Pratiquer seul la méditation, le zazen : comment aborder cette question?

Cela fait quelques temps que je songe à aborder quelques thèmes spécifiques à la pratique du zen.
En effet, il existe des façons de présenter la pratique, qui, s’ils ont eu une raison d’être liée à des circonstances précises au moment de l’implantation de la pratique en France, restent encore véhiculés là où à mon sens, ils sont dépassés quant à leur pertinence. Car les choses ont évoluées.
Et entre la recommandation forte, et le dogme, il n’y a qu’un pas à franchir qui, il me semble, l’est régulièrement.
En effet, entre un conseil d’ami spirituel, et une obligation morale, il y a tout un monde, qui est celui de la liberté d’éthique. Doit-on suivre quelque chose aveuglément, ou rester capable de critiquer positivement ce qu’on pratique ?
Ce n’est pas une petite question, elle est celle de la liberté. Et il me semble que cela peut arranger certains que d’autres renoncent à leur liberté, surtout s’ils en énoncent les limites, et que ça arrange parfois aussi ceux qui renoncent à leur liberté, car ça leur épargne de traverser des angoisses, car ils préfèrent le déjà connu d’une position souffrante, infantile, soumise, mais tellement connue et identifiée qu’il est plus rassurant d’y rester que de tenter de s’en affranchir.

Mais passons au vif du sujet.
J’avais noté trois idées, que je retiendrai pour l’instant.
1- On ne peut pratiquer que dans un dojo.
2- Pour se faire ordonner nonne ou moine, il faut avoir un maître.
3- On ne peut avoir qu’un seul maître.

La deuxième, reprend les termes exacts que j’ai entendus de la part d’une pratiquante qui songeait à l’ordination de nonne.
La troisième, je l’ai lue dans un recueil d’enseignements d’un enseignant contemporain que j’ai lu par hasard.
La première, est extrêmement répandue dans le milieu de pratique dominant en France.

1-Quand on signifie qu’on ne peut pratique que dans un dojo, faut-il définir l’objet de la pratique. S’agit-il de zazen ? S’agit-il de tout ce qu’il y a autour de zazen ?
L’idée qui circule, est que si l’on pratique seul, on aura une pratique erronée.
Michel Proulx, un jour, sur un forum, avait eu cette formule que j’avais trouvée pertinente : différencier s’il s’agit de pratiquer zazen, la méditation, ou le bouddhisme. Disant que pratiquer zazen seul, n’était pas un problème, mais que croire pratiquer le bouddhisme sans enseignement direct, était ce qui était déconseillé, Dogen disant même qu’il valait mieux ne pas le pratiquer que le pratiquer sans un maître.
Le grand facteur de confusion, dans le zen occidental en France, c’est que Maître Deshimaru a souvent répété à ses disciples, que le zen, c’était zazen. De là à en faire un objet d’attachement, il n’y avait qu’un pas.
Or, s’il avait ce discours, c’est que beaucoup croyaient que le zen pouvait se réaliser en s’affranchissant de tout effort sur soi-même, de tout retour à la réalité concrète de son corps, de toute conscience incarnée, prétendant à un éveil spirituel hors de ce monde.
C’était aussi pour contrebalancer la dérive japonaise d’un zen où l’on ne pratique plus que des rituels, et où la méditation est oubliée. Où l’on verse dans un formalisme, un ritualisme, déconnecté de son essence : la conscience de ce corps-esprit relié.
Ceci pour dire qu’il est parfaitement possible de pratiquer seul. C’est une réalité existante dont il faut tenir compte. Etant hors des milieux de pratique depuis 2006, fréquentant des lieux de contact virtuels sur le net, force est de constater qu’il y a pas mal de gens qui tentent de pratiquer régulièrement et seuls. Et non pas seulement tentent, mais ont une pratique suivie.
Ce qui serait nuisible, c’est d’opposer la pratique seul et la pratique en groupe, d’utiliser l’une pour éviter l’autre.
S’asseoir sur un coussin, reprendre conscience de son corps, de son souffle, de ce qui nous traverse comme sensations, pensées, émotions, pulsions, mouvements, énergies, n’a rien d’ésotérique. Il suffit juste de décider d’être conscient de ce qu’on est.
Quand à l’aspect physique, technique de la posture, il suffit d’un peu d’attention à son corps, de s’observer évoluer dans sa pratique, pour voir si l’on a plus de bien-être ou moins selon notre façon de procéder, et d’en tenir acte pour réajuster notre façon de faire pour que les choses se passent mieux.
L’écueil, selon moi, est d’apprendre à sortir d’un certain rapport de force avec soi-même, et de cesser la lutte. La posture peut devenir un enjeu de performance : je pense qu’il est important de revenir à un fondement de détente. Détente ne veut pas dire laisser aller. Mais signifie ne pas mettre de la tension quand elle n’est pas utile.
Car beaucoup de gens ne se détendent pas dans leur dos, dans leurs reins. Ecouter la respiration, la laisser libre d’aller, ne pas contraindre quoi que ce soit, serait un grand bien.
N’oublions pas qu’un japonais, n’a en rien le même rapport au corps, à la douleur, que nous. Et qu’il faut investir la pratique de la méditation en cessant de copier une façon conditionnée par de nombreux aspects culturels, mais l’investir avec notre conscience corporelle occidentale.
Et renoncer à un atavisme doloriste, à une forme de masochisme, de mise à l’épreuve de la souffrance, qui est un conditionnement culturel bien propre à notre société, par contre.
Car le Christ, est peut-être monté sur la croix, a souffert. Ok. Mais rappelons-nous que s’il l’a fait, c’est pour nous sauver, et qu’il n’a pas demandé à ce qu’on souffre tous autant que lui.
De toutes façons, on aura assez notre dose de souffrance conditionnée comme ça qui va se révéler, pour en rajouter dans notre façon de pratiquer.
Donc, acceptons que le plaisir puisse exister dans la pratique. Le Bouddha, on l’appelle le Bienheureux, pas autrement !
Ensuite, on peut parfaitement se rendre dans un centre, de temps en temps, si on ne peut faire autrement, et profiter de ce qu’il s’y passe. Après, les compétences sont différentes, les accompagnements sont très différents qualitativement. Et il peut aussi y avoir une question d’alchimie, de personnes. Il faut faire avec ce qu’on a. Parfois se donner les chances d’aller voir d’autres personnes, chercher.
Mais la pratique, on la réalise nous, pas quelqu’un d’autre.
Il est difficile de donner une recette pour gérer la façon dont on peut pratiquer dans un centre. Cela est au cas par cas.
Dans les grandes lignes, quelqu’un qui rend trop dépendant à sa personne, qui exige un engagement où l’on se sent trop en conflit entre sa pratique et sa vie personnelle, qui ne nous aide pas à progresser dans notre confiance en nous, alors on peut se poser des questions.
Une attitude autoritariste, une pratique formaliste à l’excès, trop de rigidités, ne sont pas non plus de très bons indices. Un cadre est là pour structurer un espace, avec un dedans et un dehors. Mais pas pour devenir une fin en soi.
Il est important de se rappeler sa question initiale : pourquoi pratique-t-on ?
Pour moi, c’est très simple : le Bouddha voulait résoudre le problème de la souffrance.
Et c’est, je pense, la motivation de fond de chacun, qui s’exprime à des degrés divers.
Si la motivation devient pratiquer pour pratiquer, alors il faut se rappeler quel mouvement nous a porté vers le coussin.
Bien sûr, l’on dit que la vraie pratique est sans but. Oui, c’est vrai. Mais sur un plan ultime. L’ultime ne doit pas faire perdre de vue que nous vivons dans un monde relatif.
Sans but signifie qu’on abandonne toute volonté de tirer un profit égocentrique de la pratique, mais l’enseignement bouddhiste dit que l’esprit qui sous-tend notre pratique est l’esprit qui veut s’éveiller, qui veut vivre conscient, Bodaishin.
Ne pas se fixer de buts limités ne signifie pas qu’il n’y a pas d’intention, de direction éthique.
Là est le sens du bouddhisme en tant que cadre de pratique pour la méditation, il donne une direction à la conscience.
Sinon, l’on risque de sombrer dans ce qu’on appelle le quiétisme : une pratique pour rester pépère, tranquille, bien au chaud avec soi-même. Et sans prendre le risque des autres et du monde.
Si le zen c’est pas pour se faire du mal, ce n’est pas non plus pour rester assoupi et à l’abri en rupture avec le monde.
Mais ça, c’est une question d’équilibre, car parfois on a besoin de recul, parfois de s’investir, mais il n’y a pas non plus de réponse fixe, cela dépend de là où chacun en est avec lui-même.

