Le bouddhisme du Bouddha 2

J’assiste récuremment à des controverses sur le net, qui répètent les ancestrales querelles entre Mahayana, Theravada, etc etc….
Déjà, cela ne me paraît aucunement intéressant. N’est-ce pas un vrai luxe bourgeois que de s’approprier des controverses qui viennent de très loin et de très longtemps, plutôt que de chercher quelle est la racine de cet enseignement, qui fonctionnerait quelles que soient les conditions de temps, de lieu ? Bref, ce qui permet d’aller au-delà des conditions.
S’arrèter, faire silence, pourrait nous réunir. Mais non, il y en a qui soulèvent ce qui différencie au lieu de ce qui réunit.
Mais il s’avère que ces débats (ou parfois le débat est fort absent, mais qui s’apparente à un écharpage en règle pour montrer qui est le plus fort en gueule), se répètent.
Je me demande donc, quelle est la quète qui est derrière le fait de s’approprier ces histoires anciennes qui ne sont pas nôtres ?
Alors une réponse évidente a priori, c’est la recherche de continuité à travers les âges, et l’assurance d’une cohérence de cet enseignement.
Je crois qu’en fait, il y a un fossé culturel immense entre nous occidentaux, et les orientaux concernant le vécu d’une pratique spirituelle, et que nous avons justement besoin de repères.
Et aussi une immense ignorance et d’énormissimes projections faites sur ce bouddhisme qui nous interpelle tant.

Je voulais donc partager avec vous un extrait d’un livre sorti récemment, que je vous recommande chaudement.
Il s’agit d’ « initiation au bouddhisme », de Guillaume Ducoeur, aux éditions Ellipses.
C’est déjà pointu comme initiation.
Par contre, il donne tout plein d’éléments éclairant le contexte de naissance du bouddhisme, et son développement dans les siècles qui suivirent, et démythifie énormément de points sur lesquelles nous vivons sur des préjugés culturels anciens, et des images toutes faites depuis très longtemps.
Images souvent très actives dans nos façons de percevoir cet ensemble sommes toutes complexe et multiforme, donc je trouve œuvre utile, même si c’est un peu intello comme démarche, que de faire au maximum pour démonter les préjugés qu’on peut avoir.
Et se rendre compte que les choses sont bien moins binaires et monolithiques qu’on croit, mais tellement plus nuancées, et cela car il y a eu des raisons à cela qu’on ne connaissait pas.
Et que, si l’on peut, c’est bien de connaître, pour cesser de se fabriquer des chimères.

« Les fondements de la doctrine bouddhique »

Les sutras et les vinaya ne renferment pas d’exposé systématique de la doctrine bouddhique car ces textes sont le résultat d’un long travail d’agencement d’éléments doctrinaux, parfois fort disparates et contradictoires, que des bhikku érudits entreprirent au cours des siècles. Dire que le Bouddha avait pour « pédagogie » de dispenser un enseignement graduel en fonction des auditeurs auxquels il s’adressait, c’était avant tout pour ces savants pallier au foisonnement de paroles attribuées au Bouddha qu’il leur fallait mieux prendre en considération, trier, classer et agencer au mieux. Les différents épisodes biographiques du Bouddha, qui pour la plupart, sinon tous, sont des restitutions ou des constructions après-coup de sa vie afin d’illustrer sa doctrine, révèlent plusieurs strates d’agencements. De ce qu’enseigna le Bouddha, nous ne le savons guère avec exactitude. Il est certain que les mots qu’il employa pour parler de sa découverte sont perdus à jamais. Ce qu’il en reste aujourd’hui est l’aboutissement de plusieurs générations de disciples qui ont transmis l’essence de la doctrine du fondateur selon leur propre compréhension et expérience qu’ils en ont eu. Il ne faut pas oublier, en outre, que nombreux parmi les convertis au dharma venaient de milieux confessionnels différents et qu’ils se faisaient donc une certaine conception de la doctrine bouddhique en surimpression à leur ancienne croyance.
Si l’on s’en tient au récit dit abrégé de l’Eveil tel qu’il est conservé dans les sutra des Theravadin et des Sarvastivadin sous deux recensions légèrement différentes, il en ressort que la finalité première de la doctrine du Bouddha visait à l’Extinction (nirvana) de l’existence à la délivrance de la naissance, de la vieillesse et de la mort et que toute notion de loi de rétribution des actes n’entrait pas directement en ligne de compte. L’acquisition de cette Extinction absolue devait avoir lieu au moment de l’Eveil (bodhi). Par ailleurs, aucune méthode n’est mentionnée ou même préconisée dans ce récit. C’est probablement à partir d’une telle tradition ancienne que des savants bhikku auraient composé une version glosée afin de préciser les fondements de la doctrine et la méthode d’obtention du nirvana. Cette version longue de l’Eveil est celle que nous trouvons habituellement dans les différentes biographies du Bouddha des écoles du sthavirayana et du mahayana. Bien sûr, nous pourrions toujours supposer que ce récit ancien n’avait pas besoin d’être explicite puisqu’une grande partie de la transmission se faisait oralement de maître à disciple. Mais là encore, il convient de se demander pourquoi toutes les écoles anciennes ont ressenti le besoin de préciser, à un moment donné de leur histoire, les fondements de la doctrine, les pratiques méditatives et les préceptes éthiques s’y rattachant. Tout porte à penser, à la lecture des textes de ces anciennes écoles bouddhiques, que la délivrance du samsara, des renaissances et des re-morts, relevait d’une prise de conscience subite, d’un éveil à la réalité, celle découverte par Siddharta Gautama. La doctrine bouddhique primitive devait certainement être une gnose, à l’égal des doctrines sotériologiques conservées dans les plus anciennes Upanishad, mais à tendance matérialistes. Qu’il fait fallu par la suite au Bouddha mettre en place une discipline et une méthode pratique pour tous ceux qui n’avaient pas la même détermination et le même passé gnostique et ascétique que lui, cela se conçoit aisément. Plus les convertis étaient extérieurs au monde de la gnose et de l’ascétisme, plus le chemin pour atteindre l’Extinction se devait d’être détaillé et recouvrir aussi bien le domaine de la concentration mentale que celui de la morale. En fonction des capacités de chaque individu, le chemin devait être plus ou moins long à parcourir.
Au vu des combinaisons possibles entre les canons des différentes écoles du sthavirayana, il semble que celles-ci aient puisé à un fonds doctrinal commun. Mais en l’état, ce dernier ne peut remonter guère plus haut que le 2e siècle av. J-C. Ce qui leur est commun repose, pour l’essentiel, sur les quatre nobles Vérités, le chemin à huit membres et la théorie de production conditionnée énoncés lors de la mise en mouvement de la roue de la doctrine à Varanasi. Tout le travail des érudits fut de concilier cet trois théories, qui ne reposent pas sur les mêmes substrats, afin d’élaborer une doctrine qui se tienne et qui soit la moins contestable possible. Toute faille dans l’exposition de la doctrine était autant d’occasions pour les membres du sangha de douter et de nourrir des désaccords mais aussi et surtout, pour les maîtres d’autres écoles sramaniques et pour les brahmanes, de la réfuter. Les traités et les commentaires philosophiques et métaphysiques rédigés tout au long des siècles par d’éminents savants bouddhistes montrent combien le dharma était demeuré vulnérable et réfutable notamment au sujet du refus d’admettre un principe personnel (atman) ou vital (jiva).
Initiation au bouddhisme, G. Ducoeur, Ed Ellipses P.207-209

