Shiho or not shiho?

Bonsoir.

L’autre jour, un copain me disait : « tu écris bien »…merci beaucoup!…un retour positif, ça fait toujours du bien. Bon, on m’a toujours dit à l’école, tu es meilleur à l’écrit qu’à l’oral (parce que j’étais timide et que je parlais peu, forcément ça aide pas)…et je suis toujours un brin timide, même si j’ai appris à causer, ce qui vient du fond, sort plus facilement dans l’intime extime de l’écriture, ou personne ne me coupe la chique.
Bon, c’est dit, passons à la suite.
Alors le copain il me dit : « pourquoi tu n’écris pas un truc sur le shiho? C’est vrai, ça, ici, en France, dans l’…..(bip censure de l’organisme concerné), ils disent tous qu’ici on a le vrai shiho, mais en même temps ils vont tous le chercher au Japon, qu’est-ce que ça veut dire ce truc? »

Bon, j’ai bien réfléchi. J’ai écrit sur l’ordi il y plusieurs semaines, j’ai écrit sur papier pendant les petites heures de la nuit pendant les vacances italiennes….j’ai même découvert récemment des trucs sur ce machin appelé shiho, que je ne savais pas, sur la transmission de trucs secrets….puis à la fin, vous savez quoi?
Bah en fait faut le dire : tout ça me prend la tête, me gave, bref, tout ça ça me fait chier, car en fait, tout ça, c’est tout, sauf le dharma de paix et de bonheur du zen comme le disait Dogen.

En fait, je cherche le sens que peut avoir le fait de courir après un petit bout de papier qui va stipuler que tu fais partie de la famille du vrai zen de Dogen depuis x générations, et que tu as tout fait comme il faut pour pouvoir être reconnu comme maître zen.
Une amie qui suivait une maîtresse zen shihotée, me racontait comment sa relation s’est finie à coup de poings sur la figure, quand elle lui a dit qu’elle ne maîtrisait pas ses émotions et qu’elle ne pouvait pas la reconnaître comme maîtresse véritable (bon, elle lui avait demandé des tas de trucs, genre s’occuper de l’autel alors qu’elle n’avait pas de voiture, dormir dans la même chambre, bref, la relation de vraie soumission basique où tu ne t’appartiens pas).
Un autre copain me racontait un autre pratiquant, qui un jour a branché un maître contemporain, en lui disant « bon, moi je continue avec toi, mais si tu me donnes le shiho, sinon je vais chez y ». Il lui a dit ok, mais d’attendre un peu. Il l’a eu, mais ça lui a couté beaucoup de fric, et il est revenu sans trop de moyens, se demandant pourquoi un maître est accueilli comme ça.
Bon, je ne sais pas tout, et peut-être tout ça est très déformé, mais je raconte comme j’ai entendu, et j’assume ma subjectivité.
Tout ça pour dire que ça ne respire pas vraiment, même si c’est des conneries ces histoires, la paix et le bonheur.
Une autre, qu’on m’a dite : une responsable de dojo devait le recevoir de Me Y…Me Z l’a su, étant responsable de pas mal de groupes de son secteur, et il lui a envoyé un mail pour l’inviter à ne pas recevoir le papier si enivrant.
Et une autre encore, dans le même secteur. Quelqu’un qui suivait un enseignant, déçu par son comportement relationnel lors de sa venue pour une sesshin, avec le groupe, s’est mis en relation avec le maître de son maître. Qui a fini par lui proposer le shiho après un bon temps de relation suivie. Le premier l’ayant appris, il a tout fait par envoi de mails et autres trucs, pour dégrader la remise de shiho en simple remise de préceptes.

Voilà, tout ça pour dire qu’il y a dans tout ça, outrancièrement d’enjeux politiques et de pouvoir, par contre je ne vois pas où se trouve la réalisation spirituelle…elle a l’air d’avoir bien disparu.

Ma question, que la lecture d’un article aujourd’hui a fait resurgir (en fait c’est pas tant une question qu’une sensation), est de savoir s’il atteste d’une réalisation spirituelle, ou s’il ne verrouille pas plutôt l’appartenance à une lignée. Donc à une nouvelle famille identitaire, renforçant le processus qu’on rencontre lors des différentes ordinations.
Cela est-il libérateur, ou propose-t-il une aliénation plus subtile?
Je vous invite à lire le point de vue exprimé ici

http://www.eyeofchan.org/all-articles/articles-by-author/articles-by-chuan-zhi/909-institutionalized-zen.html
C’est en anglais, malheureusement pour les non-anglophones. Mais très intéressant.
Il fait des rapprochements avec les processus utilisés lors des bizutages pour renforcer la cohésion d’un groupe, et aussi, un point qui m’a frappé, c’est la cérémonie d’entrée dans l’âge adulte où en fait l’on quitte sa famille pour entrer au monastère, la famille bouddhiste remplaçant quelque part la famille d’origine, avec tout ce que ça consiste de déprogrammation-reprogrammation par divers moyens de mise à l’épreuve du corps et de l’esprit.
Je ne savais pas ce point, et me demande si en fin de compte, on n’a pas importé un pur produit d’une culture à travers l’ordination dans le zen (où l’on nous dit textuellement qu’on quitte sa famille et que la pratique passe avant).

Il existe deux autres points qui m’ont interpellés :
« La seule authenticité de la transmission d’un Maître ne réside ni dans un cursus, ni dans la validation par des institutions, mais dans la seule transmission sincère et intime de la part d’un maître qui lui même est inscrit par le Shiho dans la lignée des Bouddhas. » Ecrivait quelqu’un qui l’a reçu.
Ainsi que le fait que lors de sa remise, des trucs secrets de Dogen sont remis à l’impétrant. Des enseignements. En fait, ça me laisse penser que le zen soto a succombé à une forme d’ésotérisme de la transmission, à créer du mystère par-dessus le Mystère.

Le fait de déclarer que l’authenticité d’un maitre ne dépend que du fait que quelqu’un qui ait le shiho le remette à un autre (excusez, peut-être préjugé-je, mais c’est ce que je lis dans cette phrase de façon assez claire, à la limite l’expérience ne compte pas autant que le lignage certifié physiquement par un papier), ne me semble rien d’autre qu’un processus de lignée arbitraire.
Bref, tu es validé par l’ancètre. Si c’est un fils bâtard de la famille, qui ne porte pas le nom, tu ne fais pas partie du clan.
Donc pour moi le zen est quand même hautement habité de tout un tas de trucs liés à la filiation, à l’appartenance, à quelque chose presque plus clanique que dharmique.
Est-ce libre ou est-ce la plus pure reproductions de tous nos conditionnements psychologiques les plus archaïques?