En tous cas, si l’on pratique seul, je pense qu’il est important d’essayer de trouver quand même un groupe, de tenter la confrontation avec autrui. Cela permet de se situer aussi dans ses limites. Un échange aussi se produit, qui peut être riche.
L’on peut très bien aussi, trouver un ou des amis qui ont envie de tenter la méditation, et le faire ensemble. C’est très simple, il suffit de donner une convention de début et de fin, genre un coup de cloche, ou autre chose, et de se proposer le silence. Et éviter aussi que qui que ce soit se positionne en propriétaire du temps, d’un enseignement, de la pratique, bref, d’éviter la gourouite aigüe qui peut parfois sévir dans ce genre de cas.
Avoir un temps d’échange, après, en tentant de rester dans le ressenti, peut être utile.
Mais le mieux, c’est de rester souple d’esprit et de ne pas avoir de systématisme, et savoir remettre en question les choses sans non plus tout bouleverser sans cesse.
Posé, stable, sans être figé.

Je m’arrêterai là, car il y aurait encore de quoi dire. Mais si des points posent questions, n’hésitez pas à m’en faire part, je peux tenter d’y répondre et de développer ce qui mériterai de l’être. Ce sont les réflexions que je lis, que j’entends, qui sont ce qui nourrit mon discours. Nos préoccupations sont plus universelles qu’on ne croit parfois.
Et j’aborderai les deux autres points plus tard, je ne les oublie pas.
A plus tard.

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25 réflexions sur “Pratiquer seul la méditation, le zazen : comment aborder cette question?

  1. Salut

    Des dojos il en faut mais il y a dojo et dojo, certains dojos sont des organisations hiérarchisés et dés qu’il y a une hiérarchie on essaye de la gravir d’où les tensions d’autre dojo sont mis en place par des gens déçus de certaines organisations bouddhiste et arrive à mettre en place quelques choses de beaucoup plus soft de plus vrai peut-être.

    Être moine ou nonne sans un maître cela paraît difficile, il y a les connaissances à acquérir et un chemin à suivre pour éviter le n’importe quoi et aider à avoir un meilleur comportement dans la vie et quand tu juges que tu n’en as plus besoin, d’un commun accord, chacun fait sa route.

    Qu’est-ce qu’un Maître ? Quand j’ai un souci, que ça ne va pas, un truc à dire, je prends mon téléphone et je t’appelle, tu arrives à me calmer ou me faire entendre raison pour moi tu es un Maître si je pouvais rencontrer une deuxième ou troisième personnes comme toi cela ne gâcherais rien mais si c’est pour apprendre par cœur les stances du bouddhisme, il y a des bouquins et le Net.

  2. Merci Daniel. Cette reconnaissance me touche. Mais je ne suis pas un maître. J’essaie d’être un mec normal, ce sera déjà pas mal si je maîtrise ça!
    J’étais parti à te répondre, mais cette réponse est devenue un article en soi.
    Comme quoi, les réflexions de chacun peuvent produire des choses qui peuvent peut-être inspirer d’autres.
    A plus tard.

  3. Oups, Bonjour, de passage dans le coin, entre diverses occupations le sujet m’intéresse !
    Je ne connais pas spécifiquement le zen et zazen… seulement un peu la méditation et le bouddhisme.
    Une des premières choses qu’on apprend lorsqu’on s’affranchit, qu’on garde ou reprenne sa liberté, c’est d’être détesté, rejeté. Dès lors qu’on est dans le refus de l’assujettissement, de suivre aveuglément, qu’on critique et au besoin qu’on s’écarte ou s’extrait ( que ce soit d’une institution, un maître, un groupe, une famille ou autres… ) c’est mal vu, on passe pour une espèce d’inconscient(e) irresponsable et marginal(e). Alors que c’est tout l’inverse, on pense, raisonne par soi-même, on assume sa propre liberté.
    Cette attitude de non-soumission expose et déplaît d’autant plus aux tentatives de domination auxquelles on échappe.
    On cède de sa liberté par manque de confiance en soi. Aussi en s’affranchissant, on renonce à toutes formes de protection paternaliste, « maternante » ou matchiste/dominatrice.
    Le Christ disait aussi qu’il fallait être prêt à quitter pays, famille …etc
    Lorsqu’on a que sur soi-même sur qui compter, on apprend très vite le Refuge Intérieur et du même coup le Maître Intérieur. C’est clair que c’est pas sans angoisses et traversée du désert, périodes sombres et passages durs à surmonter mais qui libèrent, éveillent et nourrissent la foi de confiance. Parce qu’il y a aussi des moments de souffrance apaisées, des moments de paix et de joie intérieure, de clarté. Une solidité se raffermit en profondeur. Ce qu’on ne comprenait pas avant se comprends mieux plus tard, comme si, il avait fallut un cap, une meilleure explication plus sage et sincère ou que des pièces manquantes qui n’était pas encore là et pas en ordre ou que l’esprit n’était pas prêt à entendre et comprendre…
    Ce rappeler ce qui a amené sur le coussin, la souffrance, oui et c’est un peu comme se rappeler son premier battement de coeur, sa première respiration, son premier élan.
    Le Christ n’a jamais fait l’éloge de la souffrance, il suait des gouttes de sueurs froides et de sang à l’annonce de sa crucifixion et il pria pour être éloigné de cette coupe. Mais il est monté par fidélité à ses convictions et par cela pour nous sauver.
    Il ne cachait pas ses émotions derrière un masque impassible, il ne s’astreignait pas à une souffrance physique pour imiter un modèle.
    On fait avec le corps que l’on a, c’est ce que je fais. A mon propre fils que j’incite à une première initiation de la méditation, je lui dis à lui, qui a un grand corps, mets-toi en tailleur dos droit, pour commencer ( pour ne pas être trop découragé dès les premières séances difficiles avec l’esprit déjà agité en plus ), ensuite un peu plus tard, essaie postures birman, demi-lotus, lotus ou seiza et choisit celle qui te convient le mieux. Le tout étant de ne pas s’acharner sur une parce que c’est le modèle…
    Petit gabarit, cambré, j’ai dû apprendre à connaître mon corps dans ma posture pour placer reins et bassin, hauteur de coussin afin d’être confortable pour méditer jusqu’à une heure ( c’est rare ! mais trente minutes ça va. )
    Et tout ça déjà, rien que ces petites étapes dans l’initiation et l’apprentissage, ce n’est rien d’autre que simplement l’acceptation de soi, du lâcher-prise. On est déjà dans la méditation…
    Je n’ai pas de sangha du Village des Pruniers où j’habite, pas de dojo non plus. Je me suis adaptée à cette condition pour une part et par nature solitaire d’autre part, parce que je me sens bien ainsi pour observer mon propre esprit seul à seul pour l’instant. On a besoin de son intimité pour aller dans les profondeurs de soi-même. Une indépendance tout en souhaitant le contact humain pour partager la méditation qui peut relier aussi humainement, peut s’harmoniser aussi.
    C’est vrai aussi que je suis très sensible à l’alchimie de personnes, de l’entourage, si ça va pas, ça me déclenche mon « agoraphopie claustrophobique », question d’ondes, c’est pas marrant ! c’est vrai ! Parfois on le sait d’intuition, si on se sent vraiment tout de suite bien ou pas. Parfois c’est pas le moment dans la conjoncture aussi, ou on a un a-priori, ou une appréhension, ou on est tout bêtement pas fait pour ce groupe-là, cette école là, ou ça se détériore pour diverses raisons, c’est comme ailleurs sûrement. Je pense qu’il faut le temps de se connaître vraiment humainement et laisser peu à peu se faire l’intimité du groupe. Pour aller vers la méditation en groupe, je pense aussi que l’idée de « confrontation » peut-être un peu brutale, rebutant, et que c’est moins « frontal » davantage l’élan spontané d’aller vers autrui, l’ouverture et l’accueil, le simple échange.
    Une structure peut-être souple et des repères sont importants sans être stricts.
    Sinon en cas de « gourouïte aiguë », autoritarisme, il risque d’y avoir des « pétages de plomb », dans un sens ça recadre mais l’harmonie est difficile.
    Je repense au grand Maître que tu décrivais Tokuda je crois, si je me souviens bien, une histoire qui décrivait sa sagesse lorsque la cloche avait été oubliée… On pratique chez soi avec d’autres habitudes. Si c’est avec des amis, sans être maître, il faut bien quelqu’un qui puisse organiser, aider, guider un peu par son expérience.
    A mon avis, un dojo ou un centre on l’on se sent bien c’est ceux où l’on se sent libre de venir et de partir déjà, en toute sérénité. Où on se sent « soi-même », qui fait grandir et pas le contraire et où le maître extérieur complète le maître intérieur. Oui, qui aide à progresser dans la confiance en nous.TNH voit la sangha, le groupe comme une énergie qui se transmet et peut soutenir aussi. Par exemple si on se souvient des chants avec le groupe, ou de la vaisselle, ou des pas qu’on a fait ensemble, cette énergie, ça nous renforce après dans notre pratique seul.
    Les situations dans un groupe où l’on discerne que ce serait plutôt l’inverse mieux vaut les abandonner sans hésiter. Cela n’aide pas et nous ne sommes pas en mesure d’aider le groupe non plus.
    Chacun a un équilibre.
    On ne peut pas méditer toujours comme si on était dans sa grotte de l’Himalaya « pépère » ou sa petite cabane « mémère ».
    J’assume mon côté sauvage ! je marche en paix sur ce beau chemin, mais je n’ai pas rompu avec le monde, comment le pourrais-je, le monde est partout ! je médite déjà presque en groupe !
    D’ailleurs c’est grâce à tous ces casse-pieds du dimanche dans la forêt, si elle encore là et pas remplacer par un parking ou un complexe immobilier. Je les embrasse tiens, qu’ils soient bénis.
    La vie est tranquille, ma pratique cool, mais j’aurai bientôt de nouveaux tourments et malheurs tôt ou tard, je le sais. Mais bon je savoure l’instant présent en attendant, hein… une rareté dans ma vie… Je profite de l’accalmie… … Méditation dans la tempête annoncée, drapeau rouge baignade interdite, les huttes dans la tornade et tapis volants, on a vu passer un maître ébouriffé et fou.
    Ah ?…
    Bon, il est temps que je bouge de là, je commence à écrire des bêtises.
    Merci pour cette réflexion.

