Réflexions sur la pratique du bouddhisme dans ce monde : le problème du bouddhisme, c’est le bouddhisme lui-même.

Le piège immense du bouddhisme, et qui est potentiellement celui de toute autre pratique, mais je pense particulièrement du bouddhisme, c’est justement le déni de la souffrance. Et le déni d’une chose : le bouddhisme n’échappe pas aux conditionnements.

Le problème, que nous pouvons rencontrer, c’est que certains croient, parce qu’ils ont trouvé un groupe où ils ont une audience, parce qu’ils maîtrisent certains termes et comprennent quelques textes, parce qu’ils réussissent à s’approprier un langage et le restituer, parce qu’ils parviennent à rester assis quarante minutes sans bouger, parce qu’ils ont des habits spéciaux, parce qu’ils rentrent dans la chambre du maître, parce qu’ils pratiquent depuis plusieurs dizaines d’années, parce qu’ils ont connu maître X et Y, qu’ils sont alors au-dessus du lot et connaissent quelque chose que les autres ne connaissent pas.
Qu’il y ait la réalité d’une expérience vécue, et sa singularité, pour moi cela est complètement respectable. Je n’ai aucune envie de critiquer cela.
Mais si quelqu’un montre ses attributs de pratiquant expérimenté, marque sa différence d’avec les autres par ce fait, et ne supporte aucune remise en question de ce qu’il est et représente, c’est pour moi un signe d’attachement certain à des aspects conditionnés.
Donc pour moi ce n’est pas être libre ni témoigner de la libération. Comment peut-on en transmettre l’essence si on est encore aliéné ?
Il n’est aucunement question pour moi de dénigrer qui que ce soit ou de chercher des cibles à abattre. Par contre il est question de savoir si la ou les personnes face à nous sont capables de nous aider à entrer en relation avec ce qui est l’essence de notre existence, et d’aller vers plus de liberté et plus de bonheur dans cette vie. Ou pas.

En ce sens, je pense qu’en 2014, soit environ cinquante ans après que ces pratiques se soient réellement implantées chez nous, nous devons assumer notre chemin, et cesser de nourrir des attentes vis à vis de personnes qui de toute évidence ne sont pas capables de nous aider, même si elles laissent entendre qu’elles sont capables du contraire.
Écouter notre intuition, ce qu’on sent profondément. Ne plus se laisser abuser par autrui ou nous-mêmes.
Ce n’est pas contre ces personnes. C’est avant tout pour nous, pour protéger notre liberté, notre autonomie. Même si c’est parfois difficile.
Ne pas attendre la lumière de l’extérieur, mais la chercher par et en nous-mêmes.

Nous avons tous besoin de se sentir accompagnés parfois, on peut tous avoir besoin d’aide.
Nous avons besoin de cet Autre qui puisse témoigner de ce qu’il voit de notre chemin.
Mais nous avons aussi besoin d’être respectés dans notre autonomie. Il est important d’évaluer si le cadre de pratique que nous fréquentons, les instructeurs que nous allons voir, sont capables de respecter cela, ou s’ils ont en fait un obscur besoin de nous pour satisfaire un manque qui est leur et non reconnu. Point besoin de juger, mais reconnaître cette réalité humaine, et savoir si on peut faire avec ou pas. Si le maître ou le groupe ont besoin de nous, on peut se questionner sérieusement : est-ce une pratique qui libère, ou un nouveau système de dépendances mutuelles ?
Cela n’est certes pas facile, car souvent l’on arrive avec le présupposé que dans cette pratique, l’aspiration étant d’aller vers une conscience plus éveillée, plus de compassion, l’on peut s’attendre à ne pas retrouver les réflexes de fonctionnement égotiques habituels, mais quelque chose qui tente de ne pas les reproduire.
L’on arrive aussi avec son lot de souffrance, on suppose qu’on peut poser son fardeau en toute confiance. Ou au moins ne pas s’en charger de plus. On arrive en s’ouvrant, en laissant tomber ses protections, parfois, souvent. Aussi parfois on arrive avec de la confusion. Alors on met en veilleuse certaines sensations, car on se dit que non, c’est nous qui déconnons, qui avons une vision biaisée…et on considère qu’autrui a plus raison que nous.
Ce que je dis, c’est qu’en fait, il faut, même si l’on se sent confus, tenter de mettre en œuvre son esprit de discrimination, écouter ce qu’on sent, ne pas s’en remettre aveuglément et complètement à quelque chose ou quelqu’un qui soit complètement extérieur à soi.