Bref, pour revenir aux histoires ci-dessus, quand je vois les enjeux et la violence de ce que ça peut engendrer (je suppose qu’il y a plein d’autres histoires savoureuses du même tonneau), on peut se demander alors, pourquoi tant de haine, pourquoi tant de stress, alors qu’au Japon, tous les moines sont shihotés après trois quatre ans de cursus.
Pourquoi donc, pour en revenir à la question de base, nous n’aurions pas, nous pratiquants occidentaux, un équivalent après trois ans de pratique dans un temple, dix ans de pratique laïque? Hein?
Alors pourquoi faire entendre que le shiho ici est plus authentique que là-bas (au Japon)?

Bref, tout ça en fait me trouble et ne me remplis pas de bonheur. Tout ça sent trop l’embrouille, tout ça sent trop l’église. Tout ça sent trop ce qui corrompt le coeur et l’âme, l’attachement aux objets phalliques du pouvoir, avec bien sûr la prétention de ne pas l’être!
C’est plus facile de ne pas être attaché à avoir le shiho quand on l’a, tout comme de ne pas se faire de souci pour l’argent quand on en a!
Il y a plusieurs années, certains avaient contesté certains shihos et leur légitimité.

Mais mon questionnement reste le suivant : le shiho représente-t-il vraiment une certification de réalisation spirituelle de quelqu’un? Et si ce n’est pas le cas, est-il utile qu’il continue d’être utilisé comme il l’est maintenant? Autrement dit vaut-il quelque chose ou n’est-il qu’une décoration?
La forme exprime-t-elle le fond, ou n’est-ce que du décorum et du folklore, qu’on utilise pour mener ceux qui y croient (car faut y croire, et moi j’ai choisi la personne que j’ai suivie parce que je croyais dans le fait que son shiho certifiait la réalité d’une expérience, et elle me semblait alors valide).
Mais cette expérience, est-elle irréversible ou corruptible?

Pour ma part, j’aurais tendance à penser qu’il ne faut reposer sur rien.
En tous cas, voilà ce que j’avais à en dire, et mon sentiment est que nous devrons réfléchir et modifier le rapport qu’on a à ces aspects formels de la pratique, si on ne veut pas qu’elle devienne formaliste. Il en est de même à mon avis avec ce qui concerne l’ordination (j’ai un jour entendu quelqu’un dire qui voulait devenir nonne « mais on est obligé de choisir un maître »….j’avais envie de lui dire « fais semblant » puis part avec qui tu veux, on n’est pas obligé d’appartenir à quelqu’un pour se faire ordonner, et une relation se construit dans le temps, et surtout sans contrainte!).

Sur ce, ne vous prenez pas trop la tête avec tout ça : une chose à ne pas oublier, le zen dont parlait Dogen n’est même pas l’apprentissage de la méditation assise, mais le parfait dharma de paix et de bonheur…qu’est-ce qu’un bout de papier viendrait nous pourrir la ventripotente extase du sourire du Bouddha jusqu’aux deux oreilles?

Bisous la compagnie.
J’espère que vous finissez bien les vacances, et préparez bien la rentrée.

A bientôt.

Publicités

19 réflexions sur “Shiho or not shiho?

  1. Merci pour ce texte.

    C’est comme à l’école: Les meilleurs enseignants ne sont pas toujours les plus savants.

    Moi je suis bien content que le transporteur qui apporte les surgelés jusque chez moi soit certifié par un organisme officiel qui m’assure qu’il respecte bien la chaîne du froid. Ca ne garantit rien à 100%, mais c’est beaucoup mieux que pas de garantie du tout.

    Après, la question de savoir si ce transporteur certifié connaît mieux que moi tous les produits qu’il m’apporte, est-ce vraiment important?

    Si ça lui fait du bien de le croire, je gagnerais quoi à le détromper?

    Mais bon, je dis ça, je ne dis rien, je ne faisais que passer.

    Amitiés

  2. Bonjour, passant passeur!
    Intéressante comparaison, mais que je n’arrive pas à suivre.
    En effet, il ne s’agit pas là d’avoir la garantie d’un produit dans un bon état : ce qui est transmis, est-il un objet, est-il quelque chose?
    Il ne s’agit pas d’un objet : ce qui est transmis est sans contenu, il s’agit de transmettre la possibilité de s’individuer, et pour moi, si ce n’est pas un produit, c’est un autrement profond problème éthique, qui ne peut se garantir par des certificats, mais un travail permanent, collectif, et personnel, sur la nature de cette éducation. Car pour moi c’est d’une éducation qu’il s’agit.
    C’est d’ailleurs le terme que Deshimaru employait, et je pense à raison : il disait qu’il voulait former des éducateurs. Si l’on voit un maître comme éducateur, cette vision du maître me semble juste. Mais si c’est juste quelqu’un qui a un diplôme et qui le présente comme garantie, moi j’attends de voir comment il enseigne, comme garantie.

    Le fait de garantir de faire partie d’une lignée, pour moi, ne garantit en aucun car une réalisation, une compétence, un éveil réel, un accomplissement.
    Il n’est que la garantie de la lignée!…encore faut-il savoir que, historiquement, celle-ci a été sujette à nombre de raccomodages, ruptures, bricolages, pour justement qu’elle semble continue jusqu’au Bouddha là où parfois elle ne l’était plus.
    On est gouverné par plein de gens qui ont fait de grandes écoles et ont eu de super diplômes…cela en fait-il de bons gouvernants??

    Ce qui est important ne serait-il pas plutôt que notre pratique soit reliée à celle du Bouddha ici et maintenant, et n’est-ce pas garantir cela qui serait plus important, que garantir une lignée d’appartenance? Bref, l’esprit plus que la forme?