  4. Oui, il n’y a pas de cas standard. Perso j’ai appris en groupe, comme beaucoup, puis ai été mis sur la touche. Je suis, nous sommes en position de responsables de groupe, sans vraiment faire partie d’une lignée, puisque mis sur la touche, ceci n’a rien de confortable, du coup j’explore ce qui sera considéré comme paradoxe, non orthodoxe…mais mes quelques années de fréquentation sur le net m’ont montré que j’étais capable de comprendre le ressenti des gens qui ont ces difficultés entre l’individuation, et la dissolution de son ego dans un groupe.
    On peut, comme il semble être ton cas, avoir une histoire de vie qui nous pousse au retrait, par nature, aussi quand on a vécu des choses trop traumatisantes…perso, j’ai à faire avec ce genre de choses, qui me font souvent sentir inadapté, et encore plus illégitime pour parler d’une expérience humaine spirituelle. Mais en fait, la plupart des enseignants, sont souvent aux prises de ces choses-là, et j’en ai vu souvent ne même pas tenter de travailler sur eux et utiliser le milieu de pratique comme compensation à leurs failles narcissiques, pour me dire qu’au final, je ne suis pas pire.
    Certes, ce n’est pas la meilleure réponse, mais j’en suis là, et puis aussi, la vie est ma maîtresse, ma compagne est ma maîtresse, mon fils, ma chienne, etc, etc…et vous aussi.
    Donc il n’ y a aucun standard, et si j’use du mot confrontation, ce n’est pas dans un sens « dur ». Le zen a un côté un peu raide dans ce sens, mais ça m’avait foncièrement aidé à oser aller dans le monde et franchir ma peur. Aujourd’hui, je ne m’y prendrai pas pareil, je pense que c’est mieux d’y aller cool, ce qui ne veut pas dire complaisant.
    Ensuite, on peut très bien pratiquer pour être cool, pour le bien-être, et s’en tenir là. Certains orthodoxes diront que ce n’est pas authentique. Pour ma part, je ne juge plus cela, plus trop-car j’ai des relents d’orthodoxismes zen-je pense par contre qu’il faut ne faut pas limiter la pratique à cela, sinon elle devient quiétiste, limitante, un confort pour éviter soi et le monde.
    On a besoin de confort, on n’a pas besoin de souffrir pour pratiquer, de grandir par l’épreuve imposée : comme tu dis, la vie en donnera assez, je lui fais confiance pour cela.
    Mais on a le droit au confort, minimal. Pour ma part, je ne demande pas le luxe, mais un minimum, du calme, un peu d’espace. C’est tout.
    Je lisais quelqu’un qui s’inquiétait d’établir le calme pour affronter la vie. J’ai appris à affronter, souvent en zazen, justement en ne pouvant m’attacher au calme : on découvre en fait qu’il est possible au milieu de la tempète. Qui n’a pas vécu cette chose que de vivre un truc hallucinant de souffrance, et de trouver un étonnant calme pour le traverser? Cela signifie que c’est déjà en nous. On peut l’approfondir, mais s’il faut attendre d’être prèt pour affronter la vie, on peut attendre longtemps…en tous cas pour ma part!
    Mon rêve reste néanmoins de participer à la création de liens entre personnes qui aspirent aux mêmes idéaux, aux mêmes réalisations, dans le monde concret et pas que dans les mots. Et de dépasser les querelles de chapelle, les gueguerres de pouvoir; de témoigner que la méditation, le bouddhisme, c’est pour la paix et le bonheur, pas pour la domination et le pouvoir. Que ça peut aider une individuation saine tout en étant avec les autres….et ceci chacun se respectant et respectant les autres…en tous cas allant vers cela, avec le droit à l’erreur.
    C’est ainsi que je vois les choses.
    Et puis, je crois que j’aime bien les maîtres ébouriffés et fous!

  5. Oui c’est ça j’ai à franchir ma peur pas à pas…
    Je sais qu’il y a en moi, la peur, et l’envie d’être dans une bulle qui va me protéger de violences qui pourraient réveiller encore des traumatismes inutilement puisque je suis déjà passée en thérapie. J’ai pas envie que ma vie se passe à être déglinguée par des trauma et à m’en remettre. Que ce soit la vieillesse, la maladie et la mort ça passe encore ce genre d’angoisses. Mais y a quand même des souffrances qui sont pas « naturelles » qui ne devrait pas exister ou avoir lieu d’être, y a comme un surplus. Pourtant je vais bel et bien quand même m’en remettre. Il faudra bien s’il y a encore violence trauma et souffrance. Mais est-ce que c’est une vie ?
    Récemment je me disais que je relirais « Né au Tibet » de Chogyam Trungpa ou que je lirais le journal d’Etty Hillesum pour me donner du courage.
    Le calme mental est primordial pour moi, parce que dans certaines situations je peux avoir beaucoup d’angoisses jusqu’à la crise de panique paralysante, c’est devenu rare, je revis néanmoins ça peut arriver, je le sais. Mon cerveau réagit comme ça.Je fais avec ce « handicap ».
    Mais c’est davantage dans l’appréhension que je ne suis pas calme.
    Car il est vrai qu’étonnement dans une tempête de la vie, ou dans une situation grave, voir de danger, je suis très calme, j’agis presque froidement en n’écoutant que mon intuition et mon instinct, très énergique, rapide d’action dans le calme. Dans les coups durs de la vie seulement, on peut perdre son sang froid, faire une dépression, s’affaisser et se relever assez vite quelques mois ou peu d’années ou on se fait plutôt du soucis, de l’anxiété qui brouille l’esprit.
    En fait, le problème est l’avant donc, l’appréhension et l’après, dans les situations violentes, graves, physique ou psychologique ou les deux, c’est le choc post-traumatique… c’est plus long pour se relever, des années. On a qu’une vie et elle est courte. On est plus pareil avec le monde, c’est un retrait intérieur qu’on a comme ça, plus que physique.
    Disons que en voyant positivement, l’avantage contrairement au passé c’est que je sais déjà comme ça se passe, comment mon esprit a été empoisonné par la souffrance traumatisante et je sais comment faire, m’en extirpé et me soigner.
    Quand je vois le Christ ça me donne du courage, j’oublie ma peur parce qu’on peut être au-delà de la peur dans quelque chose de plus élevé et de plus puissant et ferme. Et quand je vais m’assoir méditer, l’enseignement du Bouddha aussi beaucoup, j’essaie d’abandonner la peur, les pensées, toute poursuite ou fuite,de renoncer à toutes mes préoccupations ou appréhensions, lâcher-prise, je respire, parfois un grand calme ranime la joie intérieure inaltérée. Et je ne pense même plus à ma vie qui est courte, ce qui reste, tout ça ne me tourmente plus. Je suis dans chaque seconde avec cet instant là. C’est un bien-être plus profond et durable.
    On ne peut pas tout contrôler les événements de la vie, tout ne dépend pas de nous, c’est comment on y réagir et ce qu’on va en faire, transformer. C’est un peu pareil dans ce qui survient sur le coussin, les pensées, l’état du corps et de l’esprit, l’environnement, le lieu et le temps, l’entourage… Tiens l’autre jour bien calée sur mon rocher surplombant, tranquille face aux collines, à la forêt, me croyant entrée dans le calme, yeux fermés… au vrombissement d’un frelon j’ai fais d’un coup un bond de deux mètres sur le côté en baissant la tête. Je savais pourtant qu’il y en a qui ont un trajet par-là, un « couloir », je croyais que je n’aurais pas peur comme avec les abeilles. Et ben non paf, rappel de la phobie, le bond d’un coup, j’ai eu envie de rire de moi. Je pestais en me disait « ridicule », « stupide ». Mais ça m’a remis en place pour me dire faut revenir s’assoir… et impermanence il passera qu’une fois celui-là. Je plains celui ou celle qui aurait été assis(e) à côté de moi, t’imagines ! euh… ça va ? Oui, oui tout va bien.
    Après, dans les situations de la vie j’essaie de garder ou de retrouver ce calme, parfois ça marche parfois pas. Et j’essaie de changer ce que je peux changer aussi dans ma vie, vie saine, équilibre, de donner de l’espace pour cultiver le calme, la joie.
    T’as un chat maître zen ? je serais ravie si un jour mon fils a appris à méditer et m’en apprenne aussi comme sur la vie déjà tant. Je suis sûr que Daniel a des maîtres sans le savoir…
    Il n’y a pas que le maître qui donne l’enseignement, il y a tous ceux de la vie, je crois, même un pratiquant qui a peur ou un qui est déprimé et se fait trop de soucis est un « ami spirituel » ou un fou comme le vent.