Le problème du bouddhisme c’est le bouddhisme lui-même….car tout ce bordel n’était pas le problème du Bouddha. Le Bouddha s’en foutait d’être bouddhiste. Il n’a d’ailleurs jamais été considéré comme faisant partie de la secte de ses deux maîtres.
Par contre, il voulait se sortir de ce truc qui fait mal et qui nous emmerde : la souffrance.
Et je pense que c’est ce dernier point qui fait de lui une super star planétaire depuis 2600 ans : cette question qui était la sienne, est aussi la tienne, comme la mienne, elle est, sous des tas de formes différentes, celle de tout le monde, sans exception.
Aujourd’hui, j’en suis arrivé au point que je considère qu’en fait, la Voie est un chemin complètement individuel, et que ce que le Bouddha a montré était le fruit d’un cheminement individuel.
Tout le système qui a été créé autour, écriture des sutras, système monastique, rituels divers, etc etc….n’ont été autre que des émanations au service de cette réalisation. Mais quand ils deviennent une fin en soi, on perd de vue le but : s’accomplir, se réaliser, devenir libres, mais libres dans ce monde de causes et conditions.
Le groupe aura un sens, s’il soutient les cheminements individuels….mais trop souvent des enjeux comme la subsistance financière du groupe, ou même simplement la non résolution d’un doute fondamental sur la voie à suivre, ou la submersion par des souffrances diverses, font qu’on peut perdre de vue le but…le but est qu’il n’y a d’autre but que d’être, donc simplement de vivre tel qu’on est.
Il n’y a pas de but. Et ça c’est souvent inadmissible, car pas de but ni plus rien à atteindre, veut dire affronter ses limites, sa propre finitude. Sa mort.
Et ça, c’est insupportable pour l’ego qui veut des trucs à manger pour ne pas se voir, des trucs à faire pour se distraire. Alors on fait samu, on traduit des textes, on médite des heures, on pratique des trucs spéciaux, on va causer avec des maîtres, on croit qu’on avance…alors que souvent on fuit son vrai visage. C’est humain, cela arrive et c’est presque normal, et c’est même mieux qu’aller se saouler au bistrot ou perdre son temps futilement. Mais ça peut devenir fixation.
C’est pour ça qu’il n’y a rien, vraiment rien, auquel se fixer, rien à protéger. Rien à être. Car nous sommes déjà. Reconnaître que nous sommes déjà , nous éviterait souvent de chercher en vain à être ailleurs et autrement que là où ça existe déjà.
C’est à dire ici, dans ce monde tel qu’il est.

Par contre, on ne peut cautionner des attitudes hautaines au nom du fait qu’on aurait compris quelque chose de spécial. Car si on comprend son propre Cœur, on ne peut que constater que la souffrance, c’est ce qui nous relie tous. Et aussi nous sépare.
Et si notre souffrance fait peur, on nous fait penser dessus, on nous écoute, mais avec un petit sourire semblant dire qu’en fait on n’est par encore arrivé au point de vraie compréhension.
Or, la souffrance, oui, c’est de la merde et du sang…et ça fait peur, on n’a pas envie de se la coltiner, et on voudrait que ça ne soit pas.
Et cela, c’est pareil dans le monde « normal », et aussi par écrans interposés. C’est parfois pire car un écran, c’est froid, ça ne dit rien, ça ne réagit pas…..et c’est justement la violence que ça peut générer : celle de ne pas voir que derrière les mots qui s’y affichent, il y a quelqu’un qui vit des choses qu’on ne sait pas. Il y a quelqu’un qu’on ne voit pas.
Parfois, il n’y a rien d’autre à faire qu’écouter l’expression de cette souffrance, quelle que soit sa forme, sans faire aucun projet sur elle…pas même celui de trouver une réponse. Juste être là et embrasser cela qui s’exprime.