    La garantie, c’est savoir si la pratique est réelle, vivante, actualisée actuelle, ou si c’est une imitation de trucs médiévaux répétés comme des perroquets, avec une mesure du temps à rester assis immobile, et du temps d’engagement personnel au sein d’institutions reconnues (bref, une mesure du temps où l’on est visible dans la communauté pour la communauté, du temps où l’on n’est pas disponible dans sa vie personnelle, qui peut pourtant être aussi le lieu d’expression de la Voie et être certifiée comme telle), comme critères visibles de réalisation spirituelle. Dans ce cas, c’est juste une question de facteurs extérieurs, quel rapport alors avec une croissance intérieure?
    Combien de gens ai-je connu qui avaient vraiment un quelque chose, mais qui n’étaient pas validés parce qu’ils ne donnaient pas assez à la communauté selon des critères non-dits mais critères de sélection à une appartenance clanique? Tout ça pour quoi? Pour que les troupes soient là pour faire bouillir la marmite. du groupe, du dojo, de l’institution, de l’enseignant.
    Est-ce cela une pratique fondée sur le fait d’éveiller les gens? Ou est-ce juste un nouveau conditionnement qui profite à un autre système qui prétend nous libérer de celui dont on veut être libre?
    Et tout ce truc sur la transmission, qu’on mythifie à outrance, est-il libérateur dans ce contexte?

    Que veut-on du transporteur? Qu’il soit garanti? Qu’il connaisse sa marchandise?
    Le problème, c’est pas tant que le transporteur soit garanti. C’est savoir ce qu’il fait le jour où sa réfrigération tombe en panne, comment il gère le truc. C’est plus ça qui m’intéresse.
    C’est, non pas qu’il sache tout ce qu’il a dans son camion, c’est qu’il sache où l’amener, quoi en faire, et quoi faire si problème il y a. Ce qui m’intéresse c’est qu’il soit bien formé, et qu’il soit intéressé par le rester, bien formé. La garantie, c’est juste un petit plus théoriquement pour s’assurer de tout cela. Théoriquement!

    Après, la différence, par rapport à ce que tu dis, c’est que c’est le pratiquant lambda, qui n’a pas les attributs de la transmission, à qui l’on fait croire des choses à ce sujet : on lui inculque que c’est la tradition, que la certification s’est toujours faite ainsi. « Ca s’est toujours fait ainsi », n’est-ce pas rassurant pour notre désir de pérennité, d’appartenance à un groupe, à une histoire, à une identité sociale? Cela balaie toute critique, tout commentaire, on n’a pas besoin de penser, on sait où aller, ça nous épargne les doutes et l’incertitude.
    Mais le problème c’est que ça peut nous épargner d’être conscients!
    En général ce n’est pas le pratiquant lambda qui a les moyens de tenter de renverser les appareils de croyance de ceux qui l’enseignent, parce qu’il n’a en général pas les arguments ni la connaissance, à moins qu’il ne se fie profondément à son ressenti, qui lui, est le meilleur juge, quand on l’écoute profondément (cela arrive parfois et donne en général lieu à des confrontations un peu raides et parfois fort marrantes, souvent profondes, et tout au moins dérangeantes pour qui enseigne, et souvent un départ de celui qui sait qu’il ne peut continuer dans ce genre de milieu sans y perdre sa liberté).
    Moi aussi j’ai fantasmé sur le shiho. Qui ne l’a pas fait? On y croyait tous, j’ai été bercé par toutes les petites histoires du zen, et on peut y croire, elles parlent de réalisation, d’éveil.
    C’est à ça que je croyais. Que je veux croire encore.
    Mais je pense qu’on doit vraiment revoir ce système, car pour moi , il sert surtout à soutenir un système ecclésiastique qui se met en place, auquel peu de gens ont choisi de souscrire.
    En plus c’est un système très couteux : le shiho donne lieu à pas mal de frais et d’enveloppes dans les temples. Croyez-vous que ce sont ceux qui y vont qui paient tout de leur poche? C’est aussi la communauté qui est mise à contribution. Ces points méritent d’être questionné : je n’ai pas envie de payer la garantie de quelqu’un. Surtout s’il gagne déjà du fric avec la pratique.
    J’ai déjà pratiqué avec un maître, qui était salarié du dojo, qui avait le shiho, et qui au moindre coup de trafalgar, nous a laissé tomber.
    Et malheureusement, la plupart des personnes qui reçoivent le shiho aujourd’hui, ne me convainquent pas profondément.
    Alors comment puis-je trouver tout cela crédible?
    Toutes les personnes que je vois autour de l’histoire du shiho, particulièrement dans le zen soto, finissent pas être prises dans des histoires violentes, des rivalités, des trucs qui ne sont pas zen du tout. Est-ce cela qu’on veut pratiquer? Moi non.

    Tout cela devra changer, à mon sens, pour que l’on puisse considérer que le bouddhisme s’est acculturé en Occident. On ne va pas continuer à singer des japonais, il nous faut retrouver nos propres formes de validation de transmission, et surtout retrouver un esprit de travail sur le fond, l’éthique, les méthodes d’enseignement et de transmission, avant que de se prendre la tète sur le diplôme qui sanctionne ce cursus.
    Le contenu est bien plus important que le contenant, et je n’ai pas l’impression que l’on valorise tant le contenu, que le contenant, ces dernières années.
    Et là est à mon avis le coeur du problème sur lequel travailler en priorité, et laisser les formalités de côté.

    Mais tout ceci est bien sûr, ma perception subjective, qui ne prétend pas détenir la vérité ultime, mais juste l’expression de ce que je perçois là où j’en suis.

    Bon cheminement.

  3. Je crois que nous sommes en phase sur l’essentiel, Laurent.
    Et je saisis l’occasion de dire que j’ai appris beaucoup en visitant votre site. Merci pour ça.

    Le fond du problème, selon moi, survient quand on prend le maître-transmetteur d’une tradition pour un maître-éveilleur.
    Il peut arriver qu’on tombe sur un gazier capable de porter les deux casquettes, je n’en doute pas, mais moi ça ne m’est jamais arrivé.

    Sur mon chemin, j’ai rencontré des maîtres qui transmettaient des traditions, et c’était mieux qu’elles soient transmises fidèlement plutôt que d’être bidouillées à la sauce personnelle de chacun.
    Et puis j’ai aussi fait des rencontres, de temps en temps, qui m’ont aidé à trouver mon chemin au milieu de ces traditions.
    Simplement, ce n’était pas les mêmes personnes.

