Les Jardins de la Voie

Bonjour.
Face au mur, c’est un blog. Le témoin et déposoir de mes humeurs, assumées ou pas assumées, le lieu où je laisse cet ego que je trimballe tant bien que mal s’exprimer. Le lieu aussi de mes percées fulgurantes, où, comme le dit un ami poête (André Chenet, lisez le sur Facebook, c’est beau et si humain), ce sont les mots qui se servent de moi pour écrire. Et qui parfois peuvent vous parler, en se servant de moi comme interprète à ce qui nous dépasse, nous régit, et face auquel il ne reste qu’à s’incliner en mettant son front sur notre Terre mère.
Alors il y a aussi l’association : les Jardins de la Voie.
Elle vit depuis l’an passé, dans la campagne verdoyante du bocage de l’Allier.
Dans notre hameau, nous louons une grange retapée, et nous y faisons des ateliers.
Déjà, nous nous asseyons sur le coussin, à la rencontre de notre vraie nature, de notre nature de Bouddha, une fois par semaine, ou plus si besoin.
Et nous y faisons des ateliers d’art-thérapie, et des cours de peinture et/ou dessins.

Notre site est ici : http://www.lesjardinsdelavoie.com/

Notre esprit est inspiré par notre pratique du zen, de la méditation. C’est donc avant tout une expérience, avant que d’être une théorie. Devenir sujet de sa vie est plus important que de confirmer une théorie sur le monde.
Le développement personnel n’est pas le but : s’il se produit, il sera le résultat de votre travail, votre engagement. De votre rencontre, de notre rencontre. Et de ce que vous y mettez rencontrant ce que nous y mettons.
Nous proposons aussi des pratiques de santé : Do In, Qi gong.
Shiatsu, Reiki, peuvent être reçus aussi.
C’est un projet en devenir.
Nous pouvons aussi recevoir qui veut passer du temps au calme, au vert, pour un prix à définir ensemble, mais abordable.
Nous pouvons aussi recevoir des groupes qui auraient envie d’organiser un stage avec hébergement.
Nous avons fait résidence artistique musicale (avec enregistrement), ou picturale.
Nous pensons proposer aussi de la calligraphie, et d’autres choses encore.
Et aussi développer le jardin, mon souhait serait de créer le jardin du non-agir : c’est beaucoup de travail en amont, pour en faire le moins possible après. Une autre forme de permaculture d’inspiration taoïste et zen.
Un jardin pour les corps et les coeurs.
Pour manger, contempler, sentir, travailler, se reposer.
Aussi pour inventer une autre forme de vie économique, soutenable dans le temps, créant de l’autonomie, sur les plans matériels, mentaux, spirituels.
Il y a un hameau à rebâtir, plusieurs maisons vides, à retaper.
C’est du travail, et nous ne pourrons l’accomplir seuls.
Si certains sont intéressés pour aller plus loin, ont l’envie, la patience, désirent faire exister le souffle de l’Esprit dans le monde incarné, bienvenue!
Pour devenir les acteurs et les co-créateurs de ce monde en devenir.
Pour résoudre la crise, qui n’est pas la crise dont on nous parle qu’on devrait subir et souffrir sans alternative, mais pour agir et créer le monde dans lequel nous voudrions vivre. Et accueillir ceux qui veulent apprendre à vivre cela. Retrouver l’espoir et la force de reconquérir son autonomie avec la Terre et le Ciel, et non pas subir une existence qui devrait rester conditionnée par un discours qui nous propose de consommer le monde en échange de paiement, au lieu de vivre la gratuité de l’expérience de vivre.
Nous sommes tout petits.
Nous faisons des choses, mais ensemble nous pouvons incarner plus fortement cette vision. Petit à petit, pas à pas.
Maître Deshimaru, qui a implanté le zen en France et en Europe, disait souvent qu’il s’agissait de retrouver la condition normale du corps et de l’esprit. C’est ce que nous tentons de faire, à notre mesure (car nous sommes bien faillibles!).
Si la pratique du zen est ce qui nous a réunis, ma compagne et moi, si nous pratiquons l’assise et la proposons à qui veut se joindre à nous, nous ne souhaitons pas arborer une étiquette de centre bouddhiste, zen ou quoi que ce soit. Il s’agit avant tout de tenter de faire une expérience vivante. Avec ce que nous sommes, avec nos imperfections, avec nos grandeurs aussi. Le reste n’est pas important.
Car pour nous, le zen, c’est être ce qu’on est tel qu’on est. Pas besoin d’habit spécial, de place spéciale, de responsabilité spéciale, d’enseignement spécial, de nom spécial, pour être qui l’on est.
Porter de l’eau, couper du bois : ici on le fait souvent. C’est notre vie telle qu’elle est et qu’on la partage.
C’est parfois tellement « normal » que ça peut faire peur. Mais la vie n’est pas un fantasme : la vie est ce qu’elle est. Et nous, nous chauffons au bois, et arrosons le jardin!

N’ayez pas peur de passer, de venir. Nous ferons connaissance.
Ici, c’est rustique, c’est simple. Peut-être un peu perdu dans la campagne.

Mais il faut qu’elle vive, cette Terre, et nous sommes là, et la porte vous est ouverte.