Es-tu bouddhiste ? C’est quoi pour toi dans ta vie être bouddhiste ? Ça veut dire faire vivre et vivre quoi pour toi ?
C’est ça la vraie question qui se dessine derrière le fait que tu puisses être considéré comme non-bouddhiste. Personne ne peut rien décider de ça pour toi, c’est ton choix intime. Ceux qui commenteront que tu n’es pas bouddhiste, le sont-ils alors ?
Je vais être radical, mais dire de ou à quelqu’un qu’il est bouddhiste ou pas, c’est, si l’on veut alors être très orthodoxement bouddhiste, totalement hérétique.
C’est hérétique car être bouddhiste n’est pas être quelque chose, n’est pas avoir un nouveau costard identitaire. La Voie ne veut pas dire « bon, je me fais chier dans ce monde, cette famille, ce boulot, cette ville, ce pays, cette nationalité, cette identité, alors je vais me trouver un nouveau truc pour les quitter : je vais être bouddhiste.» On ne fait que transférer sa souffrance sur un nouveau support qu’on croit être libre de toute entrave….et on finit par se faire du mal et faire du mal aux autres au nom de la pratique qui permet de ne plus souffrir.
C’est pour cela qu’une ordination n’est pas faite pour être mise en avant. Et que pratiquer avec un habit particulier n’a pas à être affiché comme une médaille. Car l’ordination, au final ça n’a pas besoin d’être exposé, c’est intime. C’est un engagement avec soi-même. Point besoin de s’exposer en kesa, de se raser le crane, de se faire appeler par un nom japonais. Tout ça c’est des signes extérieurs. On n’a pas à le cacher non plus. Mais pas à en faire un signe distinctif.
Ce qu’on doit exposer, c’est notre réalisation, c’est la personne qu’on est vraiment. C’est ça notre vrai visage, c’est ça notre vœu premier quand on prend refuge : être soi-même.

Oui, je pense que le bouddhisme est le problème du bouddhisme…et je l’ai bien vu par moi-même : avec ma compagne, nous avons été virés du groupe de pratique où nous allions, au moment où il était question, comme le responsable nous l’ avait dit peu avant, que nous assumions l’appellation « bouddhisme zen », au lieu de « zen » tout seul. Donc quand on commence à avoir quelque chose à défendre, on devient défensif, puis potentiellement sectaire…puis vraiment sectaire. On a créé un nouveau truc égotique, mais on ne peut pas penser que cela puisse se produire….et c’est justement parce qu’on ne veut pas le penser, que ça renforce tant sa puissance d’existence autonome. Et c’est alors que ça déraille.
Pour ma part, ce dont j’ai fait l’expérience dans ma propre pratique, m’a tellement mis à poil de moi-même, et m’a tellement empêché d’ériger de nouveaux remparts, a tellement fait ressortir ma propre souffrance, et vingt ans après, j’exhume toujours des couches plus profondes, ça m’a tellement parfois fait tomber, que je ne peux considérer autre chose que le bouddhisme dont on parle, est simplement l’expérience d’être soi sans ses masques….et puis avec, aussi, après tout.
Pour moi, c’est pour ça que je garde juste la prosternation comme minimum syndical en plus de la méditation….tout le reste c’est du supplément. Mais la prosternation, résume toute l’attitude dont je parle.
Et rien auquel s’attacher….pas même le coussin, rien, absolument rien.

Surtout, n’oublions pas : rien ne justifie de manquer d’amour, que ce soit pour soi ou autrui…il faut arrêter d’éduquer les gens en les frappant sous prétexte que ça va les éveiller.
Ces mythes particulièrement courus dans le zen, étaient le fait de gens, qui avaient toute leur vie appris à pratiquer les préceptes, des règles de discipline de comportement. Depuis des dizaines d’années. Ils mettaient dix, vingt, trente, quarante ans avant d’oser mettre une tarte au maître, et lui les amenait à cela, et surtout acceptait aussi cela. Car il savait cela nécessaire pour leur liberté.
Le peu de fois que j’ai côtoyé un maître comme Tokuda, pour le zen, j’ai été frappé par cette extrême sobriété, et aussi ce respect pour nos pratiques…la première fois que je suis arrivé pour une journée, nous sommes arrivés en retard. Tout le monde était installé, et il n’a rien dit, aucun reproche….il a juste joint les mains et salué notre entrée. Rien de hautain, rien de prétentieux. Une autre fois, un ami qui était responsable du signal de début et de fin du zazen, était mal réveillé, et a mal enclenché l’horloge. On a fait vingt minutes de zazen en plus…Tokuda n’a rien dit, il est resté assis. Il a suivi la pratique.
Et quand après, le copain s’est excusé, plus tard, Tokuda l’a regardé avec un petit sourire, et a dit « ohh, noooon….félicitations!…. » Voilà , on trouve des gens comme ça quand même.
Et on en trouve aussi qui ne sont ni maîtres ni bouddhistes, mais qui sont respectueux, qui ne dénigrent pas, qui acceptent leur ignorance. Et vivent éveillés aussi.