On peut donc voir que la réalité est plus complexe et fine que ça en a l’air, et qu’il y a eu en fait bien des montages et remontages pour créer une cohérence doctrinale à ce qu’on appelle bouddhisme. La revendication au canon pali étant l’aboutissement ultime.
Le mahayana a lui aussi participé, en faisant dire au Bouddha des choses qui ont en fait été fabriquées de toutes pièces.
Mais ce que j’en conclus, c’est qu’en fait, le vrai dharma, la vraie réalisation, c’est une investigation intime et personnelle, et que la relation directe de personne à personne a son rôle à jouer. Et tout le reste est littérature.

Donc je finirai par recommander, de toujours lire avec distance : la pratique, c’est de donner son attention à ses perceptions, et sensations. Lire avec ses tripes, avant que de lire avec sa tète.
Et surtout, ne pas oublier que la réalité se vit avant tout avec tout son être, pas avec ses yeux, ses pensées, son mental.

Je me demande quel bouquin le Bouddha avait avec lui pendant ses six ans d’ascèse !

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20 réflexions sur “Le bouddhisme du Bouddha 2

  1. « Je me demande quel bouquin le Bouddha avait avec lui pendant ses six ans d’ascèse ! »

    Il a pratiqué avec des méditants, ascètes ou maîtres.
    Il avait son être.

  2. Salut Laurent

    On en revient toujours à la même chose, le Christ, Bouddha et Muhammad n’ont jamais écrit un mot et ils sont les gens les plus lus dans le monde, tous ce qui se greffent autour, bof

  3. Normal, c’est la nature humaine : on veut toujours récupérer le truc qui fonctionne.
    Ces gens-là n’écrivaient pas car ils travaillaient en contact direct.
    Pour moi, un enseignement écrit est comme une partition de musique : c’est fait pour ne plus avoir à s’en servir quand on connaît le morceau.
    Le problème, c’est que certains sont plus occupés à rester le nez collé sur la partoche, à commenter ses annotations, à dire que ici c’est faux et là c’est génial, où à s’écharper sur la façon d’interpréter le morceau.
    Alors qu’en fait, il faudrait tenter de le jouer, puis de le jouer ensemble, et de trouver la vraie harmonie.
    La vraie harmonie, n’est pas dans ce qui est écrit, elle est dans le fragile et jamais acquis équilibre dynamique qu’on construit dans l’instant, comme on surfe sur une vague. Même l’erreur peut devenir belle, il faut savoir l’intégrer dans cet ensemble.
    Dans le zen, on faisait les cérémonies à la fin. C’était pour moi le parfait exemple de ce genre de pratique : une perfection à retrouver tout le temps, et jamais atteignable dans l’absolu. Et s’harmoniser, à chaque instant, sans reposer sur de l’acquis. Après, quand on en fait un ensemble figé, une musique préprogrammée où l’erreur doit être bannie car ça présenterait mal au public, ça devient rigide, tendu, chiant, et en général les gens se plantent encore plus!

