Etre nonne ou moine dans le zen

Bonjour à toutes et tous.

J’ai une correspondance de loin en loin avec l’un des lecteurs de ce blog, qui questionnait la question de l’identité de moine (et donc nonne) dans le zen.
Pour préciser le contexte, j’ai reçu l’ordination de moine par un successeur de maître Deshimaru en 1997. Ma compagne qui partage mes jours, a reçu aussi cette ordination.
Et le lecteur qui me parle, j’espère qu’il ne m’en voudra pas de trahir cette information, mais je le laisse dans l’anonymat, vit aussi avec une nonne dans le zen. Ordination que lui n’a pas reçue.
Je songeais à lui faire une réponse personnelle, même si j’avais déjà commencé, mais je pensais que ce sujet était utile à être partagé, ce qui est l’esprit de ce blog au départ. Car je pense que ces questions concernent pas mal de monde.

En substance, je lui avais écrit (nous parlions zen et punk!): « …je dirais que le punk est plus proche de l’esprit taoïste (mais le zen c’est du bouddhisme taoïste), de ce côté libertaire. Je pense que le modèle monastique est aux antipodes de ça, par contre les ermites oui [sous-entendu: les ermites sont proches de ce côté libertaire] »
A cela il m’a répondu: « le fait d’être moine est lié au modèle monastique. J’ai du mal à comprendre comment tu as pu devenir moine. Cela m’étonnerait beaucoup par exemple que XXXXXXX se fasse ordonner un jour. »
J’ai donc répondu que mon ordination de moine était une manifestation évidente de ma foi dans le fait de continuer la pratique de zazen.

Cela lui a donc suscité la réponse suivante, sur laquelle je voulais poursuivre et développer plus en détail mon argumentation:

« […]c’est comme si pour le toi le fait d’être moine ne renvoyait pas obligatoirement à la vie monastique. Je sais bien qu’il existe dans le zen des moines errants non rattachés à un monastère mais ils sont plutôt rares, non? OK il suffit que ça existe.

J’ai beau vivre avec une nonne. J’ai du mal à comprendre. Pour elle aussi c’était de l’ordre de l’évidence. Pour moi ça n’a rien d’évident. Ca viendra peut-être ou ça ne viendra peut-être pas. On verra. »

Pour comprendre tout cela, il faut simplement avoir quelques connaissances de l’évolution du zen en France. Et des différences de représentation sur ce qu’est être un moine zen, et depuis la grande rejaponisation du zen soto qui a été opérée depuis les années 1998-2000, toute une imagerie à ce sujet a été construite, pour ne pas dire reconstruite.
Je tiens d’ailleurs à rappeler que les opinions que j’exprime sont totalement personnelles, que je parle au nom d’aucune organisation, seulement en mon nom propre et que c’est un point de vue subjectif, avec lequel on peut ne pas être d’accord, mais que je m’autorise à énoncer sur ce support dont je suis responsable. Donc si elles sont discutables, elles sont le fruit de mes conclusions personnelles à partir de mon expérience vécue. Ce qui veut dire que je pèse mes mots quand j’exprime mes arguments, ils s’appuient sur plusieurs années de vécu, et aussi de digestion de ce vécu.

Déjà, concernant le point portant sur la vie monastique, lorsque j’étais ordonné, il n’y avait aucune « vie monastique » proprement instituée. Le seul temple connu actif dans la lignée de Deshimaru était la Gendronnière, il y avait des permanents, l’obligation d’être moine n’étais pas une condition, et le fait est que les permanents qui y résidaient étaient souvent des gens au RMI, bref des gens avec un soutien financier leur permettant de financer leur séjour. Peu onéreux, mais néanmoins dépendant d’un système. Soit on a des revenus suffisants pour ne pas travailler, soit on avait une situation d’aide sociale.