Le problème du bouddhisme, qui est le même que le christianisme, est la récupération qui a été faite de l’expérience spirituelle d’un homme…expérience aussi profondément corporelle et incarnée, par un système patriarcal, en quête de signes extérieurs de reconnaissance.
La pulsion égotique d’appropriation de l’humain revient toujours, même quand on se dit bouddhiste.
Et quoi de plus dérangeant que le féminin ? Le féminin, ça crée la vie. C’est un immense pouvoir que n’ont pas les hommes.

Donc on crée des niveaux d’autorité. C’est encore une construction. Mais quand on prend l’échafaudage pour ce qu’on construit, ça devient un problème. Ça permet de croire maîtriser quelque chose, mais en ce qui concerne naître et mourir, il y aura toujours quelque chose qu’on ne peut contrôler.
Donc, oui, parfois on ressort de tout ça avec des doutes sur ce qu’est une communauté humaine…pour ma part, j’aimerais créer un projet du type, mais les communautés modernes et qui marcheront, seront celles où l’espace privé de chacun sera respecté…et où la rencontre aura lieu parce qu’elle est désirée. Et où ne dit pas qu’il faut renoncer à quelque chose pour laisser entendre que ça permettre de connaître le grand Éveil.
De toutes façons, il est très difficile, de marcher cette quête, que ce soit seul ou au sein d’un groupe. Il faut donc se donner le droit, droit de s’arrêter, droit de chercher dans d’autres voies, droit d’être seul, droit d’être avec d’autres…il faut se donner des autorisations, se guérir de la répression. Cela ne veut pas dire être inconséquent. Cela veut dire être bon avec soi. On a parfois besoin de l’apprendre, et parfois tard dans sa vie.

Parlant de renoncement, quand on arrive à un croisement de chemins, on doit toujours renoncer à un chemin pour pouvoir en suivre un autre. Alors au lieu de parler de ce qu’on doit abandonner, on peut aussi parler de ce qu’on veut vivre et partager. Pas besoin de parler sans cesse des choses impossibles et des limites : parlons aussi des possibles.

Alors toi qui viens là, je ne sais pas ce qu’est ton chemin ni où il va, mais que tu viennes ici ou pas, je te souhaite très sincèrement qu’il soit libre. Que tes mots, que ton corps, que ta vie soit libre.
Que ton bouddhisme soit libre. Que ton non-bouddhisme soit libre.
Personne ne peut définir ni enfermer ce que ta pratique, ton chemin, peuvent être.
Tout ça sont des mots, qui s’envolent dans le vent du printemps, et cela tu le sais souvent déjà.
Personne ne peut enfermer la pratique de qui que ce soit dans des mots qui dénigrent, sans quelque part trahir le message destiné à nous aider à trouver une issue positive à la souffrance.
C’est pour ça que je dis qu’ici, la porte est ouverte, on peut entrer, on peut sortir, on peut rester, on fait comme on sent le mieux.
C’est Hyakujo qui disait que les vrais bouddhas allaient et venaient librement.
Alors, soyons de vrais bouddhas, soyez de vrais êtres ordinaires…soyons qui nous sommes, simplement.

Je t’offre donc ce poème qui relate l’éveil de Reiun :

« Dans le vent du printemps, j’ai vu
Une fleur de pêcher….
Pas l’ombre d’un doute
Elle tient bien à la branche. »

Bon chemin à toi.
Bon chemin à tous

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12 réflexions sur “Réflexions sur la pratique du bouddhisme dans ce monde : le problème du bouddhisme, c’est le bouddhisme lui-même.

  1. Je ne sais pas quoi répondre. Merci du fond du coeur Laurent pour ces mots.
    C’est la souffrance qui m’a amené au bouddhisme, cela résume mon chemin.
    Et j’essaie d’écrire un journal, j’en ai mis une petite page sur mon blog.

    Que toute la beauté du printemps emplissent vos coeurs à tous et toutes.