  4. Bonjour,

    Merci Laurent, je trouve l’analogie avec la musique assez juste. C’est comme la barque alors…
    Les textes ont « matérialiser » l’enseignement du Bouddha qui n’était que parole, aussi beaux soient-ils, ils ont servi et servent encore à le transmettre à travers le temps, mais ce ne sont que de faibles « balises ». Un équilibre entre rigueur et créativité. Un texte est un support qui peut aider, un manuel aussi en ce sens, mais la transmission par la parole d’humain à humain directement est toujours plus profonde, et seule l’expérience, vivre l’enseignement, par son propre esprit, en son propre corps, refaire soi-même le chemin du Bouddha peuvent mener à l’éveil. Comme Siddharta, nous n’avons que notre être…
    De nos jours, nous sommes aussi dans un monde qui utilise des supports divers de communications de plus en plus sophistiqués pour transmettre savoirs et connaissances, au point d’être parfois sur-informés avec quantité et accès aux textes mais l’échange direct d’humain à humain se fait rare et nous semblons nous adaptés à cela. On assiste aussi à beaucoup de paradoxes dans la communication, et comment se vit la spiritualité ans une société qui dénature beaucoup. Cela me questionne… On peut même être abreuvés de spiritualité en général sans vraiment la vivre dans sa chair, dans son coeur et son esprit.
    Le savoir et les connaissances peuvent aussi sortir un être humain de l’ignorance, pour l’éclairer, à condition que cela soit vivant, ce n’est pas fait pour s’empoussiérer et se figer. Heureusement des penseurs ont une grande vivacité d’esprit pour que cela soit vivant. Et je vois aussi dans la poésie, dans l’art, combien les choses les plus profondes de la spiritualité en générale ou dans un simple haïku pour pour « le bouddhisme » peuvent se transmettre avec une merveilleuse clarté, simplicité et justesse en si peu de mots.
    Il faut savoir se garder un jardin de « vie intérieure ».
    Je pense que tout cela en tous cas peut nous guider dans notre compréhension et notre chemin…
    Bref, en tous cas, je me fais un gros « break » question internet, je retourne au quotidien au « réel » du quotidien. Vivre de ce monde, danser avec lui, en n’étant pas de ce monde… et puis il y a du silence…

  5. Comme tu dis, il y a ceux qui sont « le nez collé sur la partoche », collés au texte, « il faudrait tenter de le jouer, puis de le jouer ensemble, et de trouver la vraie harmonie. »
    On ne retrouvera jamais les paroles exactes d’origine du Bouddha, ( pas vraiment plus celle du Christ comme l’évoque Daniel ) alors on fait avec ce qu’il y a, de restituer sur le temps et ce qui est le plus juste, le plus proche de la vérité, de l’origine.
    Mais au final, le fond du problème, c’est qu’il y a toujours ceux qui veulent être dans la tradition, la rigueur de certains écrits avec leur tri, ceux qui déterrent les textes cachés pour se rapprocher au plus près de l’origine, ceux qui préfèrent la transmission directe par la pratique comme les « artisans », et ceux qui ont l’art de communiquer les enseignements avec « le ton moderne » sans rien dénaturer de ce qui reste à disposition après 2600 ans, arrivé en occident.
    Donc, le fond du problème, c’est que chacun joue dans son groupe, et au lieu de faire un « boeuf » de temps en temps, dans l’harmonie, se bouffent le nez. Ajouté à cela ceux qui divisent, au lieu de proposer ce qui unit.
    Faut dire que c’est pas simple, mais quand-même, c’est en effet vraiment dommage, de ne pas essayer de tous s’entendre un peu, et pour cela ne pas imposer, ne pas vouloir être le groupe unique, car chacun peut apporter quelque chose avec une idée commune et sincère.
    Je pense côté communication, que dans la « faune internet », sites, forums…etc il y a des gens qui vont dans ce sens, mais se font rare devant la domination d’autres et se retirent.
    De toutes façons, cela reste que de la communication, pour se relier parfois avec de beaux échanges humains, mais pour la pratique en profondeur, c’est dans notre corps, coeur, esprit que ça se passe, notre « vie intérieure ». Il y a des moments où l’on fait seul son chemin, on fait le chemin avec notre être.

  6. Bonsoir.
    On fait toujours notre chemin seul. Cela n’empèche pas les autres d’être là, et ne nous empèche pas de les rencontrer. Le truc, c’est de ne pas diluer sa personnalité dans une idée clanique, comme ça arrive souvent dans les groupes, avec les phénomènes de pouvoir archaïques qui reviennent, réflexes conditionnés ancestraux dont il faut prendre conscience.
    Un boeuf, au final, on peut le faire, mais quand on est beaucoup, ça marche mieux quand chacun ne joue pas en même temps. Où alors il faut faire un peu de mise en forme. Structurer, avec parfois un chef qui dirige ça.
    Mais la vérité est dans l’esprit dans lequel on fait les choses : on peut rester seul, et ne faire que continuer à cultiver de l’égocentrisme et de la haine de l’autre. On peut être avec les autres et arriver à rester fidèle à soi, et se développer positivement.
    Mais la plupart du temps nous expérimentons toutes les nuances de ces expériences.

    Concernant le bouddhisme et la tradition, en fait je n’ai aucune envie de choisir un camp, comme je n’aurais pas envie de choisir Maman contre Papa.
    On a des racines, et on vit aujourd’hui. Le présent est relié au passé, et aussi au futur. Sauf qu’on connaît le passé, pas le futur.
    Mais s’attacher à l’un ou l’autre, et les déconnecter les uns des autres, ça ne nous emmènera nulle part qu’à créer des camps qui se dressent les uns contre les autres pour légitimer leur bon droit, le fait que leur existence est meilleure et plus légitime que celle de l’autre.
    Une forme d’interdépendance vécue au négatif.
    De toutes façons, le Bouddha a été au bout des expériences traditionnelles de son temps. Et les a remises en cause. Mais après les avoir expérimentées profondément.
    Et je pense que si l’on veut être fidèle à sa pratique, nous devons faire de même avec son propre enseignement : l’expérimenter, et ne pas avoir peur de le remettre en cause, de le déconstruire reconstruire, mais pas hâtivement, mais une vraie expérience dans la durée.
    Et surtout, ne pas se faire souffrir avec tout ça.