  6. Bonjour,
    Je repensais à ça, au Non-Agir. Pris par une rivière, comme dans les tourments de la vie, suivre le courant de l’eau plutôt que envahi par la peur ou la colère lutter et se débattre contre elle, nous donne plus de chance d’être ramené au bord sain et sauf. Cesser de se battre contre soi ou les autres. Cela fait une sacré économie d’énergie, et on offre sa confiance toute entière à la vie. Parfois, je me rappelle ça,  » t’as peur ? », « t’aimes vraiment la vie ?… alors, est-ce que t’as confiance en elle ? »
    En méditant seul, on est sans cesse avec ce soi qui a des flots de pensées, ses paresses, ses « gourouïtes » aigües, qui a mal au dos, aux jambes, qui est malheureux, heureux, se bloque, perdu ou préoccupé, tout fier ou dépité, qui éternue ou sursaute ou un peu fou et sage à la fois. C’est pas si confortable, quand on y réfléchit bien comme avec les autres. Parce que soi et les autres c’est pas si différent. Et parfois ce soi empêtré, a un problème pour avancer, progresser, ne trouve pas la réponse parce qu’il n’est pas à l’écoute. Il va même éviter la réponse d’ailleurs en s’assenant des textes et des stances à n’en plus finir, ou des pratiques plus dures. Ne sera pas présent pour ce problème, ouvert à cette souffrance qui le taraude pour la regarder calmement. Plus de subterfuges pour repousser, lutter… On s’arrête, on en prends conscience. On s’est créer un espace pour regarder ça, l’accueillir et comprendre.
    On est pas devant une statue de Bouddha, on est face à soi-même.
    On lui raccroche pas au nez, on lui déroule pas un papyrus d’un kilomètres.
    Je crois qu’il y a un temps adéquat pour la compréhension de la méditation et un temps pour l’étude, la compréhension d’un texte.
    Un maître qui te déroule des textes face à quelqu’un qui lui parle d’un ressenti en méditation, soit il est dans le déni, soit il n’a pas l’expérience de méditant qu’il faut pour répondre et se cache derrière des textes qu’il suit à la lettre dans une pratique rigide. Prisonnier de ses propres problèmes et de son rôle hiérarchique.
    Les textes sont utiles pour comprendre ce qu’on vit en méditation, quand ils épousent vraiment le ressenti, l’éclairent.
    C’est un peu le problème comme à l’école ou à l’université, tous plus ou moins marqués par ça. Si on bourre nos cervelles de textes de philo sans lien avec notre vie, notre ressenti, comment on le vit, ça nous apprend comme à des perroquets pour le diplôme, mais rien sur la vie pour aider dans la vie. C’est ce que j’ai dis à mon fils, reprends ces textes de ces années, vissé sur sur une chaise, reprends ces livres-là et vis-les, maintenant, cherche la connaissance ailleurs qu’ici, va plus loin, plus profond en toi.
    C’est aussi ce que dit F.MIdal quand il raconte qu’une sonate de Schubert lui en disait plus que tout le « cours » qui sonnait creux d’un maître.
    Heureusement, je suis sûre que dans d’autres cas ne musique de Schubert et le maître vont bien ensemble et cela aurait pu être une continuité vivante, sorti du centre ou du dojo.

  7. Réfléchissant au sujet, je pense Laurent que tu as su transformer des conditions qui paraissaient défavorables, pour créer l’espace de confort naturel, modéré et harmonieux qu’il te fallait et assez proche de ton simple quotidien.Tu y est à la fois simple pratiquant tout en faisant profiter d’un peu de ton expérience.
    Il y a aussi d’autres domaines d’épanouissement, non séparable du spirituel dans la vie d’un(e) laïc(que), un être humain, avec nos maîtres et « amis spirituels » de la vie, qui méritent qu’on y consacre du temps.
    Je ne veux pas pour ma part être dans une recherche extérieure comme j’en ais fais parfois l’expérience avant et garder le « retrait intérieur », cette indépendance.
    Cependant je pense qu’un jour, la méditation avec deux ou trois bons amis et des retraites de temps en temps me suffiront amplement et avec joie.
    Pour l’instant, la méditation solitaire convient à mon évolution et il est vrai, avec un certain éloignement du monde, de sa marche qui ne me dit plus rien, de plus en plus en vieillissant. Pour me consacrer à autre chose, j’aime ce retrait par nature.
    Cela n’empêche pas un lien avec le monde, mais avec assez d’espace et d’air entre les deux. Distance avec le bouddhisme « isme » et « iste » aussi. La méditation sans rigidité, seulement sa simplicité pure dans le « rite », naturelle et dépouillée c’est ce que j’apprécie justement, je n’en fais pas davantage chez moi.
    Je reviens à mon origine et en même temps à la source de la méditation, ne dit-on pas « entrer en amitié avec soi-même », déjà.

  8. Je ne sais pas ce que j’ai réussi ou pas. Nous en débattons suffisamment avec ma compagne. Que proposer?
    Parfois, nous constatons une certaine désaffection pour ce que nous proposons, et je me demande souvent si l’absence de cadre super identifiable, genre asso reconnue d’état, ou une lignée, avec des costards, un local super nickel, des sons bien orchestrés, un enseignement garanti de maître X, ne nous porte pas ombrage, car c’est super direct, simple, et sans fioriture.
    Mais si j’ai envie que ça marche, je n’ai pas la fibre commerciale.
    Mais les gens voient-ils l’effort de présence, le travail constant de tenir les lieux accueillants-que je ne fournis que trop peu, ceci réalisé par ma compagne essentiellement, penser à prendre chacun comme il est, accompagner, combien cela est prenant? Et combien, même si nous n’attendons rien, nous aurions besoin d’aide pour que ça marche car ça ne peut tenir que sur deux personnes?
    Je me pose la question de la valeur qu’on donne aux choses, et je vois juste le poids d’un certain manque de foi que je me dois d’assumer honnètement, aussi des paroles disqualifiantes que je sais bien prendre à mon compte.

    Tout cela pour dire néanmoins que pour trancher le truc, nous avons une petite capacité d’accueil, modeste et pour un prix modeste aussi, pour qui a simplement envie de se mettre au vert. Contre une petite somme et un petit travail d’entretien du jardin et garder la maison propre.
    Qu’on se le dise.

  9. Bonjour Laurent,

    Tu ouvres ta maison, déjà ! comme un coeur, des gens qui ouvre leur maison ainsi y en a très peu ! Ta compagne donne vie à cet espace… fraîcheur de fleur, gardienne de la flamme vive du coeur de la maison.
    Ombrage ? Ah oui ça sûrement, on nous fait toujours ombrage quoiqu’on fasse…
    Je crois que ce problème de vouloir être enseigné par Maïtre X et Maître Untel… etc c’est beaucoup du narcissisme spirituel, plus parfois que l’appréhension d’être sûr d’avoir un bon maître. Mais quand la méditation touchera de plus en plus le quotidien et toutes les couches de population et que les uns et les autres ouvriront simplement leur maison sans « enseigne » comme toi, entre amis de pratique, ce petit phénomène se désagrègera. Faudrait pas professionnaliser le méditant, faire du carriérisme…

    l y a toujours des insatisfaits, ou égarés qui se trompent dans leur attente.

    Il y a des méditants en mal-être, qui ont besoin d’un « travail sur soi », aussi, besoin d’une psychothérapie ou psychanalyse pour y voir plus clair en eux, c’est complémentaire. Parce que si l’on ne l’a pas fait ou le fait pas, ça remontera toujours, et on reste aveugle au problème de fond. On vivifie, on nourrit sainement son chemin spirituel, si on en a le courage.

