le vrai bouddhisme, encore…

Bonjour.
J’ai lu aujourd’hui la dernière réponse de cette file :

http://www.shobogenzo.eu/archives/2013/03/27/26750504.html#c67913133

Du coup cette dernière réaction m’a interpellé, et m’a suscité la réflexion suivante.

Tout d’abord c’est très intéressant, cette question de la construction mentale. On dirait que c’est une exclusivité occidentale, et que les bouddhistes théravadins vivent dans la seule réalité qui soit viable, connaissent le seul modèle valable de bouddhisme, la seule vérité vraie du vrai dharma, et que tout le reste puisse être balayé d’un revers de manche au nom de l’hérétique construction mentale (après tout, pourquoi pas, c’est tellement mieux de refuser le risque de penser une pratique que de tenter de la comprendre).
Bon, le zen utilise le même genre de réponse pour couper court au débat, je suppose chez les tibétains ça existe aussi.
Cela dit, autre question pour moi : si ce modèle est si universel, comment se fait-il qu’il est si peu adopté et soulève tant de questions voire de résistances?
Ce qui me frappe dans l’histoire racontée du bouddhisme, et du Bouddha, c’est que l’intéressé n’a laissé aucun écrit. Mais que toutes les traditions ont toujours un argument qui vient du fondateur lui-même. C’est assez génial comme procédé rhétorique!
Alors malgré vingt ans dans le zen et qu’on nous ait seriné que la vérité est au-delà des écritures, une lecture historique des choses ne me paraît pas indécente, ni d’assumer ma culture pleinement influencée de partout par un conditionnement judéo-chrétien (qu’on ignore tellement et que connaître fait partie pour moi d’une réelle investigation du dharma au sens pratique bouddhiste du terme).
Et donc je ne vois aucune preuves écrites de la création d’un ordre monastique proprement dit par le Bouddha, avec des codes aussi rigides. On en parle surtout de fait, dans les sutras.  Il y a eu de 200 à plutôt 400 ans avant la production des premiers écrits, récupérer l’histoire et la raconter comme ça arrange, me semble plus plausible.

On a bien fait de Jésus le boss d’une entreprise patriarcale appelée Eglise, alors qu’il était ouvert à la présence des femmes et à plus d’égalité sociale, je subodore fortement que la mise au ban d’Ananda en discréditant son image (oui, celui qui a fait entrer les femmes dans la communauté), pour mettre en avant Mahakasyapa l’austère, satisfaisait plus une bonne rebrahmanisation du bouddhisme en bonne et dûe forme, avec un bon système patriarcal masculin, et plein de règles pour le contrôle. J’ai assisté au même type de phénomène dans le zen en France, on a vu ce que ça donne en vingt ans.
Et toutes les lignées bouddhistes, que ce soit tibétain, zen, theravadin, me semblent éminemment patriarcales, hormis certains laïcs et yogis qui sont là la marge du système (et à mon sens c’est plus sain!). Lire le témoignage de Vickie Mc Kenzie sur sa retraite au Tibet, où elle raconte la mysoginie des monastiques, et au contraire la tolérance et l’ouverture des ermites yogis.
Donc il ne s’agit nullement d’adapter une pratique aux occidentaux  : si elle est universelle, elle doit marcher. Si ça ne fonctionne pas si bien chez nous, c’est qu’il y a un problème réel. Et identifier le bouddhisme à un modèle monastique où une frange de la population vit en dépendance de dons, où l’on doit avoir quand même des laïcs qui vivent dans le non renoncement afin de procréer et travailler pour faire naître de futurs moines et nonnes et leur donner à manger, me semble relever d’un équilibre social qui à mes yeux pose sacrément question sur le modèle dont il s’agit. Notamment sur le caractère universel de ce modèle, et son « adaptabilité ».
Et 2500 de reproduction d’un modèle qui a quoi qu’il en soit subi des transformations dès qu’il a quitté sa zone géographique d’influence, donné lieu à de grandes diversités et aussi pratiques laïques (peu connues car souvent squeezées par les gros système monastiques qui sont, il faut le dire, de gros business financiers), c’est à dire en gros tout sauf un modèle unique, cela signifie que ce qu’on appelle bouddhisme n’a rien d’une réalité univoque, mais est très hétérogène. Ce qui veut dire que l’expérience dont parle un pratiquant du théravada est souvent une autre langue que celle dont parle un pratiquant du vajrayana ou encore du zen, sans parler d’un bouddhisme chinois de la terre pure, ou d’autres encore.
Alors forcément, quand ça heurte de plein fouet un autre contexte socio-culturel, ça pose une question, forcément : les orientaux sauraient-ils quelque chose mieux que nous?
Pour ma part, il n’y aura aucune réponse sans un vrai dialogue, une vraie mise en perspective de ces cultures différentes, ces modèles différents. Et sans concessions de part et d’autre. Comme dans toute expérience de la vie réelle (travail, couple, famille), qu’étonnamment le modèle monastique tend à vouloir considérer comme un obstacle à l’éveil, quand on le lit littéralement…..alors qu’à mes yeux c’est là que l’essentiel du boulot est à faire.
Comme l’écrit Guillaume, la distinction moine-laïc devrait être abolie (j’ai reçu l’ordination de moine et je n’en parle plus, c’est à mes yeux quelque chose d’intime, qui n’a pas lieu d’être affiché car ça suscite trop d’idéalisations fausses). Tout comme la notion de maître, dévoyée et sujette à trop de projections qui aboutissent à des abus.
Bref 2500 ans, c’est temps de faire le point et le ménage. Après tout, le Christ comme le Bouddha, se sont permis ce genre de remise en cause du système en place. Et je ne suis pas certain que le fixer était leur intention de base.
Mais cet avis ne regarde que moi.

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