le vrai bouddhisme, encore…

Bonjour.
J’ai lu aujourd’hui la dernière réponse de cette file :

http://www.shobogenzo.eu/archives/2013/03/27/26750504.html#c67913133

Du coup cette dernière réaction m’a interpellé, et m’a suscité la réflexion suivante.

Tout d’abord c’est très intéressant, cette question de la construction mentale. On dirait que c’est une exclusivité occidentale, et que les bouddhistes théravadins vivent dans la seule réalité qui soit viable, connaissent le seul modèle valable de bouddhisme, la seule vérité vraie du vrai dharma, et que tout le reste puisse être balayé d’un revers de manche au nom de l’hérétique construction mentale (après tout, pourquoi pas, c’est tellement mieux de refuser le risque de penser une pratique que de tenter de la comprendre).
Bon, le zen utilise le même genre de réponse pour couper court au débat, je suppose chez les tibétains ça existe aussi.
Cela dit, autre question pour moi : si ce modèle est si universel, comment se fait-il qu’il est si peu adopté et soulève tant de questions voire de résistances?
Ce qui me frappe dans l’histoire racontée du bouddhisme, et du Bouddha, c’est que l’intéressé n’a laissé aucun écrit. Mais que toutes les traditions ont toujours un argument qui vient du fondateur lui-même. C’est assez génial comme procédé rhétorique!
Alors malgré vingt ans dans le zen et qu’on nous ait seriné que la vérité est au-delà des écritures, une lecture historique des choses ne me paraît pas indécente, ni d’assumer ma culture pleinement influencée de partout par un conditionnement judéo-chrétien (qu’on ignore tellement et que connaître fait partie pour moi d’une réelle investigation du dharma au sens pratique bouddhiste du terme).
Et donc je ne vois aucune preuves écrites de la création d’un ordre monastique proprement dit par le Bouddha, avec des codes aussi rigides. On en parle surtout de fait, dans les sutras.  Il y a eu de 200 à plutôt 400 ans avant la production des premiers écrits, récupérer l’histoire et la raconter comme ça arrange, me semble plus plausible.

On a bien fait de Jésus le boss d’une entreprise patriarcale appelée Eglise, alors qu’il était ouvert à la présence des femmes et à plus d’égalité sociale, je subodore fortement que la mise au ban d’Ananda en discréditant son image (oui, celui qui a fait entrer les femmes dans la communauté), pour mettre en avant Mahakasyapa l’austère, satisfaisait plus une bonne rebrahmanisation du bouddhisme en bonne et dûe forme, avec un bon système patriarcal masculin, et plein de règles pour le contrôle. J’ai assisté au même type de phénomène dans le zen en France, on a vu ce que ça donne en vingt ans.
Et toutes les lignées bouddhistes, que ce soit tibétain, zen, theravadin, me semblent éminemment patriarcales, hormis certains laïcs et yogis qui sont là la marge du système (et à mon sens c’est plus sain!). Lire le témoignage de Vickie Mc Kenzie sur sa retraite au Tibet, où elle raconte la mysoginie des monastiques, et au contraire la tolérance et l’ouverture des ermites yogis.
Donc il ne s’agit nullement d’adapter une pratique aux occidentaux  : si elle est universelle, elle doit marcher. Si ça ne fonctionne pas si bien chez nous, c’est qu’il y a un problème réel. Et identifier le bouddhisme à un modèle monastique où une frange de la population vit en dépendance de dons, où l’on doit avoir quand même des laïcs qui vivent dans le non renoncement afin de procréer et travailler pour faire naître de futurs moines et nonnes et leur donner à manger, me semble relever d’un équilibre social qui à mes yeux pose sacrément question sur le modèle dont il s’agit. Notamment sur le caractère universel de ce modèle, et son « adaptabilité ».
Et 2500 de reproduction d’un modèle qui a quoi qu’il en soit subi des transformations dès qu’il a quitté sa zone géographique d’influence, donné lieu à de grandes diversités et aussi pratiques laïques (peu connues car souvent squeezées par les gros système monastiques qui sont, il faut le dire, de gros business financiers), c’est à dire en gros tout sauf un modèle unique, cela signifie que ce qu’on appelle bouddhisme n’a rien d’une réalité univoque, mais est très hétérogène. Ce qui veut dire que l’expérience dont parle un pratiquant du théravada est souvent une autre langue que celle dont parle un pratiquant du vajrayana ou encore du zen, sans parler d’un bouddhisme chinois de la terre pure, ou d’autres encore.
Alors forcément, quand ça heurte de plein fouet un autre contexte socio-culturel, ça pose une question, forcément : les orientaux sauraient-ils quelque chose mieux que nous?
Pour ma part, il n’y aura aucune réponse sans un vrai dialogue, une vraie mise en perspective de ces cultures différentes, ces modèles différents. Et sans concessions de part et d’autre. Comme dans toute expérience de la vie réelle (travail, couple, famille), qu’étonnamment le modèle monastique tend à vouloir considérer comme un obstacle à l’éveil, quand on le lit littéralement…..alors qu’à mes yeux c’est là que l’essentiel du boulot est à faire.
Comme l’écrit Guillaume, la distinction moine-laïc devrait être abolie (j’ai reçu l’ordination de moine et je n’en parle plus, c’est à mes yeux quelque chose d’intime, qui n’a pas lieu d’être affiché car ça suscite trop d’idéalisations fausses). Tout comme la notion de maître, dévoyée et sujette à trop de projections qui aboutissent à des abus.
Bref 2500 ans, c’est temps de faire le point et le ménage. Après tout, le Christ comme le Bouddha, se sont permis ce genre de remise en cause du système en place. Et je ne suis pas certain que le fixer était leur intention de base.
Mais cet avis ne regarde que moi.

Shiho or not shiho?

Bonsoir.

L’autre jour, un copain me disait : « tu écris bien »…merci beaucoup!…un retour positif, ça fait toujours du bien. Bon, on m’a toujours dit à l’école, tu es meilleur à l’écrit qu’à l’oral (parce que j’étais timide et que je parlais peu, forcément ça aide pas)…et je suis toujours un brin timide, même si j’ai appris à causer, ce qui vient du fond, sort plus facilement dans l’intime extime de l’écriture, ou personne ne me coupe la chique.
Bon, c’est dit, passons à la suite.
Alors le copain il me dit : « pourquoi tu n’écris pas un truc sur le shiho? C’est vrai, ça, ici, en France, dans l’…..(bip censure de l’organisme concerné), ils disent tous qu’ici on a le vrai shiho, mais en même temps ils vont tous le chercher au Japon, qu’est-ce que ça veut dire ce truc? »

Bon, j’ai bien réfléchi. J’ai écrit sur l’ordi il y plusieurs semaines, j’ai écrit sur papier pendant les petites heures de la nuit pendant les vacances italiennes….j’ai même découvert récemment des trucs sur ce machin appelé shiho, que je ne savais pas, sur la transmission de trucs secrets….puis à la fin, vous savez quoi?
Bah en fait faut le dire : tout ça me prend la tête, me gave, bref, tout ça ça me fait chier, car en fait, tout ça, c’est tout, sauf le dharma de paix et de bonheur du zen comme le disait Dogen.