Cela m’a toujours questionné sur la validité de ce modèle non reconnu comme il peut l’être au Japon où les moines et nonnes ont un rôle social « officiel », un financement, une structure.
Ici, en 97, rien de tout cela n’existait, et d’ailleurs pour rien au monde je ne l’aurai voulu.
Depuis de nouveaux temples ont fleuri, leurs responsables veulent valoriser cette sorte de modèle, mais personnellement je n’y crois pas. Il cultive à mon sens une différence entre pratiquants « d’élite », et les autres, les non-moines. Et pour être moine de temple, il faut pouvoir se permettre d’arrêter de travailler, ce qui était d’ailleurs plus facile dans la conjoncture des années 70 à 90 que maintenant, et dont la sangha de Deshimaru a fortement profité, je pense. Maintenant, c’est un statut qui est plus accessible à des gens en ayant les moyens, et je pense que ça cultive le clivage social et une certaine condition de supériorité sociale. Bien sûr, cela ne sera pas dit, dans le discours social égalitariste du bouddhisme, mais l’on peut observer la même tendance qu’au Japon: le zen devient une pratique pour les gens aisés, à un certain niveau d’implication.

Donc pour moi, en plus alors étudiant, ayant été ordonné disciple laïc en 96, bodhisattva, comme on dit dans la lignée Deshimaru, en fait il m’a paru évident de demander l’ordination de moine, un peu comme on valide un diplôme, comme on achève un cursus.
Le discours hérité de l’enseignement de Deshimaru était que l’ordination de moine était la manifestation de notre volonté de continuer zazen éternellement, pour moi confirmer ma relation avec les trois trésors, les préceptes, me semblait tellement évident, ainsi que le fait de porter le kesa (même si j’ai mis onze ans à coudre le mien), et aussi du fait de mon engagement dans la vie du dojo et en sesshin, ma relation avec celui qui m’avait ordonné, qu’il n’y avait pour moi aucun obstacle, aucune contradiction. Comme quelque chose dans le droit fil de ma vie. Quelque chose de vivant. De senti. Pas le fruit d’un calcul, d’une volonté d’avoir une identité spéciale ou un statut particulier.
A l’époque le discours était moins chargé de tas de trucs à penser, et en fait ça s’est fait comme en suivant le cours d’une rivière.

Puis par la suite, tout de suite après, d’ailleurs, les choses se sont mises à changer.
En 98, a été inauguré le temple de Weiterswiller, le premier « autre temple » après la Gendronnière.
Et concomittamment, le rapprochement avec la soto shu japonaise, avec les shiho de Michel Bovay et Raphaël Triet, puis par la suite d’Olivier Wang Genh et Jean-Pierre Faure. Puis d’autres par la suite.
Après l’an 2000, je l’ai vécu là où je pratiquais, plusieurs dojos et centres ont été passés au rang de temple.
Mais beaucoup de ces choses étaient surtout des évènements administratifs. Pour verrouiller la légitimité d’un système en quête de légitimité de l’opinion et des pouvoirs publics.

En 95, dans la première journée de zazen que j’ai faite dans le dojo où je pratiquais, un godo parisien a été questionné sur les relations avec le Japon: fallait-il en avoir ou pas pour le zen de Deshimaru en France?
La réponse a été celle-ci: « il faudra reprendre les relations avec le Japon, mais pour des raisons politiques ».
Au moins cela avait le mérite d’être clair et non ambigu.
Bon, depuis ce godo a réussi a obtenir le shiho d’un disciple de Kodo Sawaki qu’il avait rejoint pour avoir au moins un lien avec la lignée dont descendait Deshimaru, contrairement à tous les autres…puis quelques années après, il a rompu les liens avec lui, lui faisant comprendre que c’était lui le maître, ceci, comme on me l’a rapporté, sous prétexte de « protéger sa sangha ».
Bref, lui qui prétendait être plus authentique que les autres, a fait pareil: il a obtenu son titre, puis a mis sur la touche celui qui le lui a transmis.

Donc tout ce truc sur ce qu’est être moine, etc…est un discours qui a été construit pendant plusieurs années, pour coller à un modèle du clergé japonais, alors que c’était tout le contraire de ce que Deshimaru a voulu faire vivre.

On a peu à peu obligé les gens à normaliser les couleurs de leurs kesas pour qu’elles ne soient plus que marron ou noires. Aux maîtres les couleurs les plus chatoyantes!
Un gars qui avait un kesa marron clair cousu avant la « réforme » s’était fait reprocher de porter un kesa de maître! Si ça ce n’est pas de la fixation sur la forme!