    Je ne dis pas que c’est comme ça que les choses devraient être, ni que c’est comme ça que la tradition dit qu’elles sont, je dis juste que c’est ça qui m’est arrivé dans cette vie, rien de plus.

    Pour prendre encore une autre comparaison/parabole, ça me fait penser au Dharma vu comme une barque:
    C’est mieux que la barque soit fabriquée de manière traditionnelle par un artisan reconnu et certifié comme tel.
    Le fabriquant de la barque pourra même nous apprendre à ramer.
    Mais c’est pas lui qui nous guidera pendant ta traversée.

    Je le redis, je sais bien que ce n’est pas là la manière traditionnelle de voir les choses.
    Je sais bien que « normalement » le Maître (ne jamais oublier la majuscule!) est censé être ton ami intime, ton mentor tout-puissant, celui qui a déjà fait tout le chemin et qui saura te mener à bon port si tu as l’humilité de t’abandonner totalement à sa sublime sagesse.
    C’est le discours officiel et on a besoin qu’il y ait des discours officiels.

    Mais quand je lis le Soutra de l’Estrade, je ne peux pas m’empêcher de penser que les choses ne se passaient déjà pas comme ça dans le monde réel à l’origine du Chan. Et je me dis que Huineng a eu bien raison de prendre le kesa et de fuir en courant ce tas de bureaucrates! Je l’imagine même riant à plein poumons dans sa fuite.
    Mais je vois bien aussi qu’après, pour pouvoir transmettre à nouveau les techniques de la tradition, il a bien fallu raccommoder la lignée et sauver les apparences en inventant toute cette histoire rocambolesque de transmission secrète de nuit.

    On a donc besoin des deux, je crois.
    On a besoin de bureaucrates-ecclésiastiques-transmetteurs_de_coutumes-estampillés comme Shenxiu et on a besoin aussi de voyous-bousculeurs-éclaireurs comme Huineng.

    Bon, j’espère que je n’ai choqué personne en disant ça.
    Ce n’est qu’un simple point de vue perso et surtout, toute ressemblance avec des personnalités du zen français contemporain serait totalement fortuite!

    🙂

  4. Rebonjour, En passant.

    Oui, je suis d’accord avec toi, nous sommes en phase sur l’essentiel. Merci de me dire que tu as appris ici, c’est difficile pour moi de savoir si ça apporte, j’ai très peu de retours, mais ils sont en général du même ressort que le tien.
    En fait, je ne fais rien que me permettre d’exprimer ce que j’ai réprimé longuement tant que j’étais justement dans les ressorts du fonctionnement traditionnel et que je laissais le pouvoir de la parole à l’autorité censée délivrer la vraie parole de l’enseignement.
    Mais cela n’a pas été un choix, et c’était et c’est encore comme une question vitale.

    Donc je me dis, autant partager ce que je vois, même si ça peut être un truc délirant, à qui peut en faire quelque chose. Sortir d’une vision normatisée d’après les critères de la sainte vérité dharmique. Car pour moi, le bouddhisme, le vrai le pur, ne peut ressembler à ça.
    A vrai dire, le bouddhisme, le vrai, le pur, pour moi, ne peut même pas ressembler à lui-même !
    Qui pourrait enfermer la Réalité tout entière dans une boîte conceptuelle, même appelée « bouddhisme » ?

    Ton post pose très très bien la contradiction entre les différents rôles du maître éveilleur, et du maître transmetteur.
    C’est justement là que ma critique se pose : à mon avis on ne lève pas la confusion que beaucoup projettent sur ceux qui enseignent, et je pense que ça les arrange : ça alimente le fond de commerce.
    C’est une question pour moi, qui tente, tentons car on est plusieurs, de proposer la pratique à autrui…j’ai le sentiment que parfois certains veulent une étiquette avant le contenu, et du coup ils partent vers ce qui leur en propose. C’est une des raisons qui me pousse à me réaffilier à une structure.
    Après, je pense qu’on a besoin de structure.
    Je n’ai pas choisi d’être sans, ça fait neuf ans que je fais sans, mais je crois que c’était nécessaire pour sortir du fonctionnement fusionnel du groupe clanique, et voir toutes les névroses d’appartenance, toute la dynamique de recréation d’un autre groupe familial et sociétal qu’on produit sous le couvert d’une pratique spirituelle, et comment on reproduit des schémas sans en prendre conscience tout en prétendant se libérer de tout de façon absolue.
    Bref, comment on se raconte une histoire au nom de la vérité, et comment derrière toute cela on a des dynamiques qui relèvent d’ordres féodaux avant tout, plus que de pratique de libération.

    Le fait que tu (je me permets de te tutoyer, et je te propose de faire ainsi avec moi) dises que tu n’as pas vu de personnes capable de combiner les deux rôles, maître éveilleur et transmetteur, en dit long sur la situation. Au final, la vraie transmission ne consisterait-elle pas à se libérer de tous ces rôles aussi ?
    Mais il me semble évident que les signes distinctifs manifestant un certain statut, donnent une charge à qui en est détenteur, et cela n’aliène-t-il pas les personnes dans un rôle à jouer, dans lequel on n’a plus le droit à l’erreur, dans lequel on doit être un exemple, dans lequel en fait on doit être tellement bon, dans lequel on doit tellement répondre à une image idéale de ce qu’est un être réalisé, qu’on ne peut pas être à la hauteur de l’exigence, et que cela corrompt l’homme en le rendant indisponible à lui-même ?
    Est-ce que tout ça n’est pas trop ?
    Tout comme les vœux de chasteté finissent par aboutir aux problèmes de pédophilie dans l’Eglise ?

    C’est réellement une question, une amie me racontait son enseignant, embauché par les autorités centrales…du jour au lendemain, elle l’a vu se flétrir, devenir moins ouvert humainement…il était pris dans la machine. Alors, est-ce cela le dharma de paix et de bonheur ?
    J’entends ce que tu dis sur les discours officiels. Qu’il y ait des discours et des instances officiels, pour moi, pas de problème. Par contre, je ne suis pas sûr qu’on ait besoin de discours officiels qui rajoutent une couche de confusion, d’illusion, et font croire que la lumière est là où en fait elle n’est pas. Mais à côté de cela, je perçois la nécessité d’apprendre à reconnaître qu’il faut composer avec cet aspect de la nature humaine, avec ces dynamiques de pouvoir, avec la corruption potentielle, avec l’avidité se manifestant même au nom des idées les plus pures. Et admettre que certains veulent en fait de cela, se nourrissent de cela, veulent qu’on continue à alimenter le moulin à illusions.
    Pour moi c’est toujours douloureux à admettre, et je me dis que je suis idéaliste, mais voilà, c’est ainsi.
    Et la difficulté, le challenge, c’est comment composer entre principe de réalité, et continuer à incarner nos idéaux.

