Pour toi….tribulations mentales sur ce qu’est être moine zen.

Bonsoir.
Aujourd’hui, tu me disais que ça fait longtemps que je n’ai pas écrit un article ici.

C’est vrai, tu as raison. Mais c’est quoi, longtemps?
Tu sais, j’y pense, souvent, mais comme je l’ai déjà dit, je ne veux pas devenir une usine à faire des articles. Je ne peux écrire que si je le sens, et encore, parfois je ne sais pas trop, et écrire est un acte de relation.
Et mieux veut parfois ne rien dire que dire quelque chose pour remplir le vide.

Qu’écrirais-je?
Que parfois la vie fait mal et que je voudrais que ce truc qui fait mal s’arrète?
Cela me paraît tellement répandu, que j’enfoncerais une porte ouverte. Et puis, merde, je n’ai pas envie que mon ego devienne le sujet du jour. Je le trouve déjà bien souvent au centre du débat.
Qu’écrirais-je?
Que le bouddhisme, en ce moment, me paraît de plus en plus chiant dans l’image qu’il donne de lui, dans l’identité qu’il se donne, qui me paraît faire obstacle à ce qui m’intéresse le plus dans cette pratique : être un outil de relation avec soi-même et avec les autres?
Que les forums me paraissent de moins en moins vivants, de plus en plus exclusivement mentaux?
Que te dire?
Que j’ai envie de silence, que je réfléchis au message de notre asso pour créer un site web pour la rentrée?
Que te dire?
Que si vous voulez passer quelque jour au vert ici, vous pouvez vous arrèter, moyennant une petite contribution pour nous aider à vivre et nous développer.
Nous projetons de faire des accueils de stage de week-end, et si vous avez un projet, vous pouver nous joindre.
Faut juste savoir qu’ici, on est sans alcool, puisqu’on accueille parfois des ex-buveurs et qu’on veut les aider à tenir le cap.
Que te dire?
Que je viens de découvrir qu’une des deux chanteuses des Brigitte, je l’ai connue quand j’étais lycéen?
Qu’écrire?
Que je cherche la clarté dans les méandres de ce qui est obscur? Rien de neuf sous le soleil.
En fait, je suis un peu fatigué, et j’ai une envie : me donner la liberté de la vacance.
Vacances, une pratique de la vacuité.

Regarde-moi, je suis un moine zen. Rien de quoi être fier. Je ne vais plus au temple, je ne fréquente plus de groupe « officiel », je n’affiche pas mon nom de moine sur Facebook, et je ne me mets pas en photo en panoplie de méditant.
Je ne fais que m’asseoir sur le coussin, et ça me paraît déjà pas mal.
Je ne me sers plus de ce bol pour cette cérémonie qui fait bien : je mange juste simplement. Je mange même de la viande parfois, et je ne me contraint plus à suivre des règles de vie qui seraient ce qui est bien.
Je ne mets plus de kesa : je fais zazen en jean.
Je ne lis plus Dogen : je préfère Houei Neng, et encore plus Blueberry.
Je ne cherche pas à connaître ni pratiquer des règles de cérémonies compliquées : ici on chante parfois, parfois pas, et on dédicace simplement notre pratique à tout ce qui est. On se fout que les sons soient en place ou pas, en place par rapport à quoi?
Je vais aussi faire des trucs avec des gens qui suivent des traditions amérindiennes.
Parfois je me sens décalé, je me dis « en fait je suis bouddhiste ».
Puis je me rends compte que ce que je mets dans le terme « bouddhiste », c’est avant tout de vivre dans son corps, d’entrer en contact avec ses sens, sa respiration, son corps, de vivre et partager avec les autres, de se relier à ce qui est plus grand que nous, et d’arrêter de maintenir des identités qui de toutes façons seront balayées par tous les vents. Se dire moine zen est aussi une de ces identités.
On ne choisit pas d’effacer ses traces : le vent s’en charge, il faut avoir la patience de laisser son souffle se lever et tout balayer.
On ne peut pas non plus marcher au-dessus du sol, les traces, elles sont là, maintenant.
Comme cette trace qu’est le fait que, il faut le dire, je suis moine zen.
Là je t’en parle, car on est entre nous.
Mais je te dis ça pour me rappeler que j’ai choisi ce chemin un jour.
Aujourd’hui, est-ce important que je m’en rappelle, ou est-ce un signe d’intégration que je n’aie plus envie d’arborer tous les signes distinctifs?
Suis-je un de ces moines qui ont choisi de retourner dans le monde, comme le dit Antoine Marcel dans son Traité de la Cabane Solitaire?
On pourrait dire que oui, mais pourtant, je n’ai jamais quitté ce monde.

Moine, en fait, c’est tenter d’être vraiment bodhisattva.
Et un bodhisattva, il efface ses traces d’éveil, en essayant de vivre décemment dans ce monde, dans ces formes.
Moine, c’est être un être ordinaire, en fait.

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