Et on a codifié les relations, pour arriver à imposer des fonctionnements rigidifiant les liens avec les enseignants.
Un jour, un copain m’a raconté une pratiquante, qui lui a dit qu’elle ne pouvait pas demander l’ordination de nonne car on lui avait dit que pour ce faire, elle devait obligatoirement choisir un maître. Bref, on a conditionné l’ordination au fait d’avoir choisi un maître.

Dans les années 97, il n’y avait alors qu’un seul détenteur de shiho dans l’AZI, l’autre était mort et le troisième parti. Ceux qui donnaient les ordinations étaient les godos. On les considérait comme des maîtres enseignants. Cela ne faisait pas de différence avec le fait d’avoir le shiho ou pas. On pouvait devenir bodhisattva avec un godo, puis moine avec un autre, puis pratiquer encore avec un autre.
Pour ma part, j’ai pratiqué avec la plupart des godos d’alors. Parce que j’étais libre alors. Et que je pratiquais le zen là où je pouvais. Je ne choisissais pas la personne, je choisissais la pratique. Et de prendre ce que la personne avait à transmettre.

Et puis, à l’époque, le lieu central était la Gendronnière. Même si certains pratiquaient spécifiquement avec tel ou tel godo, à un moment de l’année, et particulièrement la sesshin d’hiver, tout le monde se retrouvait ensemble, rassemblé.
Quand les différents nouveaux temples se sont multipliés, que les godos ont commencé à faire leurs camps d’été ailleurs, alors là les choses ont changé, le coeur de la Gendronnière s’est peu à peu vidé, et a cessé de devenir le centre de rassemblement qui était pour moi comme un coeur vivant. Pour moi ce mouvement de développement était prématuré, même s’il était inéluctable. Mais il s’est fait sans attendre que le centre soit vraiment fort. Les nouveaux maîtres ont été impatients de devenir les nouveaux maîtres.

Je ne développerai pas plus ces aspects quelque peu historiques, mais ils peuvent éclairer la différence entre le vécu d’il y a vingt ans et celui de maintenant.
Je maintiens que tout ça est une construction, une pensée arbitraire. Un conditionnement.
Pour moi, l’ordination c’était justement désirer cesser de vivre conditionné. Et on en a fait un nouvel habit, un nouveau conditionnement, juste plus subtil, la construction d’un ego dharmique qui se croit au-delà de l’ego « ordinaire ».

Si l’on remonte du temps du Bouddha, les moines étaient itinérants. Ils allaient et venaient, et mendiaient leur nourriture voire leur coucher. En échange de l’enseignement.
Le modèle monastique s’est figé vers le 6e siècle en Chine, particulièrement avec Hyakujo (« un jour sans travail, un jour sans manger »). Mais il existait aussi des communautés laïques. On en parle dans le livre de Jérôme Calmar sur le chan.
Le modèle japonais s’est donc fortement inspiré de la tradition monastique, mais il ne faut pas oublier qu’historiquement, Dogen est tombé dedans petit…la vie monastique a été sa famille, ayant perdu son père et sa mère très jeune. Je pense qu’il ne faut pas négliger que cela a été très conditionnant dans le zen soto.

Mais on n’oubliera pas non plus qu’en Chine, le modèle monastique a été fortement réprimé en l’an 849 par l’empereur: les temples étaient devenus des propriétés foncières très riches, la population préférait s’engager dans une carrière religieuse plutôt que cultiver la terre ou tisser ou autre chose, et face à cet état de fait, l’empereur a démantelé nombre de temples et défroqués moults nonnes et moines.

Ce qui a protégé le zen d’alors, c’est qu’un maître comme Hyakujo s’est démarqué du modèle monastique dépendant des dons, en astreignant les moines à travailler (son célèbre enseignement « un jour sans travail, un jour sans manger »), pour ne pas dépendre des seuls dons extérieurs. D’où le fait que les temples zen ont dû rester un peu plus modestes, et n’ont pas subi autant l’opprobre de l’empereur de par leur modèle.