    Après tout la question consiste à comprendre ce qu’est la nature d’une tradition et le sens de la maintenir.
    Si on la définit pas des formes identifiables, des rites, des textes, ou si on inclut dans cette définition le sens-même de la réalisation d’un être humain.
    Si l’on choisit cette dernière option, qui consiste à définir comme tradition un outil d’individuation, alors on a là quelque chose de plus difficile à définir !
    Mais bon, je vais être taquin, mais pour moi préserver une vraie tradition, c’est préserver le fait de ne pas la rendre définissable trop facilement !

    Après, je pense que ces problèmes naissent à partir du moment où l’on oublie le vrai pourquoi de la pratique : la paix, le bonheur, la réalisation d’un état de libération, la libération elle-même.
    Je pense que quand on oublie le but, alors l’humain, qui a besoin d’agir, de faire, passe toute son énergie à laisser des traces plutôt que continuer à tracer le chemin vers le sommet.
    Au final, est-ce que ce ne serait pas dû au fait d’avoir perdu l’origine de la pratique ? La première question, celle de la souffrance ? Ne serait-ce même pas dû à une perte de foi ?
    Celui qui m’a appris zazen a dit un jour « rappelez-vous votre première question ! ».
    Je peux te dire, ma première question c’était « comment ne pas crever tout debout dans ce monde »…tout le reste, éveil subit, progressif, bouddhisme, ou pas, je m’en foutais gravement !
    C’est pour ça que je pense que toutes ces controverses naissent d’un ennui et d’un manque d’investissement sur des projets plus concrets.
    En tous cas, le rôle du maître, ainsi que tu en parles, me semble à redéfinir, et je pense surtout que chacun doit se réapproprier la responsabilité du maître en soi, et qu’on doit sortir des clichés qu’on nous assène issus de la tradition : si on doit se donner totalement au maître, alors la réciproque doit être également valable. Pas de transaction inéquitable.

    Quant à ce que tu dis sur la transmission du chan, et bien on doit sortir du mythe, ça a été une histoire bien construite, mais je suis en train de lire « bouddhisme chan en mal d’histoire » de Bernard Faure, et il explique toutes les controverses sur les lignées, leur création, les concurrences, bref, toujours pareil !…et l’histoire dit (cf J.Brosse), que Houei Neng n’était pas si concurrent avec ShenXiu, mais qu’il lui envoyait des disciples. On a beaucoup romancé l’histoire, il nous faut sortir des mythes pour pouvoir justement transmettre un enseignement qui ait du sens, dont on comprenne les origines pour savoir où l’on veut aller.

    Sinon ton point de vue a le droit de cité, s’il choque qui que ce soit, la réponse est toujours possible.
    Bien sûr toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé !……ah ah !

  5. Cher Laurent, Cher tous,

    Quand tu m’a parlé de faire un article sur le shiho j’ai émis des doutes sur la pertinence car je me suis dit que cela n’est pas utile, je pensais que tu voulais régler des comptes. Mais à vrai dire bien au contraire si il y à quelqu’un qui doit se faire le devoir d’en parler c’est toi qui connais bien le sujet et les rouages du zen. Même si tu es timide ou crois l’être tu sais amener les sujets pour faire avancer les choses.
    Mon histoire diffère de la tienne car j’ai découvert le bouddhisme tibétain vers 15 ans, à ta différence je ne suis entré nul part mais j’ai cheminé douloureusement seul en refusant d’entrer dans telle ou telle maison et sans suivre personne. Il m’aura fallut 20 ans pour être serein avec ma pratique et 5 ans de plus pour arriver à ce que je suis aujourd’hui maintenant. Nous sommes quand même nombreux à douter, je rencontre dans toutes les traditions des gens qui doutent, on pourrait monter une nouvelle voie La Tradition des Gens qui Doutent. Bon … ici on parle du shiho donc je me recentre.

    Ce que tu racontes et ton point de vue raisonnent chez moi, il est évident qu’il y’a un problème dans on va dire l’encadrement de tout groupe d’humains, l’homme reste un animal et fonctionne en meute il a besoin d’un mâle dominant. On retrouve ces comportements de meute partout et donc dans le zen. On peut atteindre un niveau de réalisation super balaise mais on reste quand même humain avant tout.

    En passant parle de ses produits surgelés cela me rappelle mon ancienne vie. J’étais gérant d’une supérette et je me faisais livrer des produits surgelés en roll adapté pour les produits surgelés. Toutes ces marchandises livrées par les soins de mon fournisseur principal Casino. Donc le transporteur était super certifié par l’Etat et par Casino. Plusieurs fois en contrôlant mes rolls surgelés je constatais que mes produits n’étaient pas à moins 18. Alors que faire… On dit rien on ferme les yeux sachant que l’on risque l’intoxication pour nos clients ou on refuse les produits à plus de -18 ?Eh bien oui il faut refuser les produits pour ne pas rendre malade et faire souffrir de gastro nos clients…
    Je me suis levé pour dénoncer un problème. Car si mes produits n’étaient pas conformes à la réglementation c’est parce que dans l’organisation et dans la chaine du froid des gens n’ont pas fait leur boulot alors qu’ils sont payés pour.