    Un maître est un simple ami pour moi, s’il n’est pas un simple ami, il n’est pas un maître pour moi, qu’il s’appelle X, Y, Dupont ou Ducros, qu’il soit boule à Z ou ébouriffé. Alors après on pourra te dire oui, mais faut qu’il ait une haute expérience, une réalisation, ceci, ceci, cela.
    Je n’en demande pas tant, même si ce n’est pas négligeable et qu’est-ce qu’on sait véritablement de l’expérience ou réalisation de l’autre ? S’il perdait son rouleau de diplôme dans un incendie pour nous le prouver ? des cendres, tout ça. Ce qui compte c’est l’être qu’on a en face.
    A vrai dire, si déjà, assis, il a pas peur d’un frelon qui vrombit comme une fusée entre ses deux oreilles, déjà, moi ça m’aiderait beaucoup, et lui aussi j’espère. C’est simple.
    Il n’y a pas de relation de supériorité/pouvoir, seulement un échange de forces, de richesses, d’énergie, d’esprit à esprit, on appellera ça comme on veut.

    On nous a volé la parole du Christ, on l’a mutilé, mais dans les grottes, ici et là les gens priaient encore, méditaient à la lumière d’une simple bougie.
    On peut démolir temples et édifices, mais pas la petite grotte du coeur.

    Bises

  10. Ce que je veux dire, c’est que les lieux de pratique sont importants, un maître est important, se relier, se rallier est important, c’est comme un essaim d’abeilles, les gouttes d’une même source, l’énergie d’une même aspiration, mais le véritable refuge est dans le coeur-esprit c’est le centre de l’énergie de chacun. C’est ça qui nous aide surtout dans les soucis du quotidien les coups durs,dans la tempête, la guerre sourde ou ouverte, quand on est aussi seul qu’à la naissance qu’à la mort, quand y a rien, et qu’on est incroyablement calme et serein.
    C’est vrai, mes principaux maîtres qui guident ma vie et ma pratique sont TNH, Bouddha et Jésus-Christ, ce qui ne m’empêche pas de voir un maître en chaque être et de recevoir leur richesse, leur énergie, en offrant la mienne également. Ce qui fait l’alchimie simplement des êtres éphémères.

    Soleil pour la journée…

  11. Et Merci à Maître Frelon ! bon, on peut pas lui bigophoner pour lui dire pour le problème du « couloir invisible », tout ça, mais, c’est un excellent maître !

  12. Sauf que lui le frelon dont j’évite les heures d’affluences autant que possible est un « maître naturel », il ne me fait pas peur exprès par sadisme, c’est juste sa vie de frelon.

    Tu as reçu des paroles « disqualifiantes » parfois ?
    Cela m’est arrivée maintes fois aussi mais plutôt au sujet des troubles dont je souffre entre autres. Un mauvais ressenti oui… ton expérience dénigrée, irrecevable pour eux. Partant de là comment veux-tu partager sincèrement quoique ce soit de ton chemin spirituel avec des gens comme ça. Si je les écoutes, ils me voient sans valeur, sans expérience, sans compassion, sans calme mental aucun, sans éveil jamais, pas prête d’affronter les problèmes de la vie et en enfer ! C’est à se demander s’il ne me le souhaites pas !
    Question ombrage, j’suis noircie, brûlée, grillée au rayon X de Maître X.
    Pas d’ombre sans lumière… le soleil et la pluie se déversant également sur tout le monde.
    Enfin, bon l’essentiel…

  13. Bonsoir,

    Un bon méditant a certainement quelque chose du meilleur de son maître en lui, alors il n’est pas vraiment seul.
    Tu as bien raison pour « l’attachement au calme mental », parce qu’au début c’est ce qui en éloigne. C’est une période de méditation vraiment pas confortable mais qui permet de constater qu’on est attaché, dans une saisie à toutes forces. Et c’est dur parce qu’on est tout seul dans cette expérience, c’est bien aussi, mais si elle dure trop longtemps on peut se faire un mal excessif. Si en plus on a un problème avec le stress, on se sent obligé d’en faire deux fois plus que la normal.
    Le calme se laisse venir.
    Le calme c’est déjà d’aborder le calme…
    Il y a l’état initial dans lequel on arrive sur le coussin et qu’on accepte… Acceptation de soi, accueil tel quel dans le moment et lâcher-prise…
    Après la posture, la respiration ( par le nez ), c’est les yeux mon « indicateur », que je ferme pas tout de suite. Les yeux se ferment d’eux-même en suivant la respiration ( quand on fronce sourcils c’est qu’on veut se forcer à fermer les yeux.)
    Et le petit film qui veut se dérouler, ok, je laisse défiler,le ciel de l’esprit se dégage au bout d’un moment, se vide et s’éclaircit. Une sorte d’espace profond apparaît. Si je ne perds pas le contact avec la respiration, ma posture toujours tenable et confortable, je me maintiens dans cet espace et des choses commencent à surgir que je peux observer un peu… Ce n’est qu’un commencement…
    Il me faut quand même une bonne heure, 20-30mn pour entrer dans un calme comme ça, l’établir… puis pouvoir observer.
    Si l’état initial était déjà relaxé bien-sûr ça facilite. Très agitée, même pas envie d’écouter un musique relaxante, dans un trouble de stress anxieux, c’est parfois trop dur, alors soit je règle ce qui me stress, me perturbe ou fais une tâche domestique et je reviens m’assoir, soit je m’assois direct c’est tout, je laisse totalement faire et quelquefois spontanément la relaxation survient, alors je peux méditer… et là étonnement longtemps, bien… Ou je me suis juste posée sur mon coussin et si c’est le soir, je m’en remet à une bonne nuit de sommeil et ça va mieux le lendemain.
    On se connaît, on se « gère ».
    Avec les moments de trouble de stress apaisé depuis le temps, plus ou moins fort parfois et imprévisible, ce que j’ai compris avec le frelon, c’est qu’il me faut cessez d’écouter les alentours avec « les oreilles de mon cerveau » si je puis dire, relié à mes peurs et instincts en hypervigilance du fait de fermer les yeux aussi, j’entends le moindre craquement de feuille derrière moi. J’écoute, « je surveille » un moment les abeilles, mais elles, plus inoffensives, elles ont un petit bzzz doux et ronronnant qui s’estompe. Une fois calme, dans un présence à tout, il m’arrive un très court instant, quand la sensation du corps disparaît, les sens comme en veilleuse de me sentir faire plus qu’un avec la nature. Je deviens la nature, je suis rocher, bruissement de feuilles, vent, oiseau, abeilles. Je peux me fondre en elle, à un un point que les abeilles pourraient me prendre pour le rocher, le buisson ou une feuille. Je sens que je pourrais n’être qu’une énergie. Je sens ça… Mais je sens à tâtons… sur un seuil…
    Parce que je suis seule, je me guide et me conduis seule, compte que sur moi… ( à mon rythme tenant compte de mon émotionnel « un peu tordu ». hypersensible ) Personne pour me dire ce que je vais voir, ce qui va ou devrait se passer, pas de référent, le dirait-il ? d’ailleurs, c’est pas plus mal en un sens. Cela prend plus de temps, de patience peut-être…
    Et comme quoi, on peut s’en sortir très bien avec un « cerveau fragilisé » par des trauma et troubles, même pas formé à l’étude et d’intelligence ordinaire.
    Utile à savoir pour ceux qui connaissent comme tu l’as dis et à ceux à qui cela arriverait car malheureusement cela n’arrive pas qu’aux autres.
    J’aime bien m’étudier, je me vois comme une malade, une patiente, mais avec un regard de bon médecin ( pas trop au point mais correct ), et c’est moi, c’est pas pareil que quelqu’un d’autre. On est finalement son plus proche « médecin-maître ». Ce maître inconnu qui ne sait rien.
    C’est si important pour moi le calme mental, connaissant son opposé extrême que c’est un bonheur presque aux larmes d’arriver à en connaître un tout p’tit bout.