En fait, je cherche le sens que peut avoir le fait de courir après un petit bout de papier qui va stipuler que tu fais partie de la famille du vrai zen de Dogen depuis x générations, et que tu as tout fait comme il faut pour pouvoir être reconnu comme maître zen.
Une amie qui suivait une maîtresse zen shihotée, me racontait comment sa relation s’est finie à coup de poings sur la figure, quand elle lui a dit qu’elle ne maîtrisait pas ses émotions et qu’elle ne pouvait pas la reconnaître comme maîtresse véritable (bon, elle lui avait demandé des tas de trucs, genre s’occuper de l’autel alors qu’elle n’avait pas de voiture, dormir dans la même chambre, bref, la relation de vraie soumission basique où tu ne t’appartiens pas).
Un autre copain me racontait un autre pratiquant, qui un jour a branché un maître contemporain, en lui disant « bon, moi je continue avec toi, mais si tu me donnes le shiho, sinon je vais chez y ». Il lui a dit ok, mais d’attendre un peu. Il l’a eu, mais ça lui a couté beaucoup de fric, et il est revenu sans trop de moyens, se demandant pourquoi un maître est accueilli comme ça.
Bon, je ne sais pas tout, et peut-être tout ça est très déformé, mais je raconte comme j’ai entendu, et j’assume ma subjectivité.
Tout ça pour dire que ça ne respire pas vraiment, même si c’est des conneries ces histoires, la paix et le bonheur.
Une autre, qu’on m’a dite : une responsable de dojo devait le recevoir de Me Y…Me Z l’a su, étant responsable de pas mal de groupes de son secteur, et il lui a envoyé un mail pour l’inviter à ne pas recevoir le papier si enivrant.
Et une autre encore, dans le même secteur. Quelqu’un qui suivait un enseignant, déçu par son comportement relationnel lors de sa venue pour une sesshin, avec le groupe, s’est mis en relation avec le maître de son maître. Qui a fini par lui proposer le shiho après un bon temps de relation suivie. Le premier l’ayant appris, il a tout fait par envoi de mails et autres trucs, pour dégrader la remise de shiho en simple remise de préceptes.

Voilà, tout ça pour dire qu’il y a dans tout ça, outrancièrement d’enjeux politiques et de pouvoir, par contre je ne vois pas où se trouve la réalisation spirituelle…elle a l’air d’avoir bien disparu.

Ma question, que la lecture d’un article aujourd’hui a fait resurgir (en fait c’est pas tant une question qu’une sensation), est de savoir s’il atteste d’une réalisation spirituelle, ou s’il ne verrouille pas plutôt l’appartenance à une lignée. Donc à une nouvelle famille identitaire, renforçant le processus qu’on rencontre lors des différentes ordinations.
Cela est-il libérateur, ou propose-t-il une aliénation plus subtile?
Je vous invite à lire le point de vue exprimé ici

http://www.eyeofchan.org/all-articles/articles-by-author/articles-by-chuan-zhi/909-institutionalized-zen.html
C’est en anglais, malheureusement pour les non-anglophones. Mais très intéressant.
Il fait des rapprochements avec les processus utilisés lors des bizutages pour renforcer la cohésion d’un groupe, et aussi, un point qui m’a frappé, c’est la cérémonie d’entrée dans l’âge adulte où en fait l’on quitte sa famille pour entrer au monastère, la famille bouddhiste remplaçant quelque part la famille d’origine, avec tout ce que ça consiste de déprogrammation-reprogrammation par divers moyens de mise à l’épreuve du corps et de l’esprit.
Je ne savais pas ce point, et me demande si en fin de compte, on n’a pas importé un pur produit d’une culture à travers l’ordination dans le zen (où l’on nous dit textuellement qu’on quitte sa famille et que la pratique passe avant).

Il existe deux autres points qui m’ont interpellés :
« La seule authenticité de la transmission d’un Maître ne réside ni dans un cursus, ni dans la validation par des institutions, mais dans la seule transmission sincère et intime de la part d’un maître qui lui même est inscrit par le Shiho dans la lignée des Bouddhas. » Ecrivait quelqu’un qui l’a reçu.
Ainsi que le fait que lors de sa remise, des trucs secrets de Dogen sont remis à l’impétrant. Des enseignements. En fait, ça me laisse penser que le zen soto a succombé à une forme d’ésotérisme de la transmission, à créer du mystère par-dessus le Mystère.

Le fait de déclarer que l’authenticité d’un maitre ne dépend que du fait que quelqu’un qui ait le shiho le remette à un autre (excusez, peut-être préjugé-je, mais c’est ce que je lis dans cette phrase de façon assez claire, à la limite l’expérience ne compte pas autant que le lignage certifié physiquement par un papier), ne me semble rien d’autre qu’un processus de lignée arbitraire.
Bref, tu es validé par l’ancètre. Si c’est un fils bâtard de la famille, qui ne porte pas le nom, tu ne fais pas partie du clan.
Donc pour moi le zen est quand même hautement habité de tout un tas de trucs liés à la filiation, à l’appartenance, à quelque chose presque plus clanique que dharmique.
Est-ce libre ou est-ce la plus pure reproductions de tous nos conditionnements psychologiques les plus archaïques?

Bref, pour revenir aux histoires ci-dessus, quand je vois les enjeux et la violence de ce que ça peut engendrer (je suppose qu’il y a plein d’autres histoires savoureuses du même tonneau), on peut se demander alors, pourquoi tant de haine, pourquoi tant de stress, alors qu’au Japon, tous les moines sont shihotés après trois quatre ans de cursus.
Pourquoi donc, pour en revenir à la question de base, nous n’aurions pas, nous pratiquants occidentaux, un équivalent après trois ans de pratique dans un temple, dix ans de pratique laïque? Hein?
Alors pourquoi faire entendre que le shiho ici est plus authentique que là-bas (au Japon)?

Bref, tout ça en fait me trouble et ne me remplis pas de bonheur. Tout ça sent trop l’embrouille, tout ça sent trop l’église. Tout ça sent trop ce qui corrompt le coeur et l’âme, l’attachement aux objets phalliques du pouvoir, avec bien sûr la prétention de ne pas l’être!
C’est plus facile de ne pas être attaché à avoir le shiho quand on l’a, tout comme de ne pas se faire de souci pour l’argent quand on en a!
Il y a plusieurs années, certains avaient contesté certains shihos et leur légitimité.