  7. Bonjour,
    Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis, Laurent, sur « l’effet clanique », et les réflexes qui s’ensuivent. Parfois le camp qui veut jusqu’à détruire l’autre camp qui résiste et sur la manière d’être seul avec les autres, et d’être seul avec soi-même qui est déjà cet autre, la relation à l’autre. L’état d’esprit est primordial et quand il est dans l’ouverture c’est tellement plus fluide. On voit toujours le grand manque dans tout ça, c’est la compréhension et l’amour. Tant qu’on est dans l’amour, le partage, la tolérance, le respect coule naturellement, la communication claire et spontanée. Un peu de sérénité et de joie, dans tout ça.
    Et tout en confrontation intelligente, il est bien naturel aussi de remettre parfois en cause l’enseignement, la pratique, l’expérimenter et voir comment le vivre en occident comme ailleurs par le passé. Tout est à chaque fois différent, l’évolution de l’être humain, homme, femme, culture, société… etc Le Bouddha lui-même conseilla de vérifier… comme l’or… « vérifier comme le joaillier vérifie la matière pour savoir si c’est bien de l’or » voir pour soi-même si cela correspond à notre expérience de la vie… … Ce qui est dans la vérité ne peut être dénaturé. Lorsqu’on ne fige pas c’est aussi une ouverture à la créativité…

    Pour ma part, je prends mon chemin spirituel un peu comme il vient, maintenant…

  8. Salut Laurent

    On fait rarement notre chemin seul, en général l’on est guidé par la bonne ou mauvaise personne, les gens qui agissent de leurs propres chef l’on sait où cela mène, laisse un enfant sans une bonne guidée et son chemin risque d’être chaotique.
    Tu dis ne pas vouloir choisir une tradition par rapport à une autre mais tu y es forcé au début, c’est avec les années où tu emmagasines le savoir et l’expérience que tu peux alors t’en passer.
    Je pense que tu as une vision biaisée et cette vision est celle d’un homme blessé par les ou la tradition, c’est également à prendre en compte.
    J’aime beaucoup l’expression  » le nez collé sur la partoche » mais avant de la jouer, il faut apprendre à la lire et seul, je ne pense pas que ce soit réalisable d’où le fait d’être bien accompagné.

  9. Salut Daniel.
    Oui, ce que tu dis est vrai.
    Mais sachant qu’on se connaît, n’as-tu pas un regard biaisé par ton histoire, et aussi par ce que tu peux rencontrer dans ta pratique récemment? Cela change vite, non?
    Il est clair que mon regard a été changé par une blessure au sein de la tradition que j’ai pratiqué-et à laquelle je n’ai pas vraiment renoncé. Se faire virer d’un groupe sans discussion, se faire abandonner par tous les responsables qui devraient prendre position et arbitrer, cela après avoir donné du temps, quitté mon chez moi pour suivre un maître, donné temps, argent, forcément que ça conditionne…et je ne vais pas changer mon passé, mais c’est de mon histoire que je peux aujourd’hui formuler tout ce que je formule, et aussi que j’ai pu comprendre tout ce qui m’a permis de parfois te dire les choses qui aident sur le chemin.
    Après, le tout c’est d’être au clair avec ce qui nous conditionne et d’en être conscient, au lieu de se faire croire qu’on est au-delà de toute illusion, la pire des illusions entre toutes! Et Dieu sait qu’elle est puissante, notamment chez ceux qui veulent être bouddhistes (je fais le distingo entre ceux qui veulent être bouddhistes, et ceux qui pratiquent et se foutent de porter une étiquette).
    C’est ce traumatisme qui m’a amené à jouer sans partition. Bon, j’avais déjà tendance à le faire, mais là, on m’a viré la partoche, le support, fermé la lumière de la salle de concert, alors j’ai appris encore plus à accorder l’instrument seul, à jouer seul.
    On peut être guidé par la bonne ou mauvaise personne, mais il y a aussi la bonne ou mauvaise personne qu’on choisit, dans la limite de notre conscience, d’être. C’est ce choix qui nous permettra de tirer le meilleur des pires enseignants, ou de ne rien voir des meilleurs maîtres. Aussi.
    Pour moi, la relation d’enseignant à enseigné, ce n’est pas seulement de donner une trajectoire, ou pas. Pour l’avoir expérimenté en éduquant mon fils, c’est aussi surtout de rester dans la relation. Et structurer un espace-temps où il puisse faire ses expériences, aussi tenter d’agir de son propre chef, qui n’est pas forcément néfaste, mais sachant qu’il aura des limites pour ne pas se faire du mal ni faire du mal à autrui.
    Et parfois, le rôle d’éducateur, c’est parfois d’apprendre à regarder laisser faire, regarder faire des expériences, sans diriger…mais en étant là, présent, en retrait. Mais vigilant. Je crois beaucoup à cette façon d’éduquer par la présence, avec un minimum d’intervention.