  14. Si la méditation était réservée aux personnes totalement saines, serait-elle vraiment utile?
    Après, être formé à l’étude, et savoir plein de choses, peut-être un sacré obstacle. Pourquoi penser que ce serait mieux que ce que tu es?
    Combien, dans l’histoire du zen et notamment du chan, ont fini par foutre le feu à leurs bouquins car ils les encombraient trop pour ressentir leur vraie nature?
    Oui, il y a les frelons, la peur, la névrose, les traumas, notre paquetage karmique de souffrance et de blocages. Oui.
    Et alors, cela faut-il de nous, de toi, des moins que rien du dharma?
    Que penser de tous ceux qui ont cadenassé leur coeur derrière des certitudes, des enseignements, des règles de conduite, des principes élevés, des costumes bien drapés, une immobilité contrainte, une respiration super contrôlée, un rôle, un statut de maître, une fonction dans la hiérarchie bouddhique, mais qui ne savent pas sentir le plaisir de ne rien faire, de communiquer par la peau avec l’univers, d’oser traverser sa maladie mentale et physique, son karma, sa vie telle qu’elle vit, et pouvoir voir que quand même on peut voir à travers et toucher un peu de bonheur sans condition, sans carte d’adhérent au club des éveillés, sans critères de sélection à la bouddhéité, sans rien que soi et le monde, comme ils sont?
    Oui, la fragilité, la faille. Mais avec, la force, la puissance de traverser le pire, la capacité à encaisser la peur de mourir, de ne plus continuer…car on a déjà vécu la mort et la renaissance, et qu’on sait qu’en fait on peut y repasser, qu’on sait qu’on ne voudrait jamais que ça recommence, et qu’en fait on recommence, et on traverse, et on est là. Debout malgré tout.
    Quand on cherche le calme, quand on veut un résultat bien fini, on n’a que la frustration que les choses ne sont pas comme l’on voudrait.
    Mais on a aussi le droit de se tromper. Aujourd’hui, je me regarde penser, je joue avec mes pensées, et je ne veux pas juger que je pratique mal. Et si jugement il y a, alors jugement il y a.
    Nicolas, l’autre jour, m’a posté un truc : « libre de la souffrance, et de l’absence de souffrance. » Il m’écrivait qu’on peut se créer un enfer à vouloir devenir heureux. Que je connais cela! J’en suis au point de me dire : « après tout le chemin parcouru, tu n’es même pas vraiment heureux? »‘ Je me juge, je considère péremptoirement que je devrais être arrivé à tel point….je crée véritablement mon propre enfer, ah ah!…
    Faudrait arrèter de se la raconter avec le bouddhisme, et prendre la vie plus cool. Déjà. Arrèter de mépriser les gens « ordinaires » qui arrivent à réaliser cela, en se cachant derrière la mesquine pensée qui dit que vu qu’ils ne pratiquent pas le bouddhisme, leur bonheur est illusoire!
    Aujourd’hui encore, je lisais quelqu’un qui sur un média officiel, disait que la pratique qui s’arrête au bien-être n’est pas la dimension ultime, le vrai bonheur. Moi je dis qu’on peut profiter de ces petits bonheurs, et arrêter de prétendre grimper des 8000 mètres sans entraînement, alors qu’on n’est pas capable de jouir du paysage sur la colline en face de chez soi. Déjà commençons là, et surtout arrêtons de mépriser ces petites réalisations et d’opposer celles-ci aux grandes.
    Beaucoup de gens justifient leur masochisme sous couvert d’une discipline pour dompter leur ego. L’ego, il a besoin d’un gros calin pour s’endormir tranquille, et alors on peut faire tout ce qu’on veut qu’on ne peut pas faire quand il veille. Et après, l’ego, il est comme l’enfant, le jour où il sera grand, qu’on se sera bien occupé de lui, il partira faire sa vie dans son coin, et si on a tissé une relation aimante avec lui, il nous rendra visite de temps en temps, mais ce sera avec plaisir et pour le meilleur.
    Bon, j’ai plus qu’à pratiquer ce que j’ai écrit…tu m’as bien eu!

  15. Je pense que dans certains cas si l’on se questionne beaucoup et souvent sur la préparation à l’affrontement de tout ce qui fait la vie, c’est peut-être parce qu’on sent, pressent les choses, d’intuition et qu’il faut être à l’écoute de ça, faire le silence et le vide et aller voir cela, sans peur, comme un « conseiller intérieur » mais c’est encore un autre domaine… … …

    La vie elle-même nous prépare peut-être en faisant un avec elle, à chaque instant, prendre le temps, tout en douceur et patience avec confiance.

    Mieux vaut être, que dire ce qu’on est… …
    Continuer à faire ce qu’on a à faire comme la forêt, comme la rivière dans la confusion du monde.
    Inspirant :

    Si le sage est tranquille, ce n’est pas parce qu’il recherche la tranquillité comme un bien, mais parce que les dix mille choses ne peuvent distraire son esprit. L’eau qui est tranquille peut refléter la barbe et les sourcils et sa surface est si unie qu’elle peut servir de niveau au maître charpentier. Si la tranquillité de l’eau permet de refléter les choses, combien plus le pur esprit ! L’esprit du sage, dans sa tranquillité est le miroir du Ciel et de la terre, la vitre des dix mille choses.
    Le vide, la tranquillité, la limpidité, le silence, l’inaction sont le niveau du Ciel et de la terre, la substance de la Voie et sa Vertu. Par conséquent l’empereur, le roi, le sage demeurent toujours en repos. Au repos ils peuvent être vides ; vides ils peuvent être pleins ; et la plénitude est l’achèvement.
    Dans la tranquillité vous pouvez être un sage, dans l’action un roi.

    Zhuangzi

  16. Je te remercie Laurent pour ta réponse, ainsi que Daniel pour l’inspiration de cette réflexion.

    Quand j’ai commencé à connaître le bouddhisme, la méditation, j’ai été confrontée à une étape cruciale, non négligeable, à laquelle je n’avais pas penser avant de vouloir aller dans des pratiques plus ascétiques, il me fallut commencer par le plus simple, voir l’élémentaire qui concernait mon équilibre psychologique et physique. Une restauration d’un calme « normal » de base déjà ( hors troubles), la bienveillance-compassion envers soi-même, connaissance et acceptation de soi, l’hygiène de vie, l’apprentissage de la relaxation…etc Des choses qui peuvent sembler ordinaire pour certains(es) moins pour d’autres qui ont vécu dans un environnement de haine et de violence, de pauvreté, perdus dans leur quête spirituelle.

    J’ai compris cela, assez tôt heureusement, pour ne pas brûler une étape, c’est pour ça que mon discours a été souvent et est encore un peu axé sur le bien-être plus que sur « l’atteinte des sommets » au risque de déranger, je suis une tortue !

    Mais bon quand on veut le bien de tous les êtres… on commence aussi par s’aider soi-même, tout au long du chemin on peut aider par son propre bien-être. Et laisser les gens faire ce qu’ils ont à faire de bien pour eux-mêmes, c’est de la bienveillance. Comme dit Sa Sainteté le Dalaï Lama :
    « Notre but principal dans la vie est d’aider les autres. Et si vous ne pouvez pas les aider, essayez au moins de ne pas les blesser. » Donc, je demande souvent la paix…

    Mais comme on est pas au pays des Bisounours, malgré qu’on est en paix, dans sa « grotte urbaine » avec ses petites occupations ne dérangeant personne, il y en a qui veulent votre bonheur ou le croit et d’autres pas… d’où conflits, erreurs, malentendus et blessures… C’est un autre paramètre de la vie.

    Oui, Jésus a dit :

    « Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent. »

    Sans juger sa pratique ( encore moins celle de l’autre ) on peut néanmoins évaluer ce qu’il nous faut de façon juste. Reprendre les bonnes habitudes, c’est ce que je fais. En prélude pour favoriser le calme-mental, il y a la relaxation, la méditation allongée ( scan du corps, au grand étonnement de mon chat qui vient contre la « morte » ), très simple, dans son salon, ou sur sa terrasse le soir, avec des bougies.

    Il n’y a pas de doute que la pratique seul(e) est aussi importante que la pratique en groupe. Dans la vie il y a des périodes seuls ou avec les autres selon ce qui se présente.

    En effet, c’est un échange d’énergies générées par la méditation comme la goutte d’eau rejoint l’eau mais aussi le travail sur soi et il est risible de constater que l’analyse qu’offre un groupe n’est faite que superficiellement dans ce qu’à évoqué Daniel. Et même une note d’humour décalé dans ce cas n’apporterait pas de déclic, n’y changerait pas grand chose en profondeur. C’est pour cela que le complément de psychothérapie ce n’est pas que pour les autres « un peu différent », au besoin c’est tout aussi bien, pour tout le monde quel que soit le statut, des « gourous », maître ou disciple, pratiquants divers. Ce qui est très dur, c’est vrai qu’on arrive avec son propre fardeau de souffrance, et même un peu plus malade pour certain(es) que d’autres, on arrive dans un groupe qui comprend lui-même des êtres en souffrance, malades aussi et qui eux ne le savent même pas à quel point parfois… Le simple savoir-vivre les valeurs humaines devraient s’exprimer dans un havre de paix hors d’un monde qui les a oublié. Vigilance, inlassablement, revenir a sa vraie demeure… à son souffle, à son coeur, chemin d’étoiles…

    Chacun peut être son propre médecin. Il y a eu ces maîtres comme Kodo Sawaki, ou Shunryu Suzuki, ils en ont vu de toutes les couleurs, oui…

    On ne devient pas tous(tes) maîtres reconnus, mais quel que soit notre origine, le statut, on oublie aussi trop souvent qu’il n’y a pas que du karma négatif mais aussi du karma positif, mais c’est toujours plus facile de ne retenir que le négatif suivant le besoin d’ombrage ou de brillance, par effet de comparaison.

    Bref, au-delà du narcissisme, égo …etc quand la vague faite de gouttes d’eau à multiple nuances et molécules rejoignent l’océan, il y a « océan de sagesse et compassion » mais on en est pas encore là ! On le sait pas la peine de se juger…

    La cohabitation semble difficile entre bouddhisme traditionnel et bouddhisme qui s’élargit à tous avec la méditation. N’y a t-il pas un repli communautaire, attachement à une identité, par peur d’être qu’une goutte d’eau du vaste océan ?