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Je prends l’air

Je prends l’air.
Oui, que faire en cette saison ?
Les mots, les réflexions, c’est bien. Mais il ne faut pas s’en arrèter là.
Donc je suis allé au jardin, ces derniers temps, et c’est pour ça que j’écris moins.
Comme je l’ai déjà formulé, je ne veux pas que ce blog devienne une aliénation, sinon ce sera une parole corrompue qui s’affichera sur l’écran. Je ne veux pas de cela, même si cela m’arrivera parfois sûrement. Il ne faut pas être présomptueux.
Ma question, permanente, et non résolue, c’est « comment être cohérent ». Comment aligner les actes, les paroles, et la pensée.
Donc ces derniers jours, j’ai profité du beau temps pour tenter de faire vivre le jardin chez nous.
Pour moi le zen est là aussi, c’est ça que j’aimerais faire vivre comme pratique réelle.
C’est bien, le coussin, des enseignements. Mais l’enseignement véritable, c’est dans la vie réelle.

Donc chez nous, nous avons créé une association, appelée Les Jardins de la Voie. Ca démarre gentiment, tout doucement. En fait je n’ai pas une énergie énorme pour la faire tourner, c’est plus ma compagne le moteur. Mais je sens que je ne dois pas forcer quoi que ce soit, car ça ne donne rien.
Nous y faisons une séance de zazen hebdomadaire, et ma compagne anime des ateliers de peinture-dessin, dont un particulièrement axé sur un abord de la peinture avec méditation, voix, mouvement. Une approche globale de l’Etre, pas un apprentissage technique.
Et moi, je fais vivre le jardin, je plante, des fleurs, je prépare le potager, et j’aimerais que ça prospère. Mais seul c’est pas facile.
Mon souhait serait de pouvoir accueillir des personnes. Il y a de la place, il y a aussi des maisons vides à retaper, mais faut vouloir vivre à la campagne.
Nous, l’avons choisi car ce choix nous paraissait cohérent avec notre pratique. Nous ne nous sentions plus de vivre entre quatre murs à quelques dizaines de mètres du sol.
Ce n’est pas forcément facile car la ruralité me semble bien désertée, surtout une image de carte postale, et au quotidien loin de tout. Pourtant je pense que c’est là que tout va se passer, que c’est là que la vie va se décider.
Pierre Rabhi est en train de devenir connu. C’est bien. Mais ce qui serait vraiment bien, c’est que son discours amène à vivre l’expérience.
Mais je ne vois rien de différent de ce qu’il dit par rapport à ce que j’ai senti par la pratique du zen.
Pour moi il y a urgence à reconstruire le lien à notre Terre, et reconsidérer qu’on l’a vue comme une immense mamelle toujours pleine et inépuisable…et que maintenant, si nous ne reconsidérons pas ce regard, elle s’épuisera et ne nous offrira plus rien.
Ce n’est pas qu’un problème écologique, matériel, agricole, économique ou politique, mais d’abord un problème spirituel, à mon avis.
Nous devons considérer notre Terre non plus comme un objet mais comme un sujet.
Je pense que c’est d’ailleurs la même chose pour nous. Nous devons apprendre à reconnaître le vrai sujet que nous sommes, notre Bouddha potentiel, notre être conscient, et pas seulement la façade que nous présentons, ce vernis social qu’on a construit pour se faire accepter, pour se croire acceptable.
C’est une révolution au sens profond, pas dans la lutte contre, mais comme le disait Deshimaru, un demi-tour du regard vers l’intérieur de soi.

Donc, oui, j’ai bouturé, planté, cherché des arbustes qu’on ne plante plus tellement, qui faisaient partie de notre écosystème autrefois. Qui donnaient bois, fruits, pour les humains, les animaux. Tout un équilibre subtil de l’homme avec son environnement. Donc une relation à vivre et assumer.
Aujourd’hui, on se distancie : on pense le réel, on le planifie sur papier, et on veut le plier à un désir construit sur des concepts, des produits d’étude réalisées « hors sol ». Mais tout ça ne marche pas.
Pourquoi chez moi je veux planter une haie, une haie bocagère ? C’est parce que je souffre de voir celles autour de chez moi défrichées par les agriculteurs, ou mal entretenues car ça leur coûte de l’argent et du temps. Qui du coup les laissent mourir.
J’entends et vois de moins en moins d’oiseaux…et ça me manque.
Donc, au lieu de rester dans la plainte, j’ai choisir d’agir là où j’en ai les moyens : chez moi.
C’est mon zen, et je trouve dommage que dans la pratique du zen comme je l’observe de loin, il n’y ait pas plus de préoccupation écologique. Ou de ce qui nous est proche : notre milieu de vie.
C’est, en tous cas, une de mes préoccupations, et c’est ma pratique du zen.
Je sais que plein ne reconnaissent pas cela en tant que tel.
Mais cette semaine, j’ai rafistolé un muret de pierre. J’ai mesuré le boulot que faisaient nos anciens. Je ne regarde plus de la même façon les murets des terrasses de culture. On ne voit pas le travail quotidien que faisaient nos anciens, la relation constante avec leur environnement.
Nous, sommes devant nos écrans, mais eux, étaient sans cesse dans leur environnement, en train de s’harmoniser avec.
Voilà ce dont je voulais parler ce soir.
De ce zen qui n’a l’air de rien, qui n’est pas fait de beaux atours bien arrangés ni de beaux enseignements bien déclamés, mais qui est celui qui peut aider la planète à vivre maintenant, et demain.
Un zen qui a l’air si ordinaire.