Mais mon questionnement reste le suivant : le shiho représente-t-il vraiment une certification de réalisation spirituelle de quelqu’un? Et si ce n’est pas le cas, est-il utile qu’il continue d’être utilisé comme il l’est maintenant? Autrement dit vaut-il quelque chose ou n’est-il qu’une décoration?
La forme exprime-t-elle le fond, ou n’est-ce que du décorum et du folklore, qu’on utilise pour mener ceux qui y croient (car faut y croire, et moi j’ai choisi la personne que j’ai suivie parce que je croyais dans le fait que son shiho certifiait la réalité d’une expérience, et elle me semblait alors valide).
Mais cette expérience, est-elle irréversible ou corruptible?

Pour ma part, j’aurais tendance à penser qu’il ne faut reposer sur rien.
En tous cas, voilà ce que j’avais à en dire, et mon sentiment est que nous devrons réfléchir et modifier le rapport qu’on a à ces aspects formels de la pratique, si on ne veut pas qu’elle devienne formaliste. Il en est de même à mon avis avec ce qui concerne l’ordination (j’ai un jour entendu quelqu’un dire qui voulait devenir nonne « mais on est obligé de choisir un maître »….j’avais envie de lui dire « fais semblant » puis part avec qui tu veux, on n’est pas obligé d’appartenir à quelqu’un pour se faire ordonner, et une relation se construit dans le temps, et surtout sans contrainte!).

Sur ce, ne vous prenez pas trop la tête avec tout ça : une chose à ne pas oublier, le zen dont parlait Dogen n’est même pas l’apprentissage de la méditation assise, mais le parfait dharma de paix et de bonheur…qu’est-ce qu’un bout de papier viendrait nous pourrir la ventripotente extase du sourire du Bouddha jusqu’aux deux oreilles?

Bisous la compagnie.
J’espère que vous finissez bien les vacances, et préparez bien la rentrée.

A bientôt.

Les Jardins de la Voie

Bonjour.
Face au mur, c’est un blog. Le témoin et déposoir de mes humeurs, assumées ou pas assumées, le lieu où je laisse cet ego que je trimballe tant bien que mal s’exprimer. Le lieu aussi de mes percées fulgurantes, où, comme le dit un ami poête (André Chenet, lisez le sur Facebook, c’est beau et si humain), ce sont les mots qui se servent de moi pour écrire. Et qui parfois peuvent vous parler, en se servant de moi comme interprète à ce qui nous dépasse, nous régit, et face auquel il ne reste qu’à s’incliner en mettant son front sur notre Terre mère.
Alors il y a aussi l’association : les Jardins de la Voie.
Elle vit depuis l’an passé, dans la campagne verdoyante du bocage de l’Allier.
Dans notre hameau, nous louons une grange retapée, et nous y faisons des ateliers.
Déjà, nous nous asseyons sur le coussin, à la rencontre de notre vraie nature, de notre nature de Bouddha, une fois par semaine, ou plus si besoin.
Et nous y faisons des ateliers d’art-thérapie, et des cours de peinture et/ou dessins.

Notre site est ici : http://www.lesjardinsdelavoie.com/

Notre esprit est inspiré par notre pratique du zen, de la méditation. C’est donc avant tout une expérience, avant que d’être une théorie. Devenir sujet de sa vie est plus important que de confirmer une théorie sur le monde.
Le développement personnel n’est pas le but : s’il se produit, il sera le résultat de votre travail, votre engagement. De votre rencontre, de notre rencontre. Et de ce que vous y mettez rencontrant ce que nous y mettons.
Nous proposons aussi des pratiques de santé : Do In, Qi gong.
Shiatsu, Reiki, peuvent être reçus aussi.
C’est un projet en devenir.
Nous pouvons aussi recevoir qui veut passer du temps au calme, au vert, pour un prix à définir ensemble, mais abordable.
Nous pouvons aussi recevoir des groupes qui auraient envie d’organiser un stage avec hébergement.
Nous avons fait résidence artistique musicale (avec enregistrement), ou picturale.
Nous pensons proposer aussi de la calligraphie, et d’autres choses encore.
Et aussi développer le jardin, mon souhait serait de créer le jardin du non-agir : c’est beaucoup de travail en amont, pour en faire le moins possible après. Une autre forme de permaculture d’inspiration taoïste et zen.
Un jardin pour les corps et les coeurs.
Pour manger, contempler, sentir, travailler, se reposer.
Aussi pour inventer une autre forme de vie économique, soutenable dans le temps, créant de l’autonomie, sur les plans matériels, mentaux, spirituels.
Il y a un hameau à rebâtir, plusieurs maisons vides, à retaper.
C’est du travail, et nous ne pourrons l’accomplir seuls.
Si certains sont intéressés pour aller plus loin, ont l’envie, la patience, désirent faire exister le souffle de l’Esprit dans le monde incarné, bienvenue!
Pour devenir les acteurs et les co-créateurs de ce monde en devenir.
Pour résoudre la crise, qui n’est pas la crise dont on nous parle qu’on devrait subir et souffrir sans alternative, mais pour agir et créer le monde dans lequel nous voudrions vivre. Et accueillir ceux qui veulent apprendre à vivre cela. Retrouver l’espoir et la force de reconquérir son autonomie avec la Terre et le Ciel, et non pas subir une existence qui devrait rester conditionnée par un discours qui nous propose de consommer le monde en échange de paiement, au lieu de vivre la gratuité de l’expérience de vivre.
Nous sommes tout petits.
Nous faisons des choses, mais ensemble nous pouvons incarner plus fortement cette vision. Petit à petit, pas à pas.
Maître Deshimaru, qui a implanté le zen en France et en Europe, disait souvent qu’il s’agissait de retrouver la condition normale du corps et de l’esprit. C’est ce que nous tentons de faire, à notre mesure (car nous sommes bien faillibles!).
Si la pratique du zen est ce qui nous a réunis, ma compagne et moi, si nous pratiquons l’assise et la proposons à qui veut se joindre à nous, nous ne souhaitons pas arborer une étiquette de centre bouddhiste, zen ou quoi que ce soit. Il s’agit avant tout de tenter de faire une expérience vivante. Avec ce que nous sommes, avec nos imperfections, avec nos grandeurs aussi. Le reste n’est pas important.
Car pour nous, le zen, c’est être ce qu’on est tel qu’on est. Pas besoin d’habit spécial, de place spéciale, de responsabilité spéciale, d’enseignement spécial, de nom spécial, pour être qui l’on est.
Porter de l’eau, couper du bois : ici on le fait souvent. C’est notre vie telle qu’elle est et qu’on la partage.
C’est parfois tellement « normal » que ça peut faire peur. Mais la vie n’est pas un fantasme : la vie est ce qu’elle est. Et nous, nous chauffons au bois, et arrosons le jardin!