    La méditation existe depuis des millénaires dans toutes les religions principales et d’autres spiritualités tels les amérindiens ; dans l’Hindouisme avec le yoga, dans le Christianisme avec la prière, l’usage du chapelet et l’Adoration entre autres formes de méditation. Dans le Judaïsme « hagâ » veut dire méditer et « sîhâ » (considérer le défilé des pensées/répéter mentalement). Dans l’Islam avec les soufis, la danse, dans le Taoisme avec le taï-chi « la méditation en mouvement ».

    Depuis le temps, ces traditions ne se sont pas perdues.

    Le problème n’est pas seulement la préservation excessive de l’institution c’est bien plus la peur de l’autre…

    Quand on écoute tous les chants d’oiseaux dans la beauté d’une forêt, sur la plaine, on ne peut pas séparer le corbeau du rossignol. Ô Compassion… Pardon… …

    A la source de la parole du Bouddha sur le Bonheur :

    197 Ah ! vivons heureux, sans haïr ceux qui nous haïssent ! Au milieu des hommes qui nous haïssent, habitons sans les haïr !

    198 Ah ! vivons heureux, sans être malades, au milieu de ceux qui le sont ! Au milieu des malades, habitons sans l’être !

    199 Ah vivons heureux, sans avoir de désirs au milieu de ceux qui en ont ! Au milieu des hommes qui ont des désirs, habitons sans en avoir!

    200 Ah ! vivons heureux, nous qui ne possédons rien ! nous serons semblables aux dieux Abhâsvaras, savourons comme eux le bonheur.

    201 La victoire engendre la haine, car le vaincu ressent de la douleur. Celui qui vit en paix est heureux, sans plus songer ni à la victoire ni à la défaite.

    202 Il n’est pas de feu comparable à la passion, de désastre égal à la haine, de malheur tel que l’existence individuelle, de bonheur supérieur à la quiétude.

    203 La faim est la pire des maladies, les agrégations d’éléments, le plus grand des malheurs pour celui qui sait qu’il en est ainsi, le Nirvânâ est le bonheur suprême.

    204 La santé est la meilleure des acquisitions ; le contentement, la meilleure des richesses ; la confiance le meilleur des parents ; le Nirvânâ le bonheur suprême.

    205 Après avoir savourer le breuvage de l’isolement, et celui de la quiétude, on ne craint plus rien, on ne pèche plus, et l’on savoure celui de la loi.

    206 Pleine de charme est la visite aux Aryas, plein de charme leur commerce. Débarrassé de la vue des sots, on sera à jamais heureux.

    207 Celui qui marche en compagnie d’un sot souffre tout le long de la route. La société d’un sot est aussi désagréable que celle d’un ennemi ; la société d’un sage est aussi agréable que celle d’un parent.

    208 Celui qui est sage, un savant, ayant beaucoup appris, patient comme une bête de somme, et fidèle à ses voeux, un Arya, _ ce mortel vertueux, doué d’une heureuse intelligence, suivez -le comme la lune suit le chemin des étoiles.

  17. « Bref, au-delà du narcissisme, égo …etc quand la vague faite de gouttes d’eau à multiple nuances et molécules rejoignent l’océan, il y a « océan de sagesse et compassion » mais on en est pas encore là ! On le sait pas la peine de se juger…

    La cohabitation semble difficile entre bouddhisme traditionnel et bouddhisme qui s’élargit à tous avec la méditation. N’y a t-il pas un repli communautaire, attachement à une identité, par peur d’être qu’une goutte d’eau du vaste océan ? »

    Et pourquoi donc n’en serions-nous pas là? Qui n’a jamais rencontré déjà dans sa vie un jour le moment d’ouverture? S’en rappeler, c’est se rappeler que c’est possible, et se rappeler que c’est possible, c’est aussi se rappeler que ça ne dépend pas forcément d’un institution, d’un maître et même pas forcément d’une pratique.
    C’est marrant ce que tu dis, car pour moi, le bouddhisme traditionnel, c’est justement une méditation ouverte à tous, pour tous, par tous, qui ne se ferme pas sur une pratique, une personne, un centre, un discours, une marque de pratique spirituelle qui s’appelerait zen tartempion, bouddhisme tibétain de la lignée Champagne-Cageot, moines de la forèt secrète du dharma transcendantal, et tout ce qu’on veut.
    S’il y a repli identitaire, c’est qu’il y a création et préservation d’une identité, et si c’est ainsi que ça se passe, je crois qu’il y a déviation du message initial du Bouddha qui disait qu’il n’y a pas de Soi. Pas de soi n’est pas la négation d’un individu, pas même de son identité, mais ce n’est pas la consolider, renforcer les murs de la forteresse, mais voir que c’est une membrane cellulaire plastique, qui a une respiration où un échange se fait entre dehors et dedans.
    Si la membrane devient rigide, si l’échange entre dedans et dehors ne se fait plus, là ça peut tomber dans l’intégrisme, le fonctionnement a circuit fermé, l’autopréservation d’un système, donc d’un discours, d’un lieu, de personnes, de fonctionnements identifiables, ce qui préserve de la peur de changer, de mourir, de ne plus être ce qu’on est.
    Or pour moi, la compréhension du Bouddha, c’est celle d’un système ouvert. Qu’il y ait des institutions, des stuctures organisées, des traditions pour véhiculer ce discours, aucun problème. Mais il ne faut pas que le système prenne le pas sur la personne, que le système devienne une entité autonome où l’individu disparaît soit disant au nom de l’abandon de l’ego.
    On n’abandonne pas l’ego par la force ni la violence. Pour que l’ego disparaisse, il faut que ce soit au profit d’un truc plus grand : Dieu, la nature de Bouddha, le Grand Esprit, à qui l’on confie nos corps et esprits identifiés. Si la structure sert cela, ok. Mais du coup, elle ne récupérera rien pour son profit propre. Mais si ce n’est pas le cas, c’est un système sectaire.
    Bien sûr, personne n’est parfait, et l’on peut faire des erreurs, tous. Mais en tous cas, l’éveil, ça ne s’impose pas.

  18. laurentsm, j’ai trouvé votre analyse sur, pour faire court, « SeulAlaMaison » vs « EnsembleAuDojo » très intéressante. ça m’a permis de formuler des choses que je sentais confusément et de comprendre pourquoi il y a 20 ans j’avais laissé tombé zazen au dojo, au bout d’une année a peine, a me battre avec des contradictions du genre
    … le lotus c’est bien mais ça fait mal, le 1/2 lotus ça fait moins mal, mais ça vaut pas le lotus »
    … et pourquoi pas chez moi, mais pour qui je me prend pour oser pratiquer seul
    _ et pourquoi, j’ai besoin comme a l’école de quelqu’un qui me valide en tant que pratiquant
    etc.
    le hasard a fait que récemment dans le cadre de ma profession j’ai suivi une formation courte, je précise, très courte même , sur 2 Week End (ça fait pas sérieux décidément 🙂 sur la MBSR (je vous laisse googliser) qui n’a rien a voir avec zazen, en particulier avec la rigueur toute japonaise mise sur la posture, mais qui a des « ingrédients » commun. Tout ça pour dire que je relativise maintenant beaucoup plus les choses, en tout cas en ce qui me concerne, je ne fais plus la différence entre « bonne » ou « mauvaise » séance de méditation même si je sais qu’il y en a une. Et du coup si l’opportunité se présente, et je vais la rechercher aussi un petit peu, votre texte m’a donné envie de re-pratiquer en groupe, ou de pousser la porte d’un dojo pourquoi pas.

    Merci.