  2. Laurent
    Il me semble que ce long message est empli de baume à enduire sur les souffrances de beaucoup de personnes, tu sais traduire en mots le fond des pensées, ressentis et vérités, ce n’est pas si évident à faire.
    Des constatations communes, des déceptions et amertumes oui mais tout l’espoir frémissant de se connaitre intimement, au plus profond de soi , de se sentir humain en besoin impérieux de partage et d’amour sans que quiconque revêtu de quelques habits que ce soient viennent nous obscurcir.
    Nous sommes bien sur ce beau chemin et cela seul importe.
    Merci de ton aide.
    Le souffle parfumé du printemps est partout…

  3. Merci Laurent de cette longue réflexion.

    Peut-être qu’un jour on trouvera des gens assez gonflés pour décider de prendre refuge directement dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha, sans intermédiaires de lignées et de transmissions ?

    Peut-être même qu’il y a toujours eu des gens comme ça mais qu’il y en aura de plus en plus ?

    Après, que les écoles « bouddhistes » refusent de reconnaître ces « rebelles » officiellement et publiquement comme « bouddhistes » patentés, quoi de plus naturel, mais qu’est-ce que ça pourra bien leur faire ?

    La rencontre avec des maîtres sera toujours nécessaire, à mon avis.
    Mais les écoles, maintenant qu’avec l’Internet tout le monde peut avoir directement accès de chez lui à tous les enseignements, beaucoup moins.

    On objectera que de pratiquer en dehors du cadre d’une école reconnue est dangereux.
    C’est exact, mais l’expérience montre que ça n’est ni plus ni moins dangereux que de pratiquer dans le cadre d’une école reconnue.
    La seule chose qui change, c’est que les dangers sont différents:
    S’illusionner soi-même dans le premier cas, se laisser entraîner dans les illusions collectives de l’école dans le second.

    Le monde change très vite. Et le « bouddhisme » (pour autant que ça existe) ne manquera certainement pas de suivre le mouvement, comme il l’a toujours fait.

    Bonne journée.

  4. Votre route, ce n’est pas à moi, mais à vous, à personne
    d’autre que vous de la parcourir,
    A vous et à vous seul, d’y voyager !

    C’est tout près, à votre portée,
    Peut-être même étiez-vous dessus depuis votre naissance à votre insu,
    Peut-être vous attend-elle partout sur l’eau ou sur la terre.

    Walt Whitman, Chanson de moi-même

    Bises

  5. Bonsoir

    Beaucoup d’émotions échangées sur ce blog teintées de souffrance, d’espoir, de belle sincérité et de dépôt de lourdes valises.
    Lorsqu’on les lit attentivement et que l’on les intègre du mieux qu’il est possible, il en ressort un constat commun, ce besoin inné d’harmonie, de partage et d’amour.
    Avoir réalisé la souffrance est notre lieu commun à tous, nous avons pour certains rencontré « le bouddhisme »l’expérience d’un homme qui nous apprend à tenir debout seul en étant représentant de tout l’univers….
    Pour perpétuer son message, écoles, maîtres et disciples se sont succédé, l’enseignement est là mais savoir marcher seul est bien la source.
    Nous sommes peut-être trop aveuglés par notre fragilité et notre besoin de validation de nos actes par l’autre, surtout s’il possède un titre et un beau kesa impeccable! il serait sûrement bon de retrouver une liberté et autonomie d’esprit, pour retourner à notre nature initiale, sans dogme, sans carcan..en réalisant KU, qu’est d’autre la teneur de la longue prédication de Shakyamuni?

  6. je ne suis pas bouddhiste, en dépit d’un assez court passé « bouddhiste ». Je me définirais, (plutôt) comme un un athée radical et, philosophiquement parlant, comme un matérialiste. Mais j’ ai lu votre texte avec intérêt et respect Je considère également la souffrance come le problème numéro 1 de l’humanité, problème qui concerne chaque être , quel quelle que soit sa croyance ou sa philosophie personnelle, mais j’ avoue n’ avoir pas au bout de 85 ans d’ existence trouvé de solution à ce problème
    capital. Je n’ ai jamais pu non plus m’ « attacher » aux basques d’ un maître comme j’ ai vu tant de « bouddhistes » le faire. Cela m’ a été souvent reproché Mais , peut-être nà tort, je me suis toujours méfié de la sournoise idolâtrie qui peut se cristalliser avec le temps envers le « MAÎTRE » , voire la personne du Bouddha. De mon bref passage dans le « Dharma’, je n’ ai retenu que ce conseil lapidaire;
    « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le ».