Après, un temple est un lieu de pratique et de formation. Si nombre de moines de temples n’ont laissé aucun souvenir dans la mémoire collective, des personnages comme Ikkyu ou Ryokan, pour le zen soto, ont laissé une empreinte forte. Et s’ils avaient moines de temple, à un moment de leur vie ils ont choisi de vivre hors du temple, soit en ermitage, soit parmi le peuple…et souvent les deux à la fois: ermites allant visiter le peuple.

Pour moi, la signification la plus forte de cette ordination était « Shukke », le fait de quitter sa demeure et de se prosterner lors de la cérémonie en direction de sa famille.
Je pense que c’est un acte d’individuation comme une nouvelle naissance, où l’on reçoit un nouveau nom. Pour moi ça a eu une importance forte. Et donc peu à voir avec le modèle monastique ou pas.

Je n’ai jamais en fait pensé que le fait d’être moine s’opposait à être laïc…si zazen signifie rejoindre sa condition normale, devenir moine signifiant continuer zazen, signifie donc vouloir rejoindre sa condition normale. Pas devenir un être spécial se distinguant des autres par des attributs spéciaux. Je pense que Deshimaru le voyait ainsi, mais avec le recul je pense que ce statut devrait être remis en cause, voire supprimé. Car cause de trop de malentendus.
Car pour moi aujourd’hui, le fait d’être moine ou nonne est trop souvent utilisé pour affirmer une nouvelle identité, une « identité de substitution », comme disait un enseignant que j’aime beaucoup, qui lui a eu le courage de quitter tout ça à la veille d’être intronisé maître. Qui n’a pas voulu d’un rôle, mais qui a voulu juste être.

Voilà, je suis loin d’avoir éclairé toute la question.
Je pense de plus en plus profondément que la pratique laïque, la pratique dans la vie normale, réelle, ordinaire, est en fait la plus profonde, exigeante, et difficile. Bien plus difficile que de se retirer dans un lieu fermé à l’abri des problèmes du monde.

Aujourd’hui j’en suis là et je n’ai pas plus de réponse.
Et en plus je pense que ce n’est pas du tout grave!

Bien à vous toutes et tous. En vous souhaitant que tout aille bien dans votre vie.

 

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16 réflexions sur “Etre nonne ou moine dans le zen

  1. Merci… Vous éclairez un peu plus ma lanterne… Vous me rassurez même… Vous me confortez dans l’idée que le statut de moine ou de nonne ne devrait pas élever au rang d’élite.

  2. Salut
    Sans les moines et les monastères pas de zen-sôtô. On pourrait dire la même chose de l’église Catho…des papes, des évêques mais sans eux pas de Rois Catholique et de pays qui s’appelle la France, sans les moines un pays est sans terroir.
    Il est clair que les moines n’ont pas les soucis du tout-venant, ils ont en d’autres.

  3. En fait on ne sait pas si sans les moines ou monastères il n’y aurait pas de zen soto.
    Mais ça existe, et puis c’est historique: Dogen était un pur produit du monde monastique, il a perdu ses parents tout gamin, il a été élevé dans le système monastique, ça a été un peu sa famille: comment ce conditionnement n’a-t-il pas pu imprégner l’identité du zen soto?