    Peut être que ces personnes qui n’ont pas fait leur boulot sont sous payés ou travaillent dans des conditions éreintantes (le travail en chambre négative est très néfaste pour la santé) ? Le résultat est là… Alors oui j’ai dénoncé car ce n’est pas normal toute la relation peut être brisée à cause de cela, je risque de rendre malade des gens.
    Alors pour moi le shiho c’est pareil, et pourquoi ? Parce que maitre ou pas Maitre on a quand même affaire a des êtres humains mue par des émotions et des désirs cachés, même si ils ont atteins un niveau de « détachement » exceptionnel…

    Je m’imagine Laurent que l’on peut être certifié le jour ou l’on ne cherche plus à être certifié, mais alors certifié par qui ? Par nos amis qui cheminent à nos cotés, même si au fond on chemine seul on est pas tout seul a emprunter le chemin. La relation de frères ou d’ami de bien est bien plus gratifiante que tous les bouts de papier. Pour le zen la problématique est semblable. Et allons plus loin dans le bouddhisme d’une manière générale il y a un problème dans les relations entre les mMaitres par rapports aux élèves…

    Qui peut se targuer de dire qu’untel est éveillé. Au fond, se le dire soi-même ou se le faire certifier est une illusion car lorsqu’on est éveillé a quoi cela sert il de le savoir et le faire savoir ? Alors un bout de papier …

    PS : tu écris bien mais tu parles bien aussi… Deuxième retour positif, cool
    et puis tu parles de truc secret c quoi ?

  6. Les trucs secrets…C’est secret! Je le dirai quand je le saurai, et pour ça, faut qu’on me donne le shiho!
    Tu parles du groupe, des amis de bien : en fait tout ce processus de validation, théoriquement ne repose pas sur une seule personne. Autour, la communauté valide aussi une personne.
    C’est un système de régulation sociale.
    On n’est pas validé par l’autorité si quelque part toute la communauté ne nous a pas validé.

    Effectivement, tu pointes bien le problème : si on sait qu’on est éveillé, on n’a pas besoin d’être validé. En fait, la certification intervient parce qu’elle est inutile.
    A mes yeux, pour répondre pleinement à sa fonction, en fait elle ne devrait être que l’expression de la gratuité la plus totale : le don de quelque chose qui ne sert à rien à quelqu’un qui n’en a pas besoin de la part de quelqu’un qui n’en a pas besoin non plus.
    En effet, certifié par qui? Par quelqu’un pour qui la question du « qui » n’a plus d’importance.
    En fait ça devrait être un jeu, une danse, une fête.
    Un truc où l’on célèbre l’éveil de tout le monde à la fois.
    Quelque part, le shiho sanctionne la fin d’une relation fusionnelle, l’entrée dans l’individuation.
    Mais bon, c’est l’image idéale que j’en ai, le souhait que j’ai de son usage vertueux, et non pas que ça devienne le lieu d’attributs de pouvoir.

  7. Chers amis,

    Bon, c’est pas pour m’incruster dans ce fil, mais je pense que dans notre réflexion on oublie un peu les débutants. OK, on est tous débutants, mais je parle de ceux qui cherchent un endroit pour prendre un premier contact avec le Zen, voire plus largement avec la méditation.

    Comme le disait Laurent dans un autre article, les gourous auto-proclamés-attrape-gogo sont légions. Alors les certifications, ça vaut ce que ça vaut, mais ça permet quand même d’éviter le pire.
    Il n’y a pas longtemps, j’ai eu à conseiller un endroit à quelqu’un qui cherchait un premier contact. Et bien j’ai envoyé cette personne dans un endroit « shihoté kasher » (peu importe lequel) en lui disant que c’était mieux de commencer là. Et je le pense sincèrement.
    Je ne vois pas le shiho comme un aboutissement pour le cherchant, mais comme une garantie minimale pour le débutant.

    Il se passe la même chose dans beaucoup de sports ou de pratiques artistiques. Sauf rares exceptions, ça réussit mieux quand on commence par la formation académique, avec un prof certifié par l’état. Ce n’est qu’après quelques années de figures imposées qu’on peut se libérer et avancer par soi-même. Même Picasso a commencé comme ça.

  8. D’accord avec toi En Passant mais après il se passe quoi lorsque l’on est sur « la brèche » et que l’on cherche autre chose que ce que nous proposent nos traditions respectives qui ne correspondent pas à ce que l’on est.

    Pour être clair, que faire, ou aller lorsque l’on arrive au bout (en toute modestie) de ce qu’on croyait être la voie (forcement on est pas au bout de ce chemin là). J’imagine mon cheminement comme un voyage sinueux qui me laisse entrevoir certaines choses plaisantes mais des que je m’attarde et que je porte mon regard en profondeur, j’y vois toujours de la souffrance a cause de l’avidité de l’homme, je parle des différentes traditions du bouddhisme que je connais. Si s’engager dans le zen ou Tibétain ou autres c’est garder le doigt sur la couture cela n’a pas de sens le bouddhisme est vivant et c’est chacun qui l’enrichi. Les gens qui doutent sont légion, les déçus, les floués sont légion…

    On est d’accord qu’il faut démarrer quelque part mais a un moment donné lorsque l’on sait et que l’on a la capacité et les ressources nécessaires pour ouvrir une autre voie, il m’apparait évident qu’il faille y aller.

  9. Yep!

    Je crois qu’il y a un temps pour apprendre « et puis c’est tout ».
    Suivi d’un temps pour continuer à apprendre tout en explorant de plus en plus librement.
    Suivi d’un temps pour continuer à apprendre, continuer à explorer, tout en transmettant.

    Et je crois que tu as raison aussi sur ton dernier point: Quand on sait qu’on a les capacités et les ressources nécessaires pour passer à l’étape suivante, alors il faut y aller!
    « Do it ! » était le slogan des hippies. C’était il y a si longtemps… Ils n’avaient peut-être pas tort sur tout.
    Toute la difficulté, selon moi, c’est de ne pas se lancer trop tôt, sinon tu te casses la g*eu*e.
    Ni non plus trop tard, sinon tu passes à côté de ta vie.

  10. Bonjour ,

    Ah ! La fameuse discussion byzantine sur le ( trop ) fameux shiho. Certifier quoi ? Cela n’aurait de valeur qu’intime. Mais chercher l’approbation pour la rendre opposable aux tiers … une ambition mondaine comme les autres. Samsara…

    Pour un tiers, vu de l’extérieur, cela n’a de valeur que pour ceux qui y croient. Que m’importe par exemple qu’un individu lambda proclame posséder une vérité absolue, au seul motif qu’un chef de secte l’a certifié ( scientologie, ou autres … ).

    Bien sûr, la « méditation » doit être enseignée par des instructeurs qualifiés. Mais ce n’est là que préliminaires. L’effort … qui précède la grâce …

    C’est une expérience intime. Reconduite d’instant en instant.