    C’est l’éducation à laquelle je crois, et quelque part c’est ce que j’ai appris dans le zen. Parce que j’ai eu la chance des bonnes rencontres, et aussi de vouloir plus ou moins consciemment cela.
    Tu parles du choix des traditions, je parle d’un point de vue où pour moi les choses ont changé en vingt ans.
    Déjà, il y a internet aujourd’hui. A l’époque, la littérature était plus rare, beaucoup plus rare. Et je suis allé au zen, car en fait il n’y avait rien de plus proche pour moi. Mais on dira que c’était karmique. Je sais que si j’avais été dans d’autres dojos, avec d’autres responsables, probablement je n’aurais pas supporté.
    Mais aujourd’hui, l’accès aux traditions différentes est plus important, on a même des traditions qui alors n’étaient pas représentées (amidisme, par exemple, que je vois arriver).
    Cela pose donc la question de ce qu’est fondamentalement la racine du bouddhisme. On voit assez sur le net les controverses que suscitent la recherche de l’identité première. Pour moi c’est une illusion. Mais par contre la question est légitime, et pouvoir la poser, en débattre, quelque part nécessaire pour voir qu’on n’a pas tous les mêmes repères, et donc qu’on ne parle chacun pas du même bouddhisme.
    Car chacun lira la partoche différemment. Les notes sont les mêmes. Mais on n’interprète pas pareil.
    Certains sont capables d’apprendre à lire même tout seul. Il faut savoir les détecter. Combien d’enfants se font chier à l’école car en fait ils fonctionnent en sous-régime, et qu’on passe plus de temps à les formater socialement qu’à les aider à développer leur potentiel?
    J’ai ressenti la même chose dans le zen quand ils ont voulu nous vendre le zen à la japonaise, vraie tradition emballée dans le paquet avec le tampon de provenance. Ca m’a littérallement stérilisé, coupé l’élan. J’ai tenté de jouer le jeu. Mais quand il répond aux besoins de ceux qui enseignent, et pas de ceux qui sont enseignés, je trouve dommageable de devoir se niveler à la baisse tout ça car les enseignants ne sont pas capables de hausser leur niveau, et surtout veulent imposer les limites de leur conscience.
    En fait, je crois qu’on n’emmagasine pas de savoir. Ca ressemble plus à ce qu’on m’avait appris en latin, sur le sens du verbe « cognosco ». Ce dont je me rappelle, c’est que le sens qu’on y donnait, était « apprendre à connaître ». Cela veut dire en fait continuer à être en position d’apprendre. Pour moi le zen n’est pas un truc d’accumulation de savoir (je le pense pour tout le bouddhisme, d’ailleurs), mais de résorption du savoir dans l’expérience. C’est à dire que tu oublies tout ce que tu as appris, et tu le manifestes dans tous tes actes.
    En fait, j’ai le sentiment de découvrir le sens de tout ce que j’ai expérimenté et le sens de cette tradition, au fur et à mesure que je prends de la distance avec ce que je croyais savoir. C’est comme si cesser de comprendre ouvrait à la vraie compréhension. Comprends-tu? 😉

    Tout ça en fait est un profond mystère. Dans le zen, en fait, il y a souvent un aspect mystérieux voire mystique à la transmission.
    C’est que l’on ne peut en fait l’expliquer.
    Mais quand on y est, on sait que c’est ça.
    Je crois que tout le monde l’a expérimenté un jour et sait ce que c’est. Il faut juste retrouver confiance en ses sensations, et cesser des les recouvrir sous un monceau de rationalisations.

  10. Salut Laurent

    Avec cette simple phrase que tu écris…

    Cesser de comprendre ouvre à la vraie compréhension

    Dans tous les textes du Zen, tu la retrouves, alors appliques parce ce que c’est que je fais, les Japonais disent  » i shin den shin  »

    J’ai beaucoup à apprendre de toi.

  11. Ah ah, moi aussi je dois avoir beaucoup à apprendre….de moi!…Si seulement je me connaissais!
    Cela dit, il est tellement difficile d’accepter de renoncer à ce qu’on croit avoir compris!

  12. Au passage, je suis retombée sur un bout de texte que j’avais dans mes brouillons :

    « Lorsque nous étudions les enseignements bouddhistes, nous devons veiller à les comprendre correctement. Mal interpréter ces enseignements, en effet, c’est non seulement se montrer injuste à l’endroit du Bouddha, mais également exercer une influence pernicieuse sur autrui – sans parler de nous-mêmes. Nous ne devons pas approfondir le Dharma à seule fin de devenir un habile contradicteur ou de faire étalage du savoir que nous avons accumulé. Mettre le Dharma en pratique, voilà la seule raison de l’étudier. Les enseignements concernant l’absence de soi et le nirvana se révèlent certes profonds et merveilleux, mais ils suscitent bien des méprises. Nous devons les approcher d’une façon sérieuse et sincère. La plupart des contemporains du Bouddha, et même certains de ses disciples ne l’ont pas compris _ aussi pouvons-nous, nous aussi, échouer à le comprendre. En vérité, les enseignements bouddhistes ne constituent nullement une philosophie. Ils forment un sentier, un radeau destiné à nous faire franchir le fleuve de la souffrance.
    Dans le Soutra de la Maîtrise du Serpent, le Bouddha nous invite à faire preuve d’attention et d’habileté en étudiant et en pratiquant ses enseignements. Il use de deux superbes expressions : attraper impeccablement le serpent et abandonner le radeau après avoir franchi la rivière – lesquelles ont rendu ce soutra célèbre. »

    de Thich Nhat Hanh

  13. Oui, je plussoie. Mohan Wijayaratna avait écrit un truc du même acabit dans « la philosophie du Bouddha ».
    La perversité ultime du piège, c’est quand les commentateurs se cachent derrière le texte en prétendant qu’il est un ultime référence. Bien sûr il n’est jamais question de l’interprétation du commentateur ni de sa subjectivité : le texte est seul juge et maître.
    Voilà un tour de passe passe bien habile qui manipule les esprits. En prétendant la maîtrise d’un enseignement présenté comme Ultime.
    C’est pour ça que la confrontation à une personne incarnant une expérience vivante, à savoir qui fait depuis un moment ce chemin de confronter la validité d’un enseignement à la réalité du monde qui l’entoure, me paraît un mal nécessaire. Je ne parle pas d’un maître enseignant magistralement un contenu à ne pas discuter et à apprendre et dégueuler par coeur.
    Je parle de ce qu’on appellera « ami de bien ». Quelqu’un qui nous aidera à valider des ressentis, les affiner, à creuser là où on n’a pas pensé, à lever le pied là où on appuie trop fort, quelqu’un qui peut nous aider à individualiser notre pratique, notre attitude, plutôt, car à un certain niveau, le mot « pratique » n’est plus tellement pertinent.
    Bref, comme tu dis, à attraper le serpent correctement, et à abandonner le radeau.