    Cela dit, le statut de moine ou de nonne ne devrait pas élever au rang d’élite, mais il y a dans tout ce fonctionnement, en tout cas celui que je connais, des éléments qui conduisent ceux qui peuvent y être vulnérables, à se prendre pour quelqu’un, une sorte de sentiment de grade supérieur.
    Après, j’ai eu la chance de mes malchances. Déjà j’étais un moine déshabillé, j’ai mis onze ans à avoir mon kesa, donc je n’avais pas la panoplie complète. Quelque part je crois que je ne voulais pas. On nous disait: « les moines devant », ceci soit-disant pour des raisons pratiques, déployer le zagu, se prosterner avec le kesa. Je n’ai jamais réussi avec tout ça. Moi j’aimais bien le fond avec les débutants. C’est cool les débutants, ça aide à se rappeler ce que c’est, avoir été celui qui ne sait pas, qui n’y arrive pas, qui n’a pas encore construit de convictions, de certitudes, qui se jette dans le vide sans aucun artifice. Parce qu’après on commence à avoir élaboré des stratégies, on se place dans le truc, on s’arrange de l’éveil, de la pratique, on construit l’égo dharmique, et je pense que peu de gens savent montrer que cette illusion est pire que celle qui est déjà là avec notre souffrance ordinaire. L’illusion d’avoir atteint un truc spirituel spécial que les autres ne peuvent pas comprendre. L’illusion qu’on maîtrise un truc que les autres ignorent.
    Il y a des gens qui ont une motivation très sincères. Souvent, je pense, ils ont souffert profondément au point d’avoir dû laisser l’armure ouverte et la poser pour ne pas mourir d’eux-mêmes. Ou ils ont eu la chance d’une éducation, ou leur propre sensibilité, ouverte au vivant, qui reste ouverte, vivante.
    Et d’autres s’emparent de ce statut pour en refaire une identité de substitution, pour arborer une nouvelle parure égotique. Derrière les mêmes peurs restent, les mêmes désirs de compensation restent, en fait rien ne change, la névrose s’est juste transposé dans un monde supposé délivré de cela. Mais l’humilité est revendiquée, le fait de ne pas avoir l’éveil est revendiqué, de ne rien vouloir atteindre est revendiqué.
    Mais le jour où on retire toutes leurs responsabilités et leur rôle à ces gens-là, alors on voit si c’était vrai ou si c’était juste un discours de façade.
    Je le sais: je l’ai vécu!

    Et en fait, à la fin, tout ça est tellement peu important face aux vraies souffrances du monde!

  4. Que le système monastique ait conditionné Dogen peut-être mais qui suis-je pour y trouver quelque chose à redire, je ne suis qu’un simple pratiquant avec ses doutes, faiblesses et qui en est encore à être emmerdé par de petits riens
    Quant au moines et nonnes que j’ai pu rencontrer et que je rencontre encore régulièrement, je n’ai jamais eu l’impression qu’ils se prenaient pour une élite ou qu’ils jouissaient d’un rang différent, ce que je peux dire c’est que leurs mots m’ont souvent portés, peut-être aussi une question de chance sur mon parcours.
    Je peux aussi écrire que le simple pratiquant que je suis à souvent montré bien plus d’arrogance à leurs égards que le l’inverse.

  5. Tant mieux si tu as rencontré des moines et nonnes qui t’ont aidé.
    Ce que j’interroge, c’est le discours sur ce que cela représente dans notre société française et occidentale, je connais ce discours depuis plus de vingt ans, j’ai moi-même reçu cette ordination il y a plus de vingt ans, et j’interroge le vrai sens de ce que signifie cela.
    D’ailleurs, être moine ou nonne ne signifie pas cesser d’être un simple pratiquant avec des doutes, faiblesses, et qui n’est plus emmerdé par des petits riens!
    Celui que je considérais comme mon maître, se laissait très facilement emmerder par des petits riens, et nous emmerdait aussi avec ces petits riens: perso je suis plus zen que lui, et ce n’est pas une prétention, c’est juste un constat!