    Un sourire devant une fleur qui tourne au sommet d’une montagne. Deux regards qui se croisent, où « maître et disciple » se reconnaissent l’un l’autre. La spontaneité retrouvée de l’enfant…

    « En conséquence, si vous prétendez
    être parvenu à la Connaissance,
    quelle connaissance avez-vous obtenue ?
    Je n’ai pas besoin
    d’exprimer ma vérité.
    Au printemps les fleurs s’épanouissent,
    puis elles tombent
    et s’assimilent à la terre. » ( IKKYU )

    Salut à tous !

  11. Oui, il faut y croire, comme tu le dis.
    Et ce qui serait bien, c’est de valoriser la compétence des instructeurs dont tu parles. L’idéal serait que la certification dont nous parlons, exprime la valeur de cette compétence.
    C’est ce que je croyais.
    Mais il ne faut pas oublier, qu’un diplôme, c’est bien, mais il faut continuer à se former, sinon on est largué.
    Rien n’est jamais acquis.

  12. Shinza parle d’une grande fête de l’éveil c’est chouette, cependant la fête c’est tous les matins. On est en vie on est en France et … français … donc on a le loisir de se prendre la tête pour un bout de papier alors qu’autour de nous et dans beaucoup de pays des gens n’on même pas accès au papier hygiénique et aussi des centaines de milliers qui veulent des papiers tout court.

    Non mais plus sérieusement oui on se réveille on est en vie en possession de tous ses moyens c’est un bon réveil. Alors l’éveil ne serait il pas lorsque l’on se révèle complètement a ce que l’on est. Vous allez me dire forcement oui mais alors cet éveil est solitaire on est d’accord donc aller chercher un papier n’importe ou. Ou est le sens et sincèrement ça me rappelle un truc pour maintenir les foules pour donner envie aux gens de rester, de pratiquer, payer et de se mettre à plat ventre devant des êtres sensés être réalisés. Alors moi je parle d’asservissement, dans ce cas le plus petit des petits est plus éveillé qu’un grand maitre car celui ci est dans la réalité de la souffrance, dans la subsistance avec de petits riens.
    Ce sont ces petits que beaucoup méprisent. Non pour moi un bout de papier n’a pas de valeur sauf pour aller au chiotte (je ne voudrais choquer personne bon en même temps on est entre gens doués d’humour)
    Alors pour nous qui sommes chanceux cet éveil peut se manifester par ces petites actions justes de tous les jours, ces petits rien.

    Comment valoriser les compétences des instructeurs… Pourquoi la Sangha ne pourrait pas noter l’instructeur , Si il n’obtiens pas la moyenne on en prend un autre… Tu vas me dire qu’il y aurait des dérives politicienne… Ce ne serait pas pire que maintenant. Mais noter les instructeurs les obligent à rester face à la réalité des petits rien quotidiens …

  13. Bonne idée, la notation des instructeurs!
    Ca me rappelle un site internet qui avait fait scandale et sur lequel les élèves de collège notaient leurs profs. :-))
    Ca serait drôle d’essayer.
    Un « Tripadvisor » de la libération spirituelle. Ya des sous à faire!

    Sinon, il y aurait peut-être une autre solution: Le contrat à durée déterminée:
    – Si au bout de 3 ans tu es capable de marcher tout seul, ça veut dire que l’instructeur est bon et tu le quittes pour continuer tout seul.
    – Et si au bout de 3 ans tu n’es pas capable de marcher tout seul, ça veut dire que l’instructeur ne te convient pas et tu le quittes pour en chercher un autre.

  14. La transmission du Dharma est une n’est pas une reconnaissance institutionnelle énorme, les moines soto japonais le reçoivent avant même de recevoir le grade de hosho ou enseignant. Ce n’est donc pas la peine d’en faire un plat… ce n’est pas la fin du chemin, même pas du petit chemin institutionnel.
    On est souvent trompé par les histoires du Zen chinois, Chan, ou les histoires du Zen Rinzai. Dans ses écoles la transmission du Dharma survient traditionnellement bien après le grade d’enseignant autorisé. Le nombre de moine pleinement transmis dans le Rinzai est d’ailleurs relativement réduit.

    Dans le Dharma,
    Yao Xin

  15. Bonjour, et bienvenue.

    Je suis bien d’accord.
    Le problème, c’est que la majorité des gens ne sait pas tout cela, et se laisse abuser par ce qu’on leur dit, et aussi ce qu’on ne dit pas qui ne permet pas de démonter les projections qui sont faites (et qu’on connaît bien généralement!). Et donc se laisse abuser par un fonctionnement qui utilise l’espoir de ces personnes, de recevoir le machin authentique.
    On n’est pas seulement trompé par les histoires du zen chinois, japonais, soto ou rinzai, ou toute autre mythologie qui en fait relève d’une construction mentale et historique complète.
    On est aussi et surtout trompé par tout ce qu’on voudrait qu’il soit, et sur ce point, je pense qu’un grand nombre d’enseignants laissent faire cela, et cela les arrange pour en recevoir les bénéfices premiers et secondaires…et c’est si facile de rendre les ouailles responsables des illusions qu’ils projettent sur nous quand on ne fait rien pour les balayer lorsqu’elles nous concernent! En ce sens les enseignants ont une responsabilité éthique, a fortiori quand ils vont voir en Chine, au Japon ou ailleurs, comment ça se passe, et ne démentent pas les mythes que beaucoup se font.
    Après, je pense vraiment qu’il faut retrouver le sens profond de ce qu’on appelle transmission. Utiliser ce mot comme étant porteur d’un « quelque chose », me paraît réduire totalement l’ampleur de ce dont il s’agit (c’est à dire l’explosion nucléaire de toute saisie conceptuelle à la racine, à mon très humble avis). Pour cela, le terme « pleinement transmis » me gène quelque peu. On dirait qu’il s’agit d’une outre à remplir, et pour moi il ne s’agit pas de cela.
    Mais bon, je peux me tromper…ce sujet est tellement vaste!

    Cordialement.