N’ayez pas peur de passer, de venir. Nous ferons connaissance.
Ici, c’est rustique, c’est simple. Peut-être un peu perdu dans la campagne.

Mais il faut qu’elle vive, cette Terre, et nous sommes là, et la porte vous est ouverte.

Pour toi….tribulations mentales sur ce qu’est être moine zen.

Bonsoir.
Aujourd’hui, tu me disais que ça fait longtemps que je n’ai pas écrit un article ici.

C’est vrai, tu as raison. Mais c’est quoi, longtemps?
Tu sais, j’y pense, souvent, mais comme je l’ai déjà dit, je ne veux pas devenir une usine à faire des articles. Je ne peux écrire que si je le sens, et encore, parfois je ne sais pas trop, et écrire est un acte de relation.
Et mieux veut parfois ne rien dire que dire quelque chose pour remplir le vide.

Qu’écrirais-je?
Que parfois la vie fait mal et que je voudrais que ce truc qui fait mal s’arrète?
Cela me paraît tellement répandu, que j’enfoncerais une porte ouverte. Et puis, merde, je n’ai pas envie que mon ego devienne le sujet du jour. Je le trouve déjà bien souvent au centre du débat.
Qu’écrirais-je?
Que le bouddhisme, en ce moment, me paraît de plus en plus chiant dans l’image qu’il donne de lui, dans l’identité qu’il se donne, qui me paraît faire obstacle à ce qui m’intéresse le plus dans cette pratique : être un outil de relation avec soi-même et avec les autres?
Que les forums me paraissent de moins en moins vivants, de plus en plus exclusivement mentaux?
Que te dire?
Que j’ai envie de silence, que je réfléchis au message de notre asso pour créer un site web pour la rentrée?
Que te dire?
Que si vous voulez passer quelque jour au vert ici, vous pouvez vous arrèter, moyennant une petite contribution pour nous aider à vivre et nous développer.
Nous projetons de faire des accueils de stage de week-end, et si vous avez un projet, vous pouver nous joindre.
Faut juste savoir qu’ici, on est sans alcool, puisqu’on accueille parfois des ex-buveurs et qu’on veut les aider à tenir le cap.
Que te dire?
Que je viens de découvrir qu’une des deux chanteuses des Brigitte, je l’ai connue quand j’étais lycéen?
Qu’écrire?
Que je cherche la clarté dans les méandres de ce qui est obscur? Rien de neuf sous le soleil.
En fait, je suis un peu fatigué, et j’ai une envie : me donner la liberté de la vacance.
Vacances, une pratique de la vacuité.

Regarde-moi, je suis un moine zen. Rien de quoi être fier. Je ne vais plus au temple, je ne fréquente plus de groupe « officiel », je n’affiche pas mon nom de moine sur Facebook, et je ne me mets pas en photo en panoplie de méditant.
Je ne fais que m’asseoir sur le coussin, et ça me paraît déjà pas mal.
Je ne me sers plus de ce bol pour cette cérémonie qui fait bien : je mange juste simplement. Je mange même de la viande parfois, et je ne me contraint plus à suivre des règles de vie qui seraient ce qui est bien.
Je ne mets plus de kesa : je fais zazen en jean.
Je ne lis plus Dogen : je préfère Houei Neng, et encore plus Blueberry.
Je ne cherche pas à connaître ni pratiquer des règles de cérémonies compliquées : ici on chante parfois, parfois pas, et on dédicace simplement notre pratique à tout ce qui est. On se fout que les sons soient en place ou pas, en place par rapport à quoi?
Je vais aussi faire des trucs avec des gens qui suivent des traditions amérindiennes.
Parfois je me sens décalé, je me dis « en fait je suis bouddhiste ».
Puis je me rends compte que ce que je mets dans le terme « bouddhiste », c’est avant tout de vivre dans son corps, d’entrer en contact avec ses sens, sa respiration, son corps, de vivre et partager avec les autres, de se relier à ce qui est plus grand que nous, et d’arrêter de maintenir des identités qui de toutes façons seront balayées par tous les vents. Se dire moine zen est aussi une de ces identités.
On ne choisit pas d’effacer ses traces : le vent s’en charge, il faut avoir la patience de laisser son souffle se lever et tout balayer.
On ne peut pas non plus marcher au-dessus du sol, les traces, elles sont là, maintenant.
Comme cette trace qu’est le fait que, il faut le dire, je suis moine zen.
Là je t’en parle, car on est entre nous.
Mais je te dis ça pour me rappeler que j’ai choisi ce chemin un jour.
Aujourd’hui, est-ce important que je m’en rappelle, ou est-ce un signe d’intégration que je n’aie plus envie d’arborer tous les signes distinctifs?
Suis-je un de ces moines qui ont choisi de retourner dans le monde, comme le dit Antoine Marcel dans son Traité de la Cabane Solitaire?
On pourrait dire que oui, mais pourtant, je n’ai jamais quitté ce monde.

Moine, en fait, c’est tenter d’être vraiment bodhisattva.
Et un bodhisattva, il efface ses traces d’éveil, en essayant de vivre décemment dans ce monde, dans ces formes.
Moine, c’est être un être ordinaire, en fait.

Pratiquer la méditation, le zazen : maître, nonne ou moine, le dojo, comment se situer dans tout cet ensemble

Suite au post de Daniel sur le précédent article : https://faceaumur.wordpress.com/2014/06/10/pratiquer-seul-la-meditation-le-zazen-comment-aborder-cette-question/
la réponse que j’avais préparée s’est transformée en article qui continue ces réflexions, que voici donc.

 