  7. Bonjour Gérard.
    je comprends votre démarche, vous n’avez pas su sacrifier votre liberté sur l’autel du dévotionnisme béat.
    L’idolâtrie n’aurait pas été ce que Shakyamuni voulait pour notre liberté.
    Votre positionnement est sûrement plus fidèle à ce que Bouddha voulait transmettre, en tous cas à mes yeux, que celui de gens qui renoncent à leur esprit critique au nom d’une sacro-sainte vérité qui les empèche de penser par eux-mêmes. Le bouddhisme ce n’est pas se soumettre à un appareil de pensée, c’est voir par soi-même.
    Bien à vous!

  8. Bonjour,

    Je découvre votre blog depuis quelques jours et je le trouve très intéressant.
    Votre article me rassure quand à la pratique du zen mais pas forcément en ce qui concerne le bouddhisme.
    Cela fait plusieurs années que je veux partager la « voie zen » avec des personnes, pratiquer ensemble, écouter des gens plus avancés sur le chemin au lieu de pratiquer toujours seul et de lire des livres. Oh pas beaucoup: aller une fois par semaine au dojo et faire un ou deux camps d’été par ans.
    Je suis bien conscient des multiples dérives du zen français et des courants plus ou moins antagonistes qui se chamaillent mais cela me ferait plaisir de suivre les enseignements de personnes qui peuvent m’apporter quelque chose.
    Bref je me sent plus zen que bouddhiste et je ne sais toujours pas comment me positionner par rapport au bouddhisme…

  9. Bonjour François,
    « Vous positionner par rapport au bouddhisme? »

    Est-ce vraiment utile/nécessaire ? Et qu’est-ce que ça veut dire exactement ?
    En ce qui me concerne, après quelques années d’approche du sujet, j’ai fini par me ranger à l’opinion de ceux qui disent que « Le bouddhisme n’existe pas ».
    Le « bouddhisme », c’est juste une catégorie mentale occidentale qui essaye de rassembler sous une étiquette unique toute une gamme de choses très différentes les unes des autres et qui n’ont comme seul point commun qu’une référence à Siddhartha Gautama.
    On met dans un même sac,qu’on appelle « le bouddhisme », des choses aussi différentes que des moulins à prières, des philosophies très compliquées, d’autres philosophies très compliquées qui combattent les premières, différentes techniques de méditation, des superstitions rurales (sans offense) ou « new age », etc.
    Sauf erreur, « le bouddhisme », c’est d’ailleurs un concept totalement inconnu en extrême orient où on parle de Bouddhadharma (l’enseignement du Bouddha), mais jamais de « bouddhisme ».
    Cette étiquette « bouddhisme » est d’autant plus paradoxale que l’enseignement du Bouddha insiste précisément sur la nécessité de se libérer du piège des étiquettes et des dénominations qui nous incitent à croire que derrière l’étiquette, il y aurait quelque chose de stable, de permanent, d’essentiel.

    Ce n’est pas le cas. Il n’y a rien de stable derrière l’étiquette. « Le bouddhisme » est comme tout ce qui est mentionné dans le Soutra du Coeur. Vide de substance propre. Comment alors « se positionner » par rapport à quelque chose d’aussi flou et fluctuant ? 🙂
    Pour ma part, j’ai pris et je continue à prendre appui (plus que refuge) dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha. On peut prendre appui sur des vagues, tous les surfeurs savent ça. Mais c’est très difficile de bien « se positionner » par rapport à une vague et surtout, c’est forcément toujours transitoire, il faut se « repositionner » sans cesse si on ne veut pas se casser la figure.

    Tout ça ne veut pas dire qu’il faille s’interdire de parler du « bouddhisme ». C’est juste qu’il ne faut pas attacher plus d’importance que ça à une étiquette qu’on pose sur une ondulation transitoire et floue. Cette étiquette est pratique pour discuter entre amis au coin du feu (et aussi parfois pour remplir les formulaires des subventions ou des autorisations officielles!), mais elle n’a rien d’essentiel.

    A mon humble avis en tout cas, je ne faisais que passer.

    Bonne continuation sur votre chemin d’éveil !

