum, j’ai dû faire face assez rapidement aux a-priori, aux jugements de valeur, à l’agressivité, au rabaissement, à la provocation, à la moquerie de ceux et celles qui s’imposent d’autorité, imbu(es) d’eux-mêmes, supporter la misogynie violente, le sexisme et autres petites discriminations. Mais tout ça se glissait subtilement ou grossièrement dans les propos et conversations pas toujours aussi flagrant qu’un franc parler ou coup de gueule violent, c’était insidieux, même pas en dialogue direct… et avec l’avantage d’être masqué sur internet, ce qui est commun à la communication « forumique » en général.
    Comme réponse à mon mécontentement j’ai été invitée à faire preuve de patience, de compassion, équanimité, non-soi, karma.. etc alors que pratiquant à peine la méditation assise, shamatha et encore loin de comprendre les enseignements et notions du bouddhisme. Soit, me suis-je dis, j’ai beaucoup à apprendre, après tout je suis « un tout petit bouddha », je vais apprendre et m’entrainer. J’étais impressionnée par le savoir, la pratique des autres comme tout débutant. Mais je constatais vite qu’on exigeait de moi ce que les autres ne faisaient pas toujours eux-mêmes véritablement. Il y avait quelque chose de sur-fait, d’un peu faux dans tout ça.
    La situation perdurant, sans réaction et mesures efficaces de modération, qui vinrent finalement tardives, je souffrais, la révolte bouillonnait, et tout cela qui faisait remonter en moi des souffrances passées.
    Je me sentais souvent considérée un peu pratiquante de seconde zone. Evaluée, testée d’entrée. Dépréciée, dévalorisée dans ma position, situation, milieu sociale et pas plus élevée de hiérarchie dans le bouddhisme, seulement une laïque, femme.
    J’ai vu être considérée comme non-bouddhiste parce que n’ayant pas pris de voeux et pas que moi… Remise en cause, dénigrée, découragée ( ou non-encouragée ce qui revient au même selon ce qui arrangeait ) dans mes choix, décisions, notamment celui d’avoir choisit le Vajrayana puis d’avoir quitté le Vajrayana pour le zen vietnamien et d’avoir voulu être nonne puis au final de ne pas être devenue nonne… comme quoi… quel qu’est été mes choix… bref
    Peu reconnue dans le peu que j’apportais et apprenais au fur et à mesure, exprimant mes petites expériences, à ma façon un peu « poétique ».
    Recevant leçon des uns, des unes, des autres à tout bout de champs, « éternelle apprentie » dans une espèce d’emprise infantilisant-e. Quand ce n’était pas sournoisement saper la confiance, la foi que je pouvais avoir dans ma propre voie, ma pratique que j’essayais tant bien que mal d’enraciner. D’autres persuadés croient aussi bien faire au nom du bouddhisme, au nom du Dharma… ou bon coeur mais maladroit(es) ou par amusement, divertissement, l’intelligence au service de mauvais tours.

    Je n’ai pas ressenti toujours de l’ouverture à ma liberté de penser, de conscience, réflexions, critiques, la tendance étant au diapason de l’opinion général et ne pas déranger ou plaire. Pas ou peu d’espace où exprimer la souffrance, ma vie d’être humain, de méditante ou alors je sentais qu’il fallait une façon acceptable de dire les choses sans émotions, bien écrit, tout propre, tel un bel exposé bien froid, ou un exercice littéraire, et que ça fasse joli et gentil.
    Et puis les jeux semblaient déjà faits, les camps établis, la raison du plus fort, le déni, la parole donnée aux sélectionnés. On peut parler soi-disant de tout, on a l’air ouvert, apparence de liberté d’expression.

    Il y a ceux qui enseignent, font autorité, les autres qui écoutent.

    Au début on peut voir un forum sympa, bon-enfant, ouvert d’apparence, puis au fil des ans, il s’est fortement « traditionnalisé », « sectarisé », même parfois fanatisé, une tendance à se « fondamentaliser » à l’extrême. Au cours du temps le forum a changé de « visage ». Et comment crever l’abcès ? dans la répression des émotions…
    Le résultat est que souvent j’emmagasinais jusqu’à l’éruption, la broutille étant le détonateur ultime, je craquais en m’emportant. Ce qui n’était bien-sûr pas à mon avantage et donnait une couche de dévalorisation supplémentaire avec les reproches cinglants ou peu délicats et je me culpabilisais de ma pratique dans la méditation.
    L’attitude des membres amicale aussi parfois, humaine, mais plutôt versatile, au gré de l’opinion, des affaires du moment, des intérêts et des désirs, de l’image publique.
    Tout cela ne m’a pas beaucoup donné confiance dans une communauté. La bienveillance véritable, la chaleur, la gentillesse, le respect rare, ont mis du temps, du temps à venir.

    Oui… le temps passe… et le printemps est dehors…
    Je préfère maintenant retourner à ma vie spirituelle solitaire.

    Bon courage à Laurent et à tous.

  4. Bonsoir Kathelle

    Ton témoignage est très touchant et suffisamment descriptif pour que l’on n’ai pas envie d’en rajouter…
    Oui, on a sûrement bien trop d’illusions quand on rejoint une sangha, elle est à l’image de la société finalement et on se rend compte que les mêmes poisons y règnent…terrible quand on arrive avec tant de belle innocence et d’espoir en l’autre.
    Cependant, être centré sur notre pratique en restant concentré et de ce fait moins sujet aux émotions négatives, c’est déjà un bien, pas un acquis car rien ne l’ai.
    Ensuite, oui les humains sont souvent volatiles et plein de contradictions, mais dans un dojo ou ailleurs, il nous arrive de rencontrer quelques rares personnes différentes et ceux là nous réconcilient avec tout car nous sommes tendus vers le beau fil de la vie et du partage…avant tout.
    Ta belle sensibilité ne manquera pas de les reconnaitre et le fait d’être sur cet espace d’écriture en est déjà la preuve!
    Bien amicalement
    Béa

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