Je veux juste rappeler que je ne suis pas un maître, enfin, je ne détiens aucune faculté particulière. Si toi ou d’autres me voyiez dans le quotidien, dans mes insuffisances, le bordel de mon bureau, toutes mes crises pour des conneries, etc…..où il est le maître?
Une chose, par contre, j’essaie simplement de dire mon expérience. J’y fus contraint quand on s’est retrouvé au ban d’un dojo tout ce qu’il y a de plus orthodoxe et d’officiel, de bouddhistement correct. Parce que je me suis juste retrouvé confronté à soit assumer ce qui était mon vécu (qui était soit non reconnu soit disqualifié par des personnes devant me salir pour ne pas voir leurs propres ombres), soit nier mon expérience en suivant le regard dominant qui voulait m’écraser.
Je n’ai pas eu vraiment le choix que d’assumer mon expérience sans une validation « officielle », qui est pourtant ce qui est implicitement recommandé par le système de pratique en place.
Bien sûr, tout cela s’est joué car inconsciemment j’étais pris par une dépendance au regard d’autrui.
Mais tout enfant a besoin du regard bienveillant d’un parent pour construire son autonomie. Et le mettre dans la position d’être soit directement autonome, et au service du système, soit non autonome, mais susceptible de recevoir la formation pour assurer dans le système à condition de lui être soumis, redevable, au service, n’est à mon sens pas créateur de liberté véritable. Et mon constat est que le zen est marqué par ce comportement féodaliste. De toutes façons, les deux écoles les plus représentées au départ en France, ont été le bouddhisme tibétain et le zen. Or, les deux sont directement issues de systèmes féodaux, où le bouddhisme est partie prenante en tant qu’autorité de pouvoir.
Cela est une vraie question, la plupart du temps non pensée par les pratiquants, car ils sont dedans.
Et pourquoi sont-ils dedans? Parce que la plupart pensent qu’ils ont besoin d’apprendre, et pas seuls. C’est profondément honnète la plupart du temps. Ce qui ne l’est pas, c’est de laisser croire qu’on n’atteindra aucun point d’autonomie, ou de faire douter de celle qu’on a déjà, et je pense que le bouddhisme a un karma très patriarcal malgré ses qualités.
C’est de dehors que j’ai commencé à penser tout cela, et à constater qu’en fait, il existe aussi d’autres alternatives, des alternatifs du dharma, comme tout un tas d’ermites hors institutions chez les tibétains, où des francs tireurs dans le zen ou autres, qui osèrent sortir des sentiers battus. Mais ils étaient soient bien éduqués au départ, soit survivants d’épreuves de vie terribles qui en ont fait des personnes sans peurs, donc peu enclines à se la laisser raconter par des institutions.
Beaucoup de gens, de plus en plus, considèrent qu’il n’y a pas de maîtres actuellement, en tout cas dans le zen.
Perso, je préfère, comme a pu me le dire quelqu’un comme Nicolas Gounaropoulos ou d’autres, le terme d’ami de bien.
Plein de gens sont mes maîtres, par exemple aujourd’hui j’ai rencontré ma nouvelle conseillère bancaire, et c’était chouette, on a parlé de plein de trucs, de nos vies, c’était très humain, et ça m’a fait du bien. C’était humain, cela n’a pas empèché que c’était aussi pro.
Si quelqu’un ressent un bien-être si je dis quelque chose, comme tu en fais part, en fait je ne fais que dire ce que je sens ou vois, quand je le pense bon à dire. Et je peux me tromper. Mais tant de gens vivent dans l’isolement de la perception d’eux-mêmes, et la peur d’être exploités par autrui, qu’il s’enferment. Même quelqu’un qui vient en paix est suspect. Moi aussi je m’enferme, pourtant j’ai envie qu’on vienne me voir…je n’échappe pas à tout ça. Le monde souffre de ces images projetées, il nous est urgent d’apprendre à ne pas se laisser avoir par cela.
Mais le bien-être, il est en toi. Une parole peut le réveiller, mais tu peux le réveiller aussi de multiples manières, tu sais que cette paix existe en toi, que tu peux la vivre organiquement. La parole d’autrui peut nous aider, mais elle ne fait que révéler ce qui est en nous qu’on a simplement oublié ou pas encore vu. Mais si on l’éprouve, c’est qu’on peut le vivre, c’est qu’on a la capacité de le vivre…sans dépendre de quelqu’un pour cela. Mais la relation peut aussi être une nécessité pour apprendre à le vivre. Pour moi, le vrai sens d’une relation de maître-disciple est l’apprentissage de cette autonomie, comme une saine relation de mère à enfant sert à l’aider à ne plus avoir besoin de sa mère…mais c’est très difficile de ne pas succomber aux écueils de l’attachement, de la dépendance. C’est une travail de conscience d’une vie. Et il y a beaucoup de souffrances à apprendre à gèrer, soigner, nettoyer, liées aux empreintes de dépendance qu’on a reçues, et que donc inconsciemment on transmet.
Effectivement, dans le zen, Dogen parlait de l’importance du maître, en fait il parle de l’importance de la relation incarnée. Elle ne peut être remplacée par un savoir encyclopédique dégueulé par un érudit qui nous subjugue sous une tonne de savoir. Par contre, le vrai maître, je pense, il voit ce que l’on capte, ou pas, vers où faut évoluer, c’est une prise en charge individualisée, en ce sens, c’est comme en médecine : on a besoin d’être vu dans sa singularité. C’est ce que je tente de faire, mais je l’ai appris surtout par mon boulot d’infirmier, car là on peut difficilement tricher.
Le Bouddha, le maître, c’est un thérapeute global.
Après, on peut lire les bouquins, mais c’est comme lire les notices des médicaments, ou les cours de médecine: ça aide, mais ça n’est pas le médicament. C’est un aide-mémoire pour s’en servir, et on se sert bien des bouquins quand on s’est d’abord formé sur le terrain. A mon avis.

Tu as aussi cité trois points dans ton écrit, qui en fait expriment bien un état des choses : le dojo, l’ordination de nonne-moine, le statut de maître.
Effectivement, dans notre culture on a réussi à en faire un truc hiérarchique. Cette dimension existe déjà en Orient, mais je pense que notre culture laïque la renforce, car on a derrière nous un monde féodal qui peuple notre inconscient collectif.
On veut la liberté, mais on veut des chefs. Paradoxe, mais paradoxe à voir et nommer si on veut l’éclairer et évoluer dans cet état des choses. Moi aussi ça me pose problème.