  10. Bonjour François.
    Je comprends votre sentiment, en fait vous êtes beaucoup à éprouver exactement la même chose, entre pratique personnelle, pratique en groupe, et ce sentiment de malaise avec le bouddhisme. Dans les sphères que je fréquente (essentiellement sur forums et pages Facebook), ce sentiment s’exprime récuremment.
    D’autres lignées arrivent, personnellement je vais prendre les préceptes dans une lignée d’origine chinoise. Après, en fait, peu importe. Mais ce qui m’a décidé, c’est aussi que c’est un ordre qui assume sa bouddhisterie, mais qui n’encombre pas avec le bouddhisme.
    Par exemple, nombres de ses représentants, e!n son sein, proposent une forme typiquement zen soto, ou rinzai, et celui qui va me transmettre les préceptes lui-même pratique le bön tibétain!
    Par contre, leur cheval de bataille est un discussion permanente via le net sur l’éthique, qui est plus importante que la forme.
    Cela est pour moi une des réponses.
    Elle est peu représentée, mais peu importe : ce qui importe c’est de garder sauf l’esprit…le reste suivra.
    Le problème dont vous parlez du bouddhisme, est un problème occidental : en Orient, en fait, le bouddhisme s’est toujours mèlé avec les cultes locaux…même pour le theravada malgré son aspect épuré et aritualiste.
    Chez nous le problème est d’être plus royaliste que le roi : en fait à force de prétendre au vrai bouddhisme, on fait des guerres de chapelle : le Bouddha s’en foutait, et le monde asiatique est bien plus plastique psychiquement que nous….c’est d’ailleurs toute la confusion qui règne!
    Comme vous, ce qui m’intéressait dans le zen, c’est le bouddhisme au-delà du bouddhisme.
    Là j’étais en train de lire « Hua Teou, Initiation au bouddhisme chan et Tien Tai » de Bruno Bayle de Jessé. Ce dont il parle c’est d’un éducation corporelle, pas du tout intellectuelle, une refondation de ses perceptions dans son corps, et cesser d’être dans les idées, apprendre juste à réhabiter l’instant.
    A force de vouloir être bouddhiste, en fait ce qu’il risque d’arriver, c’est que les écoles enseignants la Pleine Conscience seront plus proches de l’essence du bouddhisme, à savoir réhabiter son corps, ses perceptions, ses affects, son esprit dans une présence totale à ce qu’on est et ce qui est.
    Au lieu de reconnaitre le bouddhisme dans ce qui est là ici et maintenant, on en fait un concept, un « truc » extérieur à soi, un idéal, un système, des trucs rajoutés à l’expérience première d’être.
    Mais une identité ça rassure.
    Donc votre problème est en fait votre solution : il ne faut pas tenter de fuir ou de résoudre ce malaise par rapport au zen et bouddhisme, il faut s’asseoir avec, s’asseoir dedans, vous trouverez votre réponse, mais confiez-vous à la pratique, et vous verrez que cette question sera perçue autrement.
    Au final, y a-t-il à se positionner par rapport au bouddhisme?
    Vous parlez peut-être d’officialiser un lien à travers prise de refuge, etc etc?
    Je n’ai aucune réponse concernant cela, il va y avoir de plus en plus d’opportunités de le faire avec de plus en plus de gens différents.
    Mais ce qui importe, c’est vous avec vous. C’est ça qui importe. Trouver refuge en soi, et laisser être ce qui est.
    En fait, c’est super simple, et ce qui est super simple, c’est le plus difficile souvent à faire, car on doute, on pense que c’est ailleurs que ça se passe, etc….
    Mais pourtant j’ai le sentiment qu’aucune réponse n’est ailleurs qu’en nous-mêmes. Personne ne peut nous donner la réponse à qui l’on est, que soi-même.
    Par contre on peut s’entourer d’amis de biens.
    Si ce lieu peut permettre cela, j’en serai heureux.
    N’hésitez pas à poster, poser des questions, ici c’est libre.
    Bon chemin.