    Ce dont je parle, c’est que ce sentiment de faire partie d’un groupe à part, est très insidieux: ceux qui le développent, et j’en ai fait partie, le font sans aucune conscience de le faire. Juste ils y croient parce que c’est comme ça que c’est inculqué. Ce n’est donc même pas questionné. Jusqu’au jour où.
    Mais bon, moi je l’ai questionné, parce que j’étais (et suis encore) moine dans ce système. Je n’en ai même pas fait exprès. Ca s’est fait juste à l’usage. Parce qu’étant usager et acteur dans ce système, forcément je questionnais le fonctionnement du machin. Enfin, ça c’est moi, car beaucoup ne questionnaient rien du tout. Ce qui pour moi peut se comprendre, mais si on pratique un truc pour être conscient, on ne pratique pas aveuglément, mais en sachant le sens de ce qu’on fait. Et j’ai constaté que le sens de ce qu’on fait est parfois une question dérangeante pour certains. Alors que pour moi c’est une base incontournable. Si on fait des choses parce qu’on nous dit de le faire, alors qu’elles n’ont pas de sens, je pense qu’on ne s’éveille à rien du tout. On ne fait que trouver un nouveau groupe dans lequel sentir une appartenance pour ne pas se sentir seul.
    Il est très facile de feindre la bienveillance, l’écoute, l’amour inconditionnel. Puis le jour où tu mets, consciemment, ou le plus souvent inconsciemment, le doigt dans la faille, alors là on voit surgir des réactions parfois fort violentes. Tant qu’on n’a pas remis en question le système dans lequel ça fonctionne, tout va bien.
    Et dans le zen, j’ai constaté des comportements d’une violence éthique pire encore que dans la vie « réelle », si j’ose m’exprimer ainsi. Dans la vie « ordinaire », on s’attend à ce que la violence puisse s’exprimer, l’égocentrisme, et toutes ces pulsions primaires. Dans la vie « dharmique », on s’attend à ce que des efforts pour que ces tendances s’effacent existent surtout chez les pratiquants les plus « avancés ». Et parfois on réalise qu’en fait, il n’en est rien, voire que c’est pire, parce que ça se fait de façon dissimulée, en utilisant ses atours de moines et son aura spirituelle pour cacher les pires violences intestines, haines ordinaires non surmontées…je ne parle pas d’un caractère un peu entier, de défauts qui sont tous sauf graves à vivre, mais de choses bien plus profondes que cela.

  6. Moi,je fais partie d’aucun groupe…. Je suis tranquille… Ma nonnerie ne concerne que moi…puisque j’ai et excretée du groupe… Et c’est leur problème….. Voili voilou…. J’ai mis 9 ans à les mettre devant cette évidence
    Tranquille…

  7. Salut Shinza… j’ ai parcouru tes messages, et j’ y vois bien ceux du spéléologue qui se déleste de l’ apparence pour atteindre le fond… c’est bien ce fond qui nous aspire, et il s’agit bien de se délester de toute apparence… bonne continuation !

  8. J’ai beaucoup de mal à saisir, j’ai l’impression que tu voudrais que le zen s’adapte à chacun mais c’est forcement impossible, le contraire plutôt.
    En quoi faire parti d’un groupe à part est insidieux ? Que veut dire à part ?
    Partons du principe de ne rien attendre de personne, ça évite peut-être une souffrance future.
    Tu penses que les gus qui sont à la tête de ses groupes à part, le développe sans conscience, ils seraient aveugles ? Bêtes et méchants, pire même si on te lis, ils seraient démoniaques.
    Ce n’est pas l’image que j’en ai.
    Et puis on ne peux pas feindre l’amour où alors je suis vraiment niais, bref…
    Ce que j’ai découvert, c’est que la fréquentation des temples, la vie monacale ne doit être qu’un passage, ça ouvre trop de portes pour se contenter d’une seule, j’ai depuis quelques temps la sensation que nous vivons dans un monde harmonieux mais ce n’est pas le sujet.
    Si tu le désires, si tu veux le fond de ma pensée, je t’envoie un mail, tu fais comme tu veux.
    Je crois que tu es un écorché vif et dans ce cas, on manque de rationalité.
    Bonne soirée.