On veut être libre, mais pas gouverner.
Le dojo devient souvent perçu comme un territoire, le statut de nonne-moine comme un grade hiérarchique, et avec au bout le maître, dernière figure avant un bouddha inaccessible, idéal, support de toutes les projections.
L’autre jour, je me suis réveillé, en colère contre le Bouddha. J’ai fort peu ce genre de discussions avec lui plutôt présentes dans la Bible, je cause plus avec Dieu, dans ces cas. Mais je lui ai dit que j’étais en pétard : »pourquoi tu laisses faire toutes ces petites et grandes violences dans tes centres de pratique? Pourquoi tu laisses des gens se faire virer injustement? Pourquoi tant de conneries en ton nom? »
Bien sûr, il reste silencieux, et c’est ok.
Mais je pense que tout ça va changer car ça marche mal. En tous cas pas si bien pour qui veut bien ouvrir les yeux.
Faut juste se rappeler la signification des choses quand on doute. Et pour cela j’utilise la sémantique, la signification des mots, leur définition la plus basique.
Dojo, ça veut dire en japonais « lieu de la Voie ».
Moine, ça parle de quelqu’un qui a pris refuge dans les trois trésors, qui a reçu les préceptes et est censé les protéger. Dans ces préceptes, il y a ne pas critiquer, il y a ne pas mentir, il y a ne pas blasphémer les trois trésors. Un moine qui casse quelqu’un de la sangha, ne pratique pas la voie. C’est tout.
J’en reparlerai en détail, mais l’ordination, c’est avant tout un engagement de soi avec soi. Si on en a fait un truc où on amalgame le fait de suivre un maître, le fait d’avoir des missions à remplir dans le dojo, des responsabilités, on agrège ensemble des choses qu’on devrait maintenant différencier. Ce fonctionnement a eu sa nécessité au début, mais on doit requestionner le sens profond, au lieu de faire de l’ordination une sorte de substitut à tous les manques d’identité, de place sociale, de reconnaissance, qu’on peut avoir. Pas besoin d’avoir d’autre envie que de pratiquer dans un esprit d’éveil, c’est à dire de se connaître et connaître le monde.
Dans le zen, on est des moines laïcs, et il faudrait accepter que c’est en fait notre vraie réalité de fonctionnement. Le modèle monastique fermé a fait son temps. Le besoin est dans le monde, pas hors du monde. De toutes façons, tous ces cloisonnements n’ont plus de signification : on peut sauter sur son portable en sesshin, ou on peut s’enfermer chez soi en plein Paris.
Donc on peut déconstruire cette vision hiérarchique, mais il faut dissocier ce qui relève du fonctionnement administratif, gestionnaire, de ce qui relève de la fonction spirituelle…sachant que cela s’exprime forcément dans ces dimensions quand-même….c’est un koan. Mais si on peut donner un ordre aux choses, il ne faut pas oublier ce qui est pour moi le coeur des choses : la relation, dans une dimension horizontale.
Par exemple, on a taxé les druides d’illetrés, mais il a été vu qu’il n’en était rien. Mais ils tenaient à transmettre oralement. Sans trace écrite. C’est un peu la signification de la transmission d’esprit à esprit dans le zen, matérialisée par le bol, le kesa, car on a besoin d’incarner les symboles. Les premiers bouddhistes mémorisaient les sutras, ils les digéraient, les incorporaient. Aujourd’hui, on ne peut faire pareil, car il faudrait tout le temps lire….mais on peut retrouver cette relation à l’enseignement non comme un quelque-chose à absorber, mais comme une aide à réveiller l’être conscient qui est en nous. Quand on touche cette dimension, on lit pour peaufiner les angles d’expression de cette expérience, comme on regarde un diamant sous toutes ses facettes. Mais on n’en a plus besoin. Ce que je lis, je n’en ai plus vraiment besoin, encore que, mais cela m’aide souvent à trouver des mots pour ici, pour les autres…puis les mots des autres me fécondent, comme les tiens, alors j’en trouve d’autres en moi…mais ils viennent aussi du silence dans mes cellules, aussi du bruit, de la douleur, du bonheur…de ce qui est compris, de ce qui veut comprendre aussi, de l’ignorance.
Il faut oser écrire les sutras, il faut oser juste être et ne pas se considérer comme moins qu’une nonne, un moine ou un maître. L’éveil, c’est pour tous, et l’éveil ne fonctionne plus selon de la hiérarchie. Il fonctionne selon le vivant.
Shakyamuni a simplement enseigné d’observer sa respiration. Il disait en fait de juste voir, si elle est longue, courte, rapide, lente, etc…il ne disait pas de la juger bonne ou mauvaise.
C’est pareil pour les moines, nonnes, maîtres, et pour tout le monde.
Ici, peu importe le statut. C’est ce qui est écrit qui exprime la personne qui le fait.
Si tu dis des trucs biens, alors ta parole éclairera les autres qui la lisent. Moine ou pas.
Et si un grand maître écrit un truc complètement nase ou sans respect pour autrui, alors ce sera des conneries de maître qu’on pourra lire sur toute la planète.
La seule maîtrise qui compte, c’est ce qu’on fait de sa vie, de ses paroles, de ce qu’on pense. Elle est là la maîtrise, et que tu sois maître ou pas, moine ou pas, et que tu ailles ou pas au dojo, c’est cela que le cosmos retiendra et manifestera : si tu plantes des bonnes graines, même si les conditions sont adverses, un jour tu auras des fruits. Pas toujours de suite, parfois les conditions ne sont pas bonnes. Mais si tu suis cette voie, un jour, tu auras quelque chose de mieux que si tu plantes des mauvaises graines, ou que si tu ne plantes rien du tout.
Cela est plus important qu’être moine, nonne, maître, ou connaître tous les sutras; ou en tous cas, c’est vers cela que notre engagement devrait se manifester…et cela sans coup de fouet, sans se faire du mal. Déterminé, avec tendresse. Tendresse aussi pour soi. On en a besoin.

Le besoin de notre monde, est d’acteurs engagés dans l’incarnation. Pas de porter des titres. L’ordination est avant tout quelque chose d’intime, on ne devrait plus séparer les pratiquants selon le fait qu’ils soient ordonnés ou pas, mais accueillir leur engagement tel qu’il se manifeste.

Je m’arrèterai là pour aujourd’hui, mais la réflexion reste à continuer.

 

Pratiquer seul la méditation, le zazen : comment aborder cette question?

Cela fait quelques temps que je songe à aborder quelques thèmes spécifiques à la pratique du zen.
En effet, il existe des façons de présenter la pratique, qui, s’ils ont eu une raison d’être liée à des circonstances précises au moment de l’implantation de la pratique en France, restent encore véhiculés là où à mon sens, ils sont dépassés quant à leur pertinence. Car les choses ont évoluées.
Et entre la recommandation forte, et le dogme, il n’y a qu’un pas à franchir qui, il me semble, l’est régulièrement.
En effet, entre un conseil d’ami spirituel, et une obligation morale, il y a tout un monde, qui est celui de la liberté d’éthique. Doit-on suivre quelque chose aveuglément, ou rester capable de critiquer positivement ce qu’on pratique ?
Ce n’est pas une petite question, elle est celle de la liberté. Et il me semble que cela peut arranger certains que d’autres renoncent à leur liberté, surtout s’ils en énoncent les limites, et que ça arrange parfois aussi ceux qui renoncent à leur liberté, car ça leur épargne de traverser des angoisses, car ils préfèrent le déjà connu d’une position souffrante, infantile, soumise, mais tellement connue et identifiée qu’il est plus rassurant d’y rester que de tenter de s’en affranchir.

Mais passons au vif du sujet.
J’avais noté trois idées, que je retiendrai pour l’instant.
1- On ne peut pratiquer que dans un dojo.
2- Pour se faire ordonner nonne ou moine, il faut avoir un maître.
3- On ne peut avoir qu’un seul maître.

La deuxième, reprend les termes exacts que j’ai entendus de la part d’une pratiquante qui songeait à l’ordination de nonne.
La troisième, je l’ai lue dans un recueil d’enseignements d’un enseignant contemporain que j’ai lu par hasard.
La première, est extrêmement répandue dans le milieu de pratique dominant en France.