  11. Oui, tu nommes bien ce paradoxe : on veut l’étiquette bouddhiste, mais le Bouddha disait de se libérer de toute identification.
    J’en suis au même point que toi dans mon constat.
    En fait, quand j’ai commencé à pratiquer le zen, on ne parlait pas tant de bouddhisme. Par contre j’avais la conviction d’être dans une expérience-pratique qui incarnait réellement, corporellement, psychiquement, spirituellement, ce dont a parlé le Bouddha toute sa vie. Certains le résument dans le terme fourre-tout « Eveil » ou « Illumination », ou « satori », mais en fait on s’en fout, c’est le vécu réel qui compte.
    Le truc que tu emmènes du zafu à la vaisselle, au travail, aux relations familiales parfois difficiles, le truc de la vraie vie, quoi!
    On n’avais pas tant besoin de le nommer, mais on parlait plus souvent, comme disait Dogen, de la Voie du Bouddha.
    Mon constat est réellement que beaucoup de violence a surgi à l’intérieur des communautés au nom de légitimités de transmission, histoires de pouvoir, exclusions, quand il a été question d’afficher l’identité bouddhiste.
    Nous avons été exclus d’un groupe, alors que trois mois avant le responsable nous disait que son référent-révérend lui disait qu’il fallait maintenant assumer le terme « bouddhiste zen »…autant dire que je ne suis guère convaincu de ce que ça produit en terme de nirvanité! C’est juste un délire samsarique de plus, mais l’ultime piège le pire, c’est que qui y participe est persuadé qu’il est au-delà des illusions! Fou inconscient de sa folie, l’ultime et pire manifestation de l’ignorance (si on se réfère à ce qu’en disait Shakyamuni).
    Si il y a juste un positionnement à avoir, il est de savoir, sur un plan relatif, quand on discute avec les autres, de quoi l’on parle quand on parle de bouddhisme. Les discussions sur internet sont à cet égard intéressantes : la plupart des gens parlent de leur idée du bouddhisme, sans mettre en cause que c’est leur idée avant tout, et c’est à partir de cet attachement identitaire que toutes les guéguerres commencent : un concept se bat contre un autre, alors que le bouddhisme, bouddha dharma, c’est juste la vie réelle en tentant de s’harmoniser avec soi et avec ce qui nous entoure.
    Est-ce si compliqué?
    Je ne crois pas.
    Mais c’est plus facile de créer des complications pour faire croire que la vérité est ailleurs, et s’emparer d’un discours au nom du bouddhisme, pour en fait soumettre le libre-arbitre des auditeurs, ou montrer qu’on sait quelque chose que les autres ne soupçonnent pas. Bref, pour se la pêter!
    Je reste intimement persuadé que Bouddha, en tant qu’éveilleur-éveillé, pratiquait la même maïeutique que Socrate : rendre à chacun son illumination, car la lumière de l’un n’obscurcit pas celle de l’autre. Et qu’il ne retenait rien de secret.

  12. Quel blalbla!

    « Aujourd’hui, j’en suis arrivé au point que je considère qu’en fait, la Voie est un chemin complètement individuel, et que ce que le Bouddha a montré était le fruit d’un cheminement individuel. »

    On ne peut s’individuer qu’en se trans-individuant. On ne peut pas s’individuer tout seul.
    Le bouddha a aussi rencontré des ascètes et des Brahmans complètement cons. C’est aussi ce qui lui a permis de s’éveiller. Le sage apprend des erreurs d’autrui comme j’apprends des tiennes.

    Souvent, j’ai le sentiment que les maîtres que je fréquentent ne sont pas des « têtes » mais ce n’est pas non plus ce que je leur demande. J’apprends de leurs faiblesse et j’essaye autant que possible de leur apprendre à être de meilleurs maîtres.

    L’autre jour j’étais dans une bibliothèque avec l’un d’entre-eux (shihoté of course) je lui ai mis le tome 6 du Shobogenzo sous le nez pour lui montrer qu’il disait exactement le contraire de ce que dit Dogen (la réception sensorielle est souffrance, alors que lui me disait non la sensation n’est pas souffrance, il faut que le moi s’en saisisse). Il a fini par me dire « ah mais je suis d’accord avec ça ». J’attends d’un maître qu’il reconnaisse qu’il a tort quand il a tort. C’est le cas, alors ça me va. Je n’attends pas que le type soit infaillible car je ne le suis pas davantage.

    Pour Levinas, l’éthique est asymétrique. Dans le bouddhisme on dit inconditionnel. Le don qui attend un retour n’est pas éthique. Quand tu cesses d’attendre des autres et que tu donnes sans attendre de retour tu respires enfin.

    Je n’attends rien de toi mais si je peux t’aider, tu peux compter sur moi.

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