  14. Bonjour,

    J’ai rencontré autrefois le cas de personne se disant « maître », ou simple « enseignant », agir ainsi sur le net, où l’on est dans l’écrit. Ajouté à cela le « matérialisme spirituel », « la consommation spirituelle » renforcé par ce mode de communication.
    Mais heureusement pas rencontré que cela…

    Cet extrait est valable aussi pour le Christianisme. Il faut se méfier de ne pas avoir une mauvaise interprétation des textes de la Bible, du Dieu créateur, de Jésus, son enseignement… etc D’autant plus que des découvertes et relectures révèlent tout autre chose que les interprétations précédentes. On peut se dire que ce n’était pas ce qu’on pensait au début, aussi…

    Oui, Bouddha ou Jésus incarnaient l’expérience vivante, et cet expérience en la vivant en nous-mêmes, tel que nous sommes ( pas Siddhartha ou Jésus de Nazareth ) avec notre vie,
    c’est ainsi que l’éveil est toujours vivant et que Bouddha, Jésus sont vivants.

    Mon autel avec ses représentations, est seulement un rappel que « la nature de bouddha » et le coeur du Christ existent, c’est vivant en soi, et pas ailleurs.

    Bien-sûr on a besoin de « l’ami de bien », des vivants qui incarnent cet expérience vivante, mais c’est pour avancer vraiment, pas pour servir l’égo de l’un comme de l’autre.
    Il peut y avoir plusieurs « amis de bien » rencontrés en même temps et de diverses façons ( rencontres physiques, livres, internet ) au cour d’une existence, même si le mieux est vraiment la rencontre physique, vivante, avec un seul. Ils sont comme des « balises » à un moment du chemin, ils permettent d’approfondir, comprendre quelque chose. Mais on emporte pas ces « balises » sous le bras, on continue de cheminer.
    Les choix que l’on fait dépendent d’où l’on est partis, d’une base d’ignorance, et de notre expérience faite en chemin, de notre sensibilité spirituelle. C’est ainsi.

  15. Désolée, je me suis trompée dans mes blogs c’est pour ça que le nom est différent. Merci d’effacer le premier envoi.

    Bonjour,

    J’ai rencontré autrefois le cas de personne se disant « maître », ou simple « enseignant », agir ainsi sur le net, où l’on est dans l’écrit. Ajouté à cela le « matérialisme spirituel », « la consommation spirituelle » renforcé par ce mode de communication.
    Mais heureusement pas rencontré que cela…

    Cet extrait est valable aussi pour le Christianisme. Il faut se méfier de ne pas avoir une mauvaise interprétation des textes de la Bible, du Dieu créateur, de Jésus, son enseignement… etc D’autant plus que des découvertes et relectures révèlent tout autre chose que les interprétations précédentes. On peut se dire que ce n’était pas ce qu’on pensait au début, aussi…

    Oui, Bouddha ou Jésus incarnaient l’expérience vivante, et cet expérience en la vivant en nous-mêmes, tel que nous sommes ( pas Siddhartha ou Jésus de Nazareth ) avec notre vie,
    c’est ainsi que l’éveil est toujours vivant et que Bouddha, Jésus sont vivants.

    Mon autel avec ses représentations, est seulement un rappel que « la nature de bouddha » et le coeur du Christ existent, c’est vivant en soi, et pas ailleurs.

    Bien-sûr on a besoin de « l’ami de bien », des vivants qui incarnent cet expérience vivante, mais c’est pour avancer vraiment, pas pour servir l’égo de l’un comme de l’autre.
    Il peut y avoir plusieurs « amis de bien » rencontrés en même temps et de diverses façons ( rencontres physiques, livres, internet ) au cour d’une existence, même si le mieux est vraiment la rencontre physique, vivante, avec un seul. Ils sont comme des « balises » à un moment du chemin, ils permettent d’approfondir, comprendre quelque chose. Mais on emporte pas ces « balises » sous le bras, on continue de cheminer.
    Les choix que l’on fait dépendent d’où l’on est partis, d’une base d’ignorance, et de notre expérience faite en chemin, de notre sensibilité spirituelle. C’est ainsi.

  16. Bonjour,

    Parfois, je vois tous ces îlots d’échange, de pratique, du bouddhisme comme un petit monde dans le grand de la spiritualité.
    Ce n’est pas le bouddhisme qui m’a déçu et fait souffrir, c’est « le petit monde du bouddhisme » et ce qu’il en fait, ce qu’il fait du Bouddha parfois, les échanges, quand ça dérive dans l’instrumentalisation, la manipulation, le sectarisme, la destruction. Incompréhension. On croit trouver soutient dans sa voie, finalement on est malmené par certains, on se disperse, on perd son temps.
    Et tu le dis souvent, Laurent, ce n’est pas fait pour se faire souffrir, l’enseignement, ou se faire souffrir les uns, les autres… pas fait pour ajouter de la souffrance à la souffrance.
    Dans ce cas, on ne vaudrait pas mieux que tout le passé des guerres de religions et des haines, des peurs encore dans l’air du temps.
    Alors que chaque religion a son trésor. Tout comme chaque école dans une religion. Dans le bouddhisme, chaque pratiquant autant celui qui récite et étudie les textes avec rigueur, sans se cacher derrière que celui qui est dans l’expérience de la pratique sans être rigide, autant celui qui est « traditionnel » que celui qui est « moderne », « occidental », ils mettent au grand jour un peu de ce trésor. Il n »y a pas à s’arroger une suprématie, d’une école sur une autre. Chaque vénérable maître est à respecter.