1-Quand on signifie qu’on ne peut pratique que dans un dojo, faut-il définir l’objet de la pratique. S’agit-il de zazen ? S’agit-il de tout ce qu’il y a autour de zazen ?
L’idée qui circule, est que si l’on pratique seul, on aura une pratique erronée.
Michel Proulx, un jour, sur un forum, avait eu cette formule que j’avais trouvée pertinente : différencier s’il s’agit de pratiquer zazen, la méditation, ou le bouddhisme. Disant que pratiquer zazen seul, n’était pas un problème, mais que croire pratiquer le bouddhisme sans enseignement direct, était ce qui était déconseillé, Dogen disant même qu’il valait mieux ne pas le pratiquer que le pratiquer sans un maître.
Le grand facteur de confusion, dans le zen occidental en France, c’est que Maître Deshimaru a souvent répété à ses disciples, que le zen, c’était zazen. De là à en faire un objet d’attachement, il n’y avait qu’un pas.
Or, s’il avait ce discours, c’est que beaucoup croyaient que le zen pouvait se réaliser en s’affranchissant de tout effort sur soi-même, de tout retour à la réalité concrète de son corps, de toute conscience incarnée, prétendant à un éveil spirituel hors de ce monde.
C’était aussi pour contrebalancer la dérive japonaise d’un zen où l’on ne pratique plus que des rituels, et où la méditation est oubliée. Où l’on verse dans un formalisme, un ritualisme, déconnecté de son essence : la conscience de ce corps-esprit relié.
Ceci pour dire qu’il est parfaitement possible de pratiquer seul. C’est une réalité existante dont il faut tenir compte. Etant hors des milieux de pratique depuis 2006, fréquentant des lieux de contact virtuels sur le net, force est de constater qu’il y a pas mal de gens qui tentent de pratiquer régulièrement et seuls. Et non pas seulement tentent, mais ont une pratique suivie.
Ce qui serait nuisible, c’est d’opposer la pratique seul et la pratique en groupe, d’utiliser l’une pour éviter l’autre.
S’asseoir sur un coussin, reprendre conscience de son corps, de son souffle, de ce qui nous traverse comme sensations, pensées, émotions, pulsions, mouvements, énergies, n’a rien d’ésotérique. Il suffit juste de décider d’être conscient de ce qu’on est.
Quand à l’aspect physique, technique de la posture, il suffit d’un peu d’attention à son corps, de s’observer évoluer dans sa pratique, pour voir si l’on a plus de bien-être ou moins selon notre façon de procéder, et d’en tenir acte pour réajuster notre façon de faire pour que les choses se passent mieux.
L’écueil, selon moi, est d’apprendre à sortir d’un certain rapport de force avec soi-même, et de cesser la lutte. La posture peut devenir un enjeu de performance : je pense qu’il est important de revenir à un fondement de détente. Détente ne veut pas dire laisser aller. Mais signifie ne pas mettre de la tension quand elle n’est pas utile.
Car beaucoup de gens ne se détendent pas dans leur dos, dans leurs reins. Ecouter la respiration, la laisser libre d’aller, ne pas contraindre quoi que ce soit, serait un grand bien.
N’oublions pas qu’un japonais, n’a en rien le même rapport au corps, à la douleur, que nous. Et qu’il faut investir la pratique de la méditation en cessant de copier une façon conditionnée par de nombreux aspects culturels, mais l’investir avec notre conscience corporelle occidentale.
Et renoncer à un atavisme doloriste, à une forme de masochisme, de mise à l’épreuve de la souffrance, qui est un conditionnement culturel bien propre à notre société, par contre.
Car le Christ, est peut-être monté sur la croix, a souffert. Ok. Mais rappelons-nous que s’il l’a fait, c’est pour nous sauver, et qu’il n’a pas demandé à ce qu’on souffre tous autant que lui.
De toutes façons, on aura assez notre dose de souffrance conditionnée comme ça qui va se révéler, pour en rajouter dans notre façon de pratiquer.
Donc, acceptons que le plaisir puisse exister dans la pratique. Le Bouddha, on l’appelle le Bienheureux, pas autrement !
Ensuite, on peut parfaitement se rendre dans un centre, de temps en temps, si on ne peut faire autrement, et profiter de ce qu’il s’y passe. Après, les compétences sont différentes, les accompagnements sont très différents qualitativement. Et il peut aussi y avoir une question d’alchimie, de personnes. Il faut faire avec ce qu’on a. Parfois se donner les chances d’aller voir d’autres personnes, chercher.
Mais la pratique, on la réalise nous, pas quelqu’un d’autre.
Il est difficile de donner une recette pour gérer la façon dont on peut pratiquer dans un centre. Cela est au cas par cas.
Dans les grandes lignes, quelqu’un qui rend trop dépendant à sa personne, qui exige un engagement où l’on se sent trop en conflit entre sa pratique et sa vie personnelle, qui ne nous aide pas à progresser dans notre confiance en nous, alors on peut se poser des questions.
Une attitude autoritariste, une pratique formaliste à l’excès, trop de rigidités, ne sont pas non plus de très bons indices. Un cadre est là pour structurer un espace, avec un dedans et un dehors. Mais pas pour devenir une fin en soi.
Il est important de se rappeler sa question initiale : pourquoi pratique-t-on ?
Pour moi, c’est très simple : le Bouddha voulait résoudre le problème de la souffrance.
Et c’est, je pense, la motivation de fond de chacun, qui s’exprime à des degrés divers.
Si la motivation devient pratiquer pour pratiquer, alors il faut se rappeler quel mouvement nous a porté vers le coussin.
Bien sûr, l’on dit que la vraie pratique est sans but. Oui, c’est vrai. Mais sur un plan ultime. L’ultime ne doit pas faire perdre de vue que nous vivons dans un monde relatif.
Sans but signifie qu’on abandonne toute volonté de tirer un profit égocentrique de la pratique, mais l’enseignement bouddhiste dit que l’esprit qui sous-tend notre pratique est l’esprit qui veut s’éveiller, qui veut vivre conscient, Bodaishin.
Ne pas se fixer de buts limités ne signifie pas qu’il n’y a pas d’intention, de direction éthique.
Là est le sens du bouddhisme en tant que cadre de pratique pour la méditation, il donne une direction à la conscience.
Sinon, l’on risque de sombrer dans ce qu’on appelle le quiétisme : une pratique pour rester pépère, tranquille, bien au chaud avec soi-même. Et sans prendre le risque des autres et du monde.
Si le zen c’est pas pour se faire du mal, ce n’est pas non plus pour rester assoupi et à l’abri en rupture avec le monde.
Mais ça, c’est une question d’équilibre, car parfois on a besoin de recul, parfois de s’investir, mais il n’y a pas non plus de réponse fixe, cela dépend de là où chacun en est avec lui-même.