  9. Tu peux croire ce que tu veux de moi.
    Je sais juste de quoi je parle.
    Et je sais d’expérience que dénoncer ce genre de choses est juste inacceptable pour ceux qui veulent croire à ce système.
    Ce que je dénonce, c’est que c’est un système avec des croyances véhiculées et construites, et comme je connais assez de gens qui témoignent d’autres choses, je suis parfaitement capable d’avoir d’autres sons de cloches complétement différents de ce qui est donné à voir.
    J’ai des amis qui vont au Japon régulièrement, qui sont en contact avec un ancien disciple de Kodo Sawaki, et qui par son intermédiaire ont connu d’autres moines dans des vrais temples, et me décrivent un zen aux antipodes du formalisme développé en France. Qui en plus prétend que c’est le zen comme au Japon!
    Après, je ne vais pas refaire mon histoire: j’ai été ordonné moine, en 97, j’ai donc quelque chose à en dire, et j’en entends tellement depuis longtemps, ça ne peut me laisser indifférent.
    Après le vécu de chacun est subjectif, ce que je respecte totalement.
    Mais beaucoup de gens n’ont pas et ne respectent pas forcément mon vécu et les conclusions que j’en tire, parce qu’en fait c’est insupportable pour l’appareil de croyance qu’ils se fabriquent. Mais je suis désolé de ne plus pouvoir renoncer à ce que je suis et ressens sous prétexte que ça dérange un système de croyance partagé par un groupe qui renforce son système de croyance pour se conforter dans une identité particulière.
    Or, ce que j’ai compris du vrai zen, et je pense dire sans prétention que je le savais avant même de commencer, c’est que c’était l’effondrement total de toute croyance et prétention mentale à contrôler le monde, et d’attachement à son identité propre. Un « endommagement total », comme disait Kodo Sawaki.
    Après, j’ai la chance d’avoir rencontré parce qu’elle est près de chez moi, notre unique actuellement prètresse taoïste française. Elle ne prétend rien, fonde tout sur son expérience, a aussi reçu un enseignement réel et cohérent sur le plan intellectuel, ce qui fait cruellement défaut aux pratiquants du zen français, et elle est juste gentille, sans prétention, et je n’y ressens pas la rigidité qui habite trop de nombreux pratiquants du zen.
    Mais peut-être que mon discours n’a aucune utilité pour toi et qu’il ne concerne en rien ton vécu.
    Mon propos n’est pas d’influencer qui que ce soit, ce sont mes réflexions personnelles, subjectives, à recevoir comme telles.

  10. Oui, il s’agit bien d’elle.
    Elle reconnaît ma pratique bien plus que plein de gens du zen..alors qu’elle n’a rien à envier à personne avec ses 15 ans en Chine.
    Elle est très simple, et je l’apprécie beaucoup.

  11. Si tu penses que l’enseignement intellectuel fait défaut aux pratiquants de zen ? Là on sent le maitre.
    Enfin quelqu’un dans la personne de Karine qui reconnait ta pratique , beaucoup on besoin d’être reconnu.

  12. C’est surtout qu’elle n’est pas dans le combat de coqs de beaucoup de pratiquants du zen entretiennent entre eux.
    Ce n’est pas tant un désir de reconnaissance égotique qu’une reconnaissance et validation d’être sur un chemin par qui le connaît aussi. Cela fait partie de tout apprentissage d’avoir un tuteur qui valide si le chemin va bien ou pas et ceci sans jugement et à partir d’un vécu, et pas de critères théoriques et abstraits.

  13. C’est la première fois que tu emploies le mot tuteur,bref…
    Et si ton apprentissage n’est pas validé, il se passe quoi ? Il y a beaucoup de personnage unanimement reconnu et qui n’ont jamais eu de maitres ou de tuteurs, ils ont suivi un enseignement et se sont construit tous seul.
    Quels sont ces endroits où les pratiquants zen s’organisent des combats de coqs ?
    Ça fait dix ans que je fréquente deux Temples et tu les connais, je n’ai jamais vu de combats de coqs. Un temple est une asso avec ses règles, codes de conduites, c’est dogmatique et c’est ainsi, on est d’accord ou on s’en va.
    Ce que je remarque c’est que tu es toujours en recherche, j’espère que tu trouveras un jour si il y a quelques choses à trouver.
    C’est la dernière fois que j’écris sur ton blog, ça ne sert à rien aujourd’hui je suis dans le pardon, je crois que tu ne comprendrais pas.

  14. Certes, si tu penses que je ne comprendrais pas, je risque de ne pas comprendre. De toutes façons, je n’oblige personne à poster, ni à lire, ni à ne pas poster, ici les gens sont libres et utilisent cette liberté comme ils le veulent.
    Quand à chercher, bien sûr que je recherche, je ne crois pas qu’un seul vrai type accompli selon les dires des traditions ancestrales, n’ait jamais cessé de chercher en permanence, affinant son regard, ne reposant sur rien. Et ce pour peut-être voir qu’il n’y a rien à trouver.