    Au-delà du bouddhisme, c’était l’expérience du Bouddha que je cherchais.
    Mais c’est l’expérience de cet homme devenu moine. Pas la mienne.
    Je suis une femme, occidentale, au 21ème siècle.
    Cependant avec son enseignement, on le rejoint.
    Au-delà du catholicisme et de l’église, c’est l’expérience de Jésus, son enseignement avant tout.
    Il y a des représentations, des images qui se sont faite négativement, à corriger.
    En filigrane de tout ça, il y a toujours un être qui vit sa spiritualité dans un recoin du monde et cela passe par des souffrances et des joies.
    Je suis heureuse d’avoir rencontré le bouddhisme, pour tout ce qu’il m’a apporté et le peu que j’ai pu comprendre et des changements profonds que cela a apporté à ma vie, en moi-même. J’en garde ce qui s’est intégré naturellement en moi. Mais je ne me considère pas comme « bouddhiste » ni traditionnel, ni « light », ni rien. Pour moi, la question n’est même plus là. Il y a ce qui m’aide à vivre. En quittant « le petit monde du bouddhisme », j’ai balayé ce qui ne m’aidait pas à vivre et à être plus humaine, balayé tout ce qui me rejetait comme « non-initiée », non conforme, pour vivre ma vie intérieure et continuer mon propre chemin. Car il n’y a pas d’autre lieu que son propre esprit, son propre corps, son propre coeur.
    Et parce qu’il s’est produit pour moi, en cours de chemin, comme in-extremis, une chose suffisamment bouleversante pour que je me tourne vers le Christ. J’ai découvert ma foi. J’ai compris que je me sentais proche de Jésus. C’est une sensibilité personnelle qui m’a amené à cela. Cela ne m’empêche pas de pratiquer encore la méditation de « pleine attention », et d’être restée profondément marquée par l’éthique bouddhiste. Mais le Christ c’est dans mon coeur, dans ma chair. C’est ainsi.
    Je ne me considère pas pour autant comme « catholique ». Je m’intéresse à tous les Evangiles dont ceux apocryphes, à l’Hésychasme.

    Le changement, pas toujours facile à vivre… on fait un bout de chemin avec de la compagnie, et puis… impermanence… bulle de savon…
    Je peux comprendre le choix de vie d’un ami, il peut comprendre mon choix spirituel. Il n’y a aucun reproches à se faire où à s’en vouloir de quoique ce soit. C’est ainsi.
    Mon changement, ça déplaît, ça fait peur, ça fait rire, sans doute, peu m’importe, je n’en veux pas aux « bouddhistes », moi, je ne les rejettent pas. Mais je vis ma vie… et c’est avant tout le quotidien… c’est là où tout se vit vraiment…
    ça fait un moment que j’ai pris »un coup d’vieille », de toutes façons, puis je ne vais pas radoter davantage sur internet.
    J’avais échouée sur ton blog Laurent, en vrac, avec mes blessures, boiteuse avec mon fardeau, mes séismes, mes pensées lumineuses, mes confusions, mes erreurs, mes stupidités, mon bric à brac de questionnements, mon changement, mon autel Bouddha-Jésus.
    On ne sait pas de quoi sera fait demain, alors j’ai pris pour devise de dire dans l’instant ce qui sort directement de mon coeur, on oublie jamais l’amitié profondément humaine qu’on croise sur son chemin.
    Plus que du dire, du talent ou des mots, il y a Être…
    Je te remercie chaleureusement Laurent, tu es un « ami de bien » qui m’a toujours accueillit ici, comme je suis.

  17. Bonsoir Kathelle.

    Ici, quand je parle de bouddhisme, en fait je me fous du bouddhisme : on parle de vivre, au mieux, avec ce qu’on est, avec ce qui est.
    Le bouddhisme, c’est un mot, parce qu’on aime avoir des étiquettes, et que parfois c’est commode pour se retrouver.
    Mais ce n’est pas une fin en soi.
    Là, j’ai reçu un nouvel ami FB. On a fait du dharma transtradition : échange entre Chenrézi et zazen. Au final, on dit qu’on veut devenir des gens bien sous le ciel et sur la terre, on dédicace nos pratiques pour le bien de tous, on se prosterne sur le sol, on revient à sa respiration.
    Est-ce plus chrétien que tibétain que zen que quoi que ce soit d’autre?

    Je lisais un article sur le bouddhisme khmer, il disait clairement que les theravadins ont dû s’accomoder des génies et dieux locaux….à aucun endroit le bouddhisme n’a supprimé les cultes locaux, soit il les a cotoyés, soit absorbés.
    Mais nous, occidentaux, avec ce truc des religions monothéistes, et cela sera un nouveau défi.
    Dieu ou Bouddha?

    Faut changer la conjonction : « ou », ou « et ».

    Préfère-t-on l’exclusion, ou l’inclusion?
    La concurrence, ou la collaboration?

    Tu sais, près de chez moi, une colonie de viet s’est installée dans les années 50.
    J’adore les autels chez eux : la vierge Marie cotoie aisément Shakyamuni.

    Et perso, je n’ai jamais été faché contre Dieu, quand je suis dans de profonds états de désespoir, à la fin c’est son nom qui franchit mes lèvres.