  19. Bonjour Serge.
    Merci de votre intérêt et votre retour sur cet article.
    Si lire ceci vous a donné l’envie de pratiquer à nouveau dans un groupe, alors j’en suis bien content(j’aimerais repratiquer aussi dans un groupe, ah ah!)…trève de plaisanterie, je sais que ce n’est pas un choix facile pour tout le monde. Il s’agit de se donner à quelque chose, et aussi à quelques-uns. Pratiquer quelque chose comme zazen, la méditation, c’est s’exposer totalement.
    Nous sommes des machines à créer des échelons d’évaluation du réel, c’est une fonction normale voire utile pour vivre. Sauf qu’en ce qui concerne méditer, il s’agit de faire tout, sauf ça! C’est ce que disait Fabrice Midal pas plus tard que ce matin sur France Inter : « foutez-vous la paix! »…une instruction de méditation qui me parle!
    Nous avons besoin du regard d’autrui pour apprendre à se foutre la paix, mais faut-il qu’il l’ait compris. Les instructeurs actuels, pour moi, ont un recul faible au regard de 2600 ans de transmission, et de moins de cinquante ans d’implantation en France. Forcément on a des ajustements culturels à faire, et ces choses-là sont parfois très très corporelles!
    Vous parlez de la rigueur toute japonaise sur la posture : j’ai pratiqué avec un japonais au dojo où j’allais. Un étudiant. Qui nous disait : « ici, en France, c’est bouddhisme contemporain »…il avait commencé au Japon avec le rinzai. Lui, était le premier au fond du dojo, sans bruit, assis en lotus complet. Après, ça ne l’empèchait pas de garder sa flasque de whisky avec lui le soir parfois!…mais bon, s’asseoir, ne pas moufter pendant trois-quart d’heure, en lotus complet, c’est quasi génétique! Il faut en tenir compte, et faire du copier-coller du zen japonais en prétendant avoir les mêmes repères, les mêmes comportements corporels, serait nier les spécificités de nos histoires et différence!
    Et pourtant, la tentation est si grande, et certains jouent ce jeu!
    Pour ma part, on ne m’a pas éduqué comme vous, et cela pour dire qu’en fait, on peut renforcer des conditionnements, ou les lever. Pourtant on ne m’a pas appris une pratique dans la compromission. Mais avec une intelligence du corps. La rigueur de la posture répond à une logique physiologique, quand on la comprend dans son corps, cela ne devient plus difficile du tout. Par contre, si on l’apprend dans la contrainte, on ne peut comprendre le vrai relâchement qui survient dans la verticalité équilibrée. Il faut laisser le temps aux choses, le temps d’un murissement.
    Pour moi, toutes les écoles de Pleine Conscience, hormis qu’elles sortent d’un cadre bouddhiste traditionnel, ne sont pas fondamentalement différentes du zen. Mais je suis quelque part profondément orthodoxe, je cherche ce qu’est la racine de cette pratique, je cherche le sens du cadre traditionnel, il m’a servi, et j’ai envie de savoir m’en servir, mais de façon utile.
    Pour moi, le bouddhisme, est fondamentalement une approche thérapeutique globale. Certains diront que c’est le limiter. Pour moi, si le Bouddha a parlé de la souffrance et comment se libérer, c’est un discours de thérapeute. Guillaume Ducoeur, dans son très bon livre ‘initiation au bouddhisme », m’a confirmé ce ressenti, en expliquant que les quatre nobles vérités étaient présentées selon une façon de discourir influencée par les discours médicaux de l’époque.
    Si on oublie ce but, à ne pas confondre avec un bien-être de surface (mais qui pour moi peut aussi être un but légitime, sauf qu’il faut ne pas le confondre avec un but plus ultime), alors on fait de la pratique pour elle-même.
    A part alors produire des discours du type de ceux que vous évoquez, à savoir le lotus c’est mieux que le demi (lui-même mieux que le quart!), pratiquer seul c’est pas bien car on n’est pas encadré, etc etc…on rate donc le but, à savoir trouver le bonheur non conditionné.
    Sauf que parler de critères extérieurs, c’est bien plus facile à maîtriser, aussi pour avoir un pouvoir d’autorité sur les autres pour celui qui se représente comme l’autorité spirituelle, surtout s’il a un doute sur ce qu’est la réalisation.
    Et donc, l’on confond alors les objectifs ultimes, avec les relatifs. Avec beaucoup de déni de ses propres limites, si on se laisser croire que seul l’autre sait pour nous ce que notre corps-esprit a besoin.
    Pour moi, la relation spirituelle n’a rien à voir avec cela. C’est un accompagnement qui tient compte des limites du pratiquant.
    Après, pour ce que j’en lis car je n’ai pas tenté l’expérience, mais vu de loin la MBSR aurait la limite de s’arrèter à une pratique de méditation de bien-être. Mais pour moi, pas de souci. Je pense que les cadres plus traditionnels, en fait, visent quelque chose de bien plus existentiel : « qui sommes-nous? »
    Je vous invite à lire ceci qui pour moi explique bien la différence : https://www.facebook.com/groups/108557835889146/
    Nicolas est quelqu’un de très bien, il m’a aidé à mettre des mots sur ce que je sentais, comme vous, et justement, m’a dit que dans le zen, on pouvait en fait se créer d’autres fixations au lieu de s’en libérer.
    Pour moi l’on peut pratiquer seul, et aller en groupe : les deux se nourriront mutuellement. De plus en plus font cela.
    Quant à la différence entre mauvaise ou bonne méditation, en fait la bonne méditation, c’est quand on sait que notre méditation est mauvaise. La mauvaise méditation, c’est quand on ne sait pas qu’on est en train de faire une bonne méditation ou une mauvaise.
    La bonne méditation c’est quand bonne ou mauvaise n’est pas un problème, et qu’on est là comme on est tel qu’on est.
    Et pour finir et revenir au début de votre commentaire, Deshimaru disait que le zen, c’était embrasser les contradictions. Cela ne ressemble pas vraiment à se battre, mais tout l’inverse.
    Je vous souhaite le meilleur pour votre chemin, et que vous trouviez ce qui vous convient.
    Et la porte reste ouverte.
    Laurent

  20. Bonjour,

    Lorsque Laurent écrit que la MBSR s’arrête au bien-être, je comprends tout à fait ce qu’il veut dire.
    A cause d’un profond mal-être qui m’a laissé des séquelles, bien amochée, j’ai cherché le bien-être et me suis forcément questionnée sur le bonheur, la souffrance. Dans le même temps, je cherchais une voie spirituelle, sans savoir que j’étais déjà sur une voie, depuis enfant, en fait, je me questionnais sur tout ça. Et toujours le mal-être, entre-deux j’essaie ce qui se trouve à ma portée, le yoga, le taï-chi. Puis je suis allée vers le bouddhisme à la suite d’une crise existentielle profonde, personnelle, intime, en tant qu’humain par rapport à la vie, au monde et sur la planète. Attirée par le zen, néanmoins perdue dans les divers courants du bouddhisme et ses pratiques diverses. Je me suis aussi rendue compte en cours de chemin, comme débutante, qu’il fallait d’abord restaurer un niveau de bien-être en moi, « soigner » des problèmes et la « thérapeutique » extraite de l’enseignement bouddhiste de la méditation comme la MBSR m’a apporté une aide, inspirant mes méditations. Une première clé, j’ai juste écouter mes propres besoins, de mon esprit, de mon corps. Bref, « réparer » la petite bonne-femme, ce que je continue de faire en parallèle. Cependant cela ne comblant pas ma quête intérieure, je me suis trouvée bien dans l’approche du zen vietnamien de Thich Nhat Hanh tout simplement, accessible. Et en lien avec mes méditations dans la forêt, mes lectures, une redécouverte du Christ.
    Je garde également une profonde affinité pour le zen du Japon ainsi que pour le Taoisme.

    Donc à travers tout ça, sur plusieurs années de vie, je pense qu’il y a une petite multitudes d’aspirations, de quêtes dans la grande pour un être humain, que c’est un tout. Que tout cela est entrelacé, relié et peut se vivre harmonieusement.
    Chaque être a son propre chemin, tout en apprenant d’autres et la partition est bien plus grande qu’on ne croît, le maître en est la vie.

  21. bonjour K!
    Oui, ce dont tu parles c’est bien cela : pratique relative? Ou pratique ultime?
    Le problème, c’est que souvent on veut opposer ces deux aspects.
    En découvrant le bouddhisme tibétain, j’ai compris qu’en fait, ils articulent les deux de façon très intéressante : on vise l’ultime, mais on a plein de pratiques spécifiques, « symptomatiques »!
    En fait, si on regarde le zen, on a les mêmes outils. Une seule pratique formelle, mais en fait plein de façon de gèrer la forme.
    C’est l’occident qui souvent nie les aspects thérapeutiques au nom de ce qui serait ultime.Je pense que c’est une vraie erreur de vision. Ca justifie surtout de ne pas tenter de comprendre la mécanique de l’humain, de son corps, de son esprit. Alors que je pense que le vrai bouddhisme, n’est que l’investigation permanente de cela.
    Lors d’une sesshin, une personne qui faisait un atelier de Do In, me confiait qu’elle était surprise par l’incapacité qu’avaient beaucoup, de savoir nommer différentes parties de leur corps.
    Oui, la connaissance commence par des choses très très basiques!
    On peut avoir une démarche thérapeutique, conjointe à une pratique sans but. En général, c’est ce type de pratiquants qui à mes yeux font le chemin le plus sain. Car le pathologique a son espace de réparation, et ne va pas tenter la sublimation outrancière. Et le spirituel, ne va pas tenter de submerger le monde de la souffrance relative, matérielle, corporelle, émotionnelle, financière, professionnelle, bref, tout ce qui a lieu dans notre vie normale!
    Car parfois, il y a juste que c’est la merde absolue, et que la pleine conscience, c’est de ne pas le fuir, et ne pas y rester non plus! La vie est assez dure!
    Ne pas fuir non plus……
    Mais bon, je dis tout ça, en fait je suis face tout le temps à mes limites, et j’aimerais tant être plus fort que moi!
    Bon chemin, en tous cas!

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