  16. Il ne s’agit pas de se tromper ou pas… comme vous le dites le sujet est vaste, chacun exprime ce qu’il expérimente selon ses interprétations propres. On ne cesse de se construire une histoire.
    Je souris toujours quand je regarde les petites guerres de clocher entre les écoles Zen d’Occident. Et encore il ne s’agit que des écoles d’origines japonaises, les choses sont tellement plus compliquées lorsque l’on prend en considération les branches chinoise, coréennes et vietnamiennes, d’autant qu’elles ont toutes developper des formes occidentales aussi (reformée/séculière/semi-monsatique / comme l’AZI avec ses moines pouvant se marier par exemple)
    Vous mentionnez d’ailleurs un article de Chuan Zhi Shakya qui est l’abbé du ZBOHY-hsuyun.org, un excellent article typique du ton des maitres issus du Zen Buddhist Order of Hsu Yun, je suis pour ma part vice-abbé de l’autre partie de cet ordre, s’étant séparer en deux en 2003/4: ZBOHY-zatma.org. Vous voyez que la graine du schisme et de la scrutinerie à outrance est partout… mais la pratique sincère reste et prends sans cesse de nouvelles formes. Ces « stratégies d’adaptation » sont aussi la marque d’un bouddhisme qui s’installe, s’adapte et dans ses affres parfois violent, s’occidentalise.
    Il ne faut pas idéaliser l’Orient. De grands maitres ont étendu leurs enseignements jusqu’à nous et les ont planté fermement dans nos terres d’Occident. Mais, tant en Chine qu’au Japon, la situation de ce dernier siècle est une situation de constant et grave déclin. Avec, là aussi, un bouddhisme chinois et japonais qui revient à ses sources, qui se reconstruit… et donc se ré-invente une histoire, tout comme nous le faisons en Occident.

    En passant, vous dites: « le terme « pleinement transmis » me gène quelque peu. On dirait qu’il s’agit d’une outre à remplir, et pour moi il ne s’agit pas de cela. » Je comprends parfaitement cette gêne, je la partage parfois, alors que j’ai moi-même reçu «la transmission» et ne me considère pourtant pas comme «un maître Zen» avec tous les flonflon qui vont avec. A ce sujet mon maître pointait le fait que «Récipient du Dharma» (Dharma Vessel), peut aussi être entendu comme «Vaisseau du Dharma». L’un peut être entendu comme immobilité/Vide, l’autre comme mouvement/Manifestations…
    Quoiqu’il en soit, merci pour votre site. Continuez à partager la Voie telle que vous la vivez, seule cette sincérité là importe!

  17. Hello tous, le fil date un peu mais enfin je tombe dessus aujourd’hui.

    En retraite chez les moines de la forêt, un de mes enseignants déclare en réponse à la question « êtes vous éveillés ? » : dire oui ce serait me mettre en avant, dire non ce serait nier tout ce qui m’a amené là. En tout cas, mon maître ne m’a jamais dit : ça y est, tu es prêt, enseigne. Et pourtant, je suis là.

    Ce fil est magnifique, parce qu’il traite de « l’après » de la pratique formelle, de l’après du groupe, d’une forme d’ascension qui plonge dans une autre. Quand j’étais franc maçon, on m’a incité à passer maître alors que je ne le sentais pas, quand je suis venu au bouddhisme, on m’a empêché d’avancer à mon rythme, et au lieu de tracer sur les crêtes je piétinais en cumulant des rites et une histoire dont je n’avais que faire.

    Mais une structure, c’est bien pour se structurer il faut un temps pour ça. Tout casser, c’est bien pour se libérer du maître. il faut aussi un temps pour tout casser.

    Aujourd’hui je me nourris de plusieurs traditions, je côtoie plusieurs maîtres, avec des cycles d’enseignement dits « avancés » et d’autres pas, en faisant des passerelles entre tout ce que je vois. Je synthétise, je teste, je travaille, j’étudie, je médite, j’invente et je transmets à partir de là ou je suis.

    Je ne suis pas dépositaire certifié de tout ce que je transmets, je n’ai donc pas en charge de faire perdurer une institution ou un savoir particulier… Ouf. Je transmets simplement l’essence que j’ai moi même reçu, et la seule chose qui me permet de juger si je suis apte à le faire, ce n’est pas mes maîtres approuvant ma démarche ou non. Ce sont les personnes à qui je transmets, tout simplement.

    Si je me questionne sur l’état de l’arbre je regarde ses fruits ?

  18. Bonjour Mira.
    Désolé d’avoir vu si tard, moi aussi je suis peu collé à mon propre blog!
    Tout à fait d’accord avec cette réflexion.

    Juste dommage que vos coordonnées ne soient pas ou plus accessibles, je vous aurais bien envoyé un mail pour discuter plus avant.

  19. Je viens de lire cela.
    1- Les trucs « secrets » ont peut-être existé il y a longtemps, mais aujourd’hui, ce qu’on appelle « trucs secrets » est de Polichinelle.
    2- Tu rapportes: « La seule authenticité de la transmission d’un Maître ne réside ni dans un cursus, ni dans la validation par des institutions, mais dans la seule transmission sincère et intime de la part d’un maître qui lui même est inscrit par le Shiho dans la lignée des Bouddhas. » Il y a un problème d’interprétation. C’est comme le Bac. Si tu as passé le Bac dans un pays ou une école où les questions et la façon de corriger l’épreuve sont sérieux, ton Bac veut dire quelque chose (du moins pour ceux qui sont avertis de la réalité). Si tu viens d’une académie où on le donne carrément pour rester dans les statistiques, c’est un torchon sans valeur.
    Shiho veut dire « diplôme » et c’est juste une cérémonie et un document attestant de ce qui s’est passé avec l’enseignant qui le décerne. Mais si tu renverses la proposition et que tu donnes au document la valeur de ce qu’il décrit, tu tombes dans le piège dénoncé et dans le Sûtra du Diamant, et dans le Sûtra du Lanka.
    Il existe des écoles bidon où tu vas recevoir un « doctorat ». Tu peux le faire encadrer, cela fera joli dans ton salon, et tu pourras t’en targuer pour frimer auprès des amis ou des employeurs distraits; mais n’essaie pas de le faire valoir auprès d’universitaires sérieux.
    C’est pour cette raison qu’il y a les doctorats de l’Université d’Oxford, ou de Cambridge, ou autres universités prestigieuses, et le doctorat en sociologie d’Elisabeth Tessier ou ceux en astrophysique des frères Bogdanov…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s