    Ta voie est ta voie, et je suis content de voir ta fidélité, car ça fait quelques années qu’on se cotoie sur le net.
    Tu viens toujours me donner des nouvelles.
    Et si tu me considères ami de bien, c’est un grand honneur.
    Toi aussi tu as ces qualités, car tu restes là, avec ton humilité, ta recherche qui continue, et cette tentative de transformer la souffrance en éveil.
    Ce truc n’est pas plus chrétien que bouddhiste : c’est humain.
    Peu importe qui dit quoi, tu peux trouver les personnes ouvertes à autre chose que de la fermeture.
    Là, je suis en train de rencontrer des personnes de tous horizons, que j’ai connues sur le net.
    On a tous ce point commun : pas d’ostracisme, mais de l’ouverture, et l’envie de faire vivre ce qui nous aide à mieux vivre. Chacun respectant la différence de l’autre.
    Mon souhait profond est que l’écran devienne un espace qui nous fait nous rencontrer en 3D.
    Et que de cette dynamique on participe à l’émergence du dharma du 21 siècle.
    De plus en plus d’enseignants s’intéressent aux liens entre bouddhisme et christianisme.
    Tokuda parle souvent de maître Eckart.
    Et Thai Doji, qui a pratiqué zen rinzai et chez Thich Nath Hanh, s’intéresse à la voie de Annick de Souzenelle, qui s’inscrit dans une tradition chrétienne orthodoxe.
    Donc, tu n’es pas anormale, ton questionnement me semble réellement légitime, je dirais même dans l’air du temps.
    Cette semaine j’ai repris les évangiles apocryphes, ils sont d’une grande profondeur, et un vrai trésor spirituel…et aussi une profonde réconciliation entre féminin et masculin.
    Merci de te sentir bien ici, ton retour (et celui de tout le monde), m’est important.

    A bientôt Kathelle.

  18. Salut Laurent et tout le monde.

    Il est drôle que tu parles des évangiles apocryphes, j’en ai quelques uns chez moi, qu’il m’arrive de feuilleter simplement pour me détendre alors qu’il y a une vingtaine d’années, je les démontais en hurlant que « religion était un poison « .
    Le temps agit sur nous enfin sur moi surement, j’ai des besoins différent même si réellement je n’en jamais eu beaucoup.
    Dernièrement je suis allé faire une sesshin dans un Temple zen que tu connais, je m’oppose parfois à tout ce cirque mais il agit sur moi, il me détend, aujourd’hui, je le ressent comme ça.
    En rentrant de cette sesshin, je t’ai appelé, j’étais encore sous le trip, je voulais te faire part de mon ressenti. Avec deux disciples, nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit, toute la nuit à boire du thé et à jacasser comme des retraités dans une pâtisserie.
    Des amis de biens ou de bons gars, on les appelle comme on veut, il y en a partout, il suffit de chercher et surtout d’écouter

  19. Bonsoir Laurent,

    Ce que tu as écrit m’a beaucoup touché, par ta compréhension, ça fait chaud au coeur et par ta façon de voir, toujours ramenée à l’humain, à ce qui rassemble tous les êtres, un regard visionnaire et ouvert sur la spiritualité. Surtout une façon simple de me « parler » qui me comprend. Merci. ( J’ai essayé de me ressourcer au mieux ces temps-ci, après la mort de mon chat, et petits soucis de santé. Je suis restée dans cette absence du chat, dans ce vide, et pourtant dans cette présence étrangement… je me suis consolée, mais en manque d’une explication sur la vie après la mort des chats… bref )
    Pour ce qui est de Dieu, je suis plutôt agnostique. Mais c’est vrai, que c’est le nom qui franchit mes lèvres aussi, au fond du désespoir et plus récemment, ce qui est assez nouveau dans ma vie, quand je suis dans une joie folle, souvent sans raison. Cela peut terminer en éclatant de rire avec un « j’sais pas qui, quoi, mais merci ! » Je pense que toi aussi, dans une intense joie profonde. Etrange, n’est-ce pas ?
    J’suis fâchée contre le monde des fois, mais Dieu… Fâché contre lui, fâché contre qui ? H.D Thoreau, j’aime bien ce qu’il a dit avant sa mort, quand on lui a demandé s’il avait fait la paix avec Dieu : « Je ne savais pas qu’on s’était disputé »
    On respire tous, dans le même souffle, tous vivants, les deux pieds sur la même Terre. Et Reeves dit « Nous sommes tous des poussières d’étoiles ». Le monde nous mène à ces rapprochements de points communs, tout en se respectant dans nos différences, cette ouverture est inévitable si nous voulons nous sauver nous-mêmes. Je me sens bien dans cette ouverture.Thich Nhat Hanh m’aide dans ma compréhension du Dharma, du bouddhisme, Souzenelle dans celle du christianisme, avec J-Y Leloup, de la tradition orthodoxe.
    Concernant le bouddhisme, le Zen, j’aime ce que j’apprends ici, et tes points de vue, conseils en méditation m’ont beaucoup aidé. Aussi j’aime bien, « les petites histoires du zen », le dialogue, et les petits bouts de vie, simples, sincères de chacun.
    Pour l’instant, je lis d’abord les quatre Evangiles, tranquillement, puis j’aborderai la lecture des Apocryphes plus profondément que jusqu’ici par extraits.
    Et comme les enfants, je feuillète, je ne regarde que les images parfois, d’un livre sur le Tao de la Sagesse, le Rire de Tchouang-Tseu.
    Et on trouve bien des sourires ici.
    Merci Laurent.

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