    Dans le zen, j’ai vu plein de combats de coqs, ça prend des formes parfois juste amusantes, parfois c’est des discussions âpres et violentes. Dogen a développé historiquement un style de prédication plutôt polémique et violent, car il est arrivé au Japon avec son zen, dans un Japon déjà occupé par d’autres lignées et traditions bouddhistes, et aussi avec des enjeux politiques. Il a fini par en revenir et se tirer loin de la ville fonder Eihei-Ji dans la montagne quand il a compris que la proximité avec le pouvoir ne lui amènerai rien de bon. Carl Bielefeld expliquait l’origine de ce style de prédication, ça m’a confirmé ce que je ressentais déjà.
    Le problème c’est que certains imitent la forme sans le fond, et ça devient alors juste la foire d’empoigne et montrer qui a le pouvoir à l’autre.
    D’ailleurs, puisque tu parles du temple que je connais, même si je n’y suis pas allé, même si tu n’y vois aucun combat de coq, il y a tant de façons de tapisser la violence pour ne pas qu’elle devienne visible! C’est le grand chef, le grand master, the big boss du temple que tu fréquentes qui a commandité notre exclusion du groupe local dont il est le référent, sans jamais nous avoir vu, encore moins écouté. Un très bel exemple de compassion active et d’écoute incarné.
    Et quand tu parles de règles, et d’asso, il s’avère qu’avant tout, les lois associatives sont régies par la loi française de la République. Cela est un fait, même pas dogmatique, c’est la loi. Dans notre cas, il semble que le big boss, comme son sous-fifre, aient oublié ce point de règlementation (notamment celui qui stipule que quand on veut virer quelqu’un, il doit déjà savoir le motif, et pouvoir s’en défendre par courrier et/ou réunion). Et puis tu m’avais dit que le cuisinier du temple t’avait avisé qu’il ne fallait pas se mettre en tête de prendre la place du chef, parce que le chef, c’est le chef. Je trouve toujours étonnant qu’on trouve si important d’insister sur l’autorité, l’ordre et la discipline, plutôt qu’avoir confiance dans le fait que si quelqu’un vient dans un tel endroit, c’est peut-être avant tout pour pratiquer le dharma de paix et de bonheur, ainsi que le disait Dogen. Comment pourrait-on penser que faire des intrigues de cour doive venir si vite à l’esprit des gens?
    Donc ton temple a un boss, son coq, mais il n’a rien à faire, car il est bien gardé par sa cour.
    Mais je dois dire que quand j’ai appris au détour d’un forum, que dans les années 80 il avait placé l’argent des dons des disciples en bourse, et qu’il s’est mangé le grand krach de 1987, je dois dire que ça me pose quand même quelques questions sur son intégrité morale et son détachement des choses matérielles. Qu’on joue son fric en bourse en tant que pratiquant du zen, c’est son problème personnel. Qu’on joue l’argent qui n’est pas le sien, sans aucun mandat de gestion, et en plus sur un truc aussi spéculatif voire dangereux que la bourse, cela me paraît assez loin de l’éthique bouddhiste…et aussi signe d’une certaine avidité. Mais curieusement cet épisode ne figure pas dans sa biographie.
    Donc un temple, avec des règles, un code de conduite, pourquoi pas.
    Mais un temple lieu de partage d’une pratique d’éveil spirituel, comme règle pour moi c’est plus simple, plus large, plus inclusif, et je suis d’accord avec ça.
    Sinon dans le zen, si chacun pratique quelque part seul, se fait seul, ils ont toujours été validés par un aîné. Des types qui ont pris leur indépendance du système, comme Ryokan ou Ikkyu, mes préférés, ont passé une formation la plus traditionnelle de temple, été certifiés par leur maître, puis sont partis voler de leur propre ailes. On peut noter que ceux qui ont laissé leur trace dans la mémoire collective, ne sont pas des moines de temples, mais des gens qui en sont sortis.

    Mais passons, tout ça est en fin de compte peu important. Dans deux jours, il y aura une résolution simple et totale de tous ces problèmes, quelque chose qui montre que pardonner n’es pas très difficile, et qu’il n’y a rien à comprendre.

  15. Je suis tranquille et peinard le cul sur mon zafu, j’ai personne à emmerder et personne ne me fait chier, les coqs et les effondrements boursiers, pas mon problème.
    Qu’elle est cette résolution simple et totale ?

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