En tous cas, si l’on pratique seul, je pense qu’il est important d’essayer de trouver quand même un groupe, de tenter la confrontation avec autrui. Cela permet de se situer aussi dans ses limites. Un échange aussi se produit, qui peut être riche.
L’on peut très bien aussi, trouver un ou des amis qui ont envie de tenter la méditation, et le faire ensemble. C’est très simple, il suffit de donner une convention de début et de fin, genre un coup de cloche, ou autre chose, et de se proposer le silence. Et éviter aussi que qui que ce soit se positionne en propriétaire du temps, d’un enseignement, de la pratique, bref, d’éviter la gourouite aigüe qui peut parfois sévir dans ce genre de cas.
Avoir un temps d’échange, après, en tentant de rester dans le ressenti, peut être utile.
Mais le mieux, c’est de rester souple d’esprit et de ne pas avoir de systématisme, et savoir remettre en question les choses sans non plus tout bouleverser sans cesse.
Posé, stable, sans être figé.

Je m’arrêterai là, car il y aurait encore de quoi dire. Mais si des points posent questions, n’hésitez pas à m’en faire part, je peux tenter d’y répondre et de développer ce qui mériterai de l’être. Ce sont les réflexions que je lis, que j’entends, qui sont ce qui nourrit mon discours. Nos préoccupations sont plus universelles qu’on ne croit parfois.
Et j’aborderai les deux autres points plus tard, je ne les oublie pas.
A plus tard.

Je prends l’air

Je prends l’air.
Oui, que faire en cette saison ?
Les mots, les réflexions, c’est bien. Mais il ne faut pas s’en arrèter là.
Donc je suis allé au jardin, ces derniers temps, et c’est pour ça que j’écris moins.
Comme je l’ai déjà formulé, je ne veux pas que ce blog devienne une aliénation, sinon ce sera une parole corrompue qui s’affichera sur l’écran. Je ne veux pas de cela, même si cela m’arrivera parfois sûrement. Il ne faut pas être présomptueux.
Ma question, permanente, et non résolue, c’est « comment être cohérent ». Comment aligner les actes, les paroles, et la pensée.
Donc ces derniers jours, j’ai profité du beau temps pour tenter de faire vivre le jardin chez nous.
Pour moi le zen est là aussi, c’est ça que j’aimerais faire vivre comme pratique réelle.
C’est bien, le coussin, des enseignements. Mais l’enseignement véritable, c’est dans la vie réelle.

Donc chez nous, nous avons créé une association, appelée Les Jardins de la Voie. Ca démarre gentiment, tout doucement. En fait je n’ai pas une énergie énorme pour la faire tourner, c’est plus ma compagne le moteur. Mais je sens que je ne dois pas forcer quoi que ce soit, car ça ne donne rien.
Nous y faisons une séance de zazen hebdomadaire, et ma compagne anime des ateliers de peinture-dessin, dont un particulièrement axé sur un abord de la peinture avec méditation, voix, mouvement. Une approche globale de l’Etre, pas un apprentissage technique.
Et moi, je fais vivre le jardin, je plante, des fleurs, je prépare le potager, et j’aimerais que ça prospère. Mais seul c’est pas facile.
Mon souhait serait de pouvoir accueillir des personnes. Il y a de la place, il y a aussi des maisons vides à retaper, mais faut vouloir vivre à la campagne.
Nous, l’avons choisi car ce choix nous paraissait cohérent avec notre pratique. Nous ne nous sentions plus de vivre entre quatre murs à quelques dizaines de mètres du sol.
Ce n’est pas forcément facile car la ruralité me semble bien désertée, surtout une image de carte postale, et au quotidien loin de tout. Pourtant je pense que c’est là que tout va se passer, que c’est là que la vie va se décider.
Pierre Rabhi est en train de devenir connu. C’est bien. Mais ce qui serait vraiment bien, c’est que son discours amène à vivre l’expérience.
Mais je ne vois rien de différent de ce qu’il dit par rapport à ce que j’ai senti par la pratique du zen.
Pour moi il y a urgence à reconstruire le lien à notre Terre, et reconsidérer qu’on l’a vue comme une immense mamelle toujours pleine et inépuisable…et que maintenant, si nous ne reconsidérons pas ce regard, elle s’épuisera et ne nous offrira plus rien.
Ce n’est pas qu’un problème écologique, matériel, agricole, économique ou politique, mais d’abord un problème spirituel, à mon avis.
Nous devons considérer notre Terre non plus comme un objet mais comme un sujet.
Je pense que c’est d’ailleurs la même chose pour nous. Nous devons apprendre à reconnaître le vrai sujet que nous sommes, notre Bouddha potentiel, notre être conscient, et pas seulement la façade que nous présentons, ce vernis social qu’on a construit pour se faire accepter, pour se croire acceptable.
C’est une révolution au sens profond, pas dans la lutte contre, mais comme le disait Deshimaru, un demi-tour du regard vers l’intérieur de soi.

Donc, oui, j’ai bouturé, planté, cherché des arbustes qu’on ne plante plus tellement, qui faisaient partie de notre écosystème autrefois. Qui donnaient bois, fruits, pour les humains, les animaux. Tout un équilibre subtil de l’homme avec son environnement. Donc une relation à vivre et assumer.
Aujourd’hui, on se distancie : on pense le réel, on le planifie sur papier, et on veut le plier à un désir construit sur des concepts, des produits d’étude réalisées « hors sol ». Mais tout ça ne marche pas.
Pourquoi chez moi je veux planter une haie, une haie bocagère ? C’est parce que je souffre de voir celles autour de chez moi défrichées par les agriculteurs, ou mal entretenues car ça leur coûte de l’argent et du temps. Qui du coup les laissent mourir.
J’entends et vois de moins en moins d’oiseaux…et ça me manque.
Donc, au lieu de rester dans la plainte, j’ai choisir d’agir là où j’en ai les moyens : chez moi.
C’est mon zen, et je trouve dommage que dans la pratique du zen comme je l’observe de loin, il n’y ait pas plus de préoccupation écologique. Ou de ce qui nous est proche : notre milieu de vie.
C’est, en tous cas, une de mes préoccupations, et c’est ma pratique du zen.
Je sais que plein ne reconnaissent pas cela en tant que tel.
Mais cette semaine, j’ai rafistolé un muret de pierre. J’ai mesuré le boulot que faisaient nos anciens. Je ne regarde plus de la même façon les murets des terrasses de culture. On ne voit pas le travail quotidien que faisaient nos anciens, la relation constante avec leur environnement.
Nous, sommes devant nos écrans, mais eux, étaient sans cesse dans leur environnement, en train de s’harmoniser avec.
Voilà ce dont je voulais parler ce soir.
De ce zen qui n’a l’air de rien, qui n’est pas fait de beaux atours bien arrangés ni de beaux enseignements bien déclamés, mais qui est celui qui peut aider la planète à vivre maintenant, et demain.
Un zen qui a l’